Les arts se nourrissent les uns les autres, et les créateurs de tous poils piochent chez les voisins pour se donner l'impulsion initiale. Un jeu de pickpocket plus ou moins poli qui aboutit parfois à des projets aussi inattendus que ce Death Dealer.
Pour la plupart des amoureux de l'art populaire, la silhouette de ce Death Dealer fait partie des figures inoubliable de la Dark Fantasy. Un personnage imposant et énigmatique créé au début des années 70 par le peintre Frank Frazetta, dont il fera la figure principale de six de ses toiles (d'ailleurs fournies en fin du présent volume). Outre la maîtrise incomparable de l'art pictural et de la mise en scène, Frazetta démontre qu'un illustrateur peut provoquer l'imaginaire des autres, l'encourager, le fortifier. Impossible de ne pas penser à la version comics de Conan (sans oublier la version cinéma de John Millius) et plus directement le présent volume. Une minisérie dont la grande ambition est justement d'offrir a ces peintures une mythologie, un récit écrit noir (beaucoup) sur blanc (peu). Créatures démoniaques, armées de zombies, vengeance d'outre-tombe et jeune donzelle en perdition, le scénario de Nat Jones, Joshua Ortega et Jay Fotos ne fait clairement pas dans la dentelle. Du basique à l'ancienne, pauvres humains et défenseurs mastoc qui subissent les assauts des forces du mal... Hop, emballé c'est pesé. Malgré ce pitch aussi épais qu'un ticket de métro (formule consacrée), cette vision brute de décoffrage se révèle une lecture particulièrement efficace, massive et barbare à souhait.
Les dialogues font dans l'épure mais la violence, elle, déborde à chaque page avec une noirceur sans pareil, véritable déchaînements de haches et de démembrements. Du Robert E. Howard décérébré en somme, mais avec la même propension a mettre ses corones sur la table. La mise en page de prime abord trop « carrée » prend peu à peu ses aises alors que le souffle épique emporte les cadavres sur son passage. Une véritable réussite visuelle à porter entièrement au crédit de l'artiste Nat Jones, qui se fit d'ailleurs remarquer sur un Spawn Dark Age du même acabit. Death Dealer est une lecture défouloir, gravée à trait épais dans la cendre et qui ne manque décidément pas de classe. D'autant que le bonhomme réussit à survivre à la comparaison obligée avec le travail de Frazetta : plus hachuré, moins iconique, mais tout aussi sauvage. Ne manque finalement qu'un brin de profondeur. Une bonne surprise toutefois qui s'accompagne au passage d'une édition peu avare en suppléments : les toiles originales donc, mais aussi une bio rédigée par le fiston, des croquis de Jones, les couvertures alternatives, des extraits du script et une introduction de Todd McFarlane. Fans de Heavy Metal et de chroniques barbares, voilà un comics qui fait du mal... et ça fait du bien !





