Malgré une perte de vitesse dans les années 2000, Image Comics reste l'un des éditeurs de comics les plus créatifs de l'industrie et celui qui a permis à une poignée d'auteurs de craqueler quelques murs. Poings en avant, Savage Dragon n'est pas étranger à cette idée de renouveau.
Artiste star de Marvel au début des années 90 (en l'occurrence sur le Punisher puis Spiderman), Erik Larsen fait partie des auteurs en mal d'indépendance qui partirent fonder Images Comics aux côtés de Todd McFarlane. Mais à la différence de ses petits camarades, Larsen continue encore et toujours de scénariser et illustrer sa création : Savage Dragon. Une relation symbiotique qui a amené son personnage et son univers à évoluer au fil des années. Mais la longévité de la série et son absence quasi-totale de traduction française empêchait les lecteurs français de se connecter avec le géant à crête verte. Avec la nouvelle édition de Delcourt, les choses se font dans la règle de l'art avec une réorganisation chronologique des différentes séries et miniséries. On commence ainsi avec un numéro 0 tardif (publié en 2002) contant enfin les origines du personnage, puis la première minisérie étoffée par l'auteur, une autre prise en main par Jason Pearson (Body Bags) et enfin les deux premiers numéros de la série régulière. Il fallait bien un tel pavé pour regrouper des débuts aussi explosifs.
Clairement Savage Dragon se présente comme une délicieuse madeleine de Proust.... L'une de celle qui nous transporte dans les 90's, à l'époque où les comics connaissaient un excès de démesure et de castagnes démesurées. En l'occurrence avec son flic verdâtre au torse surdimensionné massacrant les « streums », leur explosant les roubignolles et parfois même usant du bazooka.... L'œuvre ne fait pas vraiment dans la dentelle. Les constructions anatomiques totalement excentriques de Larsen et sa mise en scène décomplexée ajoutent à l'aspect défouloir gavé de testostérone de l'ensemble, dans lequel le super-héros sans costume annihile une armée de mutants aussi ridicules que le Furet (oui, oui !), pourtant capable de bouffer un homme des pieds à la tête et d'arracher les tripes du premier venu. C'est que malgré les gerbes de sang et les drames marquants qui frappent Dragon en pleine gueule, le comics pourrait surtout s'apparenter à une comédie-costumée. Basé sur des croquis imaginés enfant, le Detroit de Savage fait se croiser une armée d'adeptes de collants ridicules et kitsch, et quelques délires armés façon Frank Miller... Et pourquoi pas même les Tortues Ninja de Eastman et Laird. Une rencontre par si fortuite que cela puisque les deux séries postmodernes partagent le même regard amoureux / amusé sur un média pas toujours très développé question cellules grises. Comédie, polar, drame noir, castagne.... Savage Dragon c'est du divertissement à l'état pur.







