Malgré le refus de nombreux revendeurs (Carrefour !!!) de proposer en rayon la premier partie de sa trilogie sur le Vatican, le créateur de L'Incal et du Bouncer n'est pas refroidi et revient avec Le Pape Terrible... Et ça ne va pas faire plaisir à tout le monde.
On le sait depuis longtemps : rien n'arrête Alejandro Jodorowsky ! Et surtout par l'église catholique avec qui il n'en est pas à sa première confrontation. Pour le coup, c'est carrément un coup de pied dans les parties intimes qu'il balance l'air de rien avec son nouveau grand projet BD. Une trilogie feuilleton autour des grand pages de la fin du XVème et du début XVIème siècles. Une période où le catholicisme régnait en maître sur le monde et où le pape n'était pas encore un vieux chétif balbutiant des bénédictions à la volée. Son pouvoir était tel qu'il suscitait toutes les attentions, même les moins avouables. Bouffeur de curetons depuis ses belles années, Jodo a déjà entamé son entreprise de déconstruction (historique) avec les tomes de Borgia (dont le dernier tome devrait bientôt être achevé par Milo Manara), et voici la seconde partie de sa massive trilogie. Quelques années après le triumvirat incestueux des Borgia, c'est désormais Della Rovere qui s'apprête à revêtir la robe écarlate. Sans doute plus vertueux que son prédécesseur, il pratique tout de même quelques triolismes avec son protégé éphèbe et son grand esclave noir, et n'hésite pas à offrir leur service pour monter dans la hiérarchie. Pots de vins, meurtres, machinations... C'est reparti pour un tour comme dirait l'autre.
Mais si Borgia était un chantre du chaos et ne respectait rien ni personne (à part la croupe de sa fille sans doute), Della Rovere veut rétablir un semblant d'ordre et imposer son église. La foi et la chair, un vieux débat. L'auteur continue de poser les jalons de sa vision noire et violente du Vatican, qu'il compare avec justesse à la Mafia actuelle. Mais ces différentes thématiques avaient déjà été explorées dans la première partie (éditée par Albin Michel), et l'album tombe parfois dans la redite, voire dans l'accumulation lorsqu'il est question de sodomie et autres friandises. L'esprit est toujours aussi puissant, le machiavélisme brillamment étudié, mais la surprise fait un peu défaut. Question changement cependant, Manara était sans doute trop occupé sur les Borgia, et laisse la place ici à un autre artiste italien, Theo. Reconnu pour sa précision dans les reproductions historiques (Le Trône d'argile), il se démarque de son prédécesseur par un érotisme plus sec, moins attirant, et surtout une richesse de détails graphiques impressionnante. Très expressif dans ses planches, il retranscrit brillamment la fureur d'une époque contrastant avec la beauté de son art. Jodo + Théo, un duo en symbiose.





