Quatre ans après une première partition novatrice, qui simulait grâce aux cuivres des torrents d'informations numériques, Don Davis passe à la vitesse supérieure avec
Matrix Reloaded, dont un disque "complet" n'est, quelques années plus tard, toujours pas disponible dans les bacs.
Considérant les fausses notes apposées à certains moments clés du film (le cliffhanger et son tétanisant " tatatatiiiiiin ! "), on était en droit de se poser quelques questions quant à la qualité réelle de ce double album. Or, si quelques choix vont effectivement à l'encontre de la politique du premier épisode (les chansons proviennent quasiment toutes du générique de fin, alors que les Wachowski les avaient intégrées à la narration lors du premier opus), cette bande originale s'en sort, à l'écoute, bien mieux que le métrage qu'elle accompagne. On ne s'étendra pas ici sur un premier disque nourri aux accents d'un trash quelque peu timide, dont seules les compositions instrumentales de Rob Dougan parviennent à se démarquer. Le CD 2 suscitera sans doute le plus d'attention, bien qu'il manque ici environ 40 minutes du score de Don Davis. Le thème de Trinity, notamment, est ici considérablement réduit, de même que les mesures relatives à Zion (l'arrivée du Nebucchadnezzar et ses rythmiques martiales tout droit sorties du Mars de Holst). On regrettera également que les morceaux rejettés, trouvables un peu partout sur le net, soient ici absents, comme cette piste rocambolesque, sorte de version débridée du thème principal, que Davis avait composée pour la séquence de Swashbuckling dans les escaliers du chateau.
L'homme et la machine
Restent tout de même ici les incroyables collaborations expérimentales entre Don Davis et Juno Reactor, qui revèlent une dynamique saisissante. Entre grand orchestre et techno pure, des partitions massives telles que Mona Lisa Overdrive et Burly Brawl impressionnent, puisqu'elles s'appuient sur de vrais enjeux dramatiques. Le combat entre Neo et la centaine d'agents Smith oppose ainsi un orchestre symphonique (donc organique, et par extension humain) à des sonorités synthétiques (donc robotiques) particulièrement agressives. De l'art de simuler musicalement un duel entre l'homme et la machine. De son côté, Matrix Reloaded Suite (17') consiste en un patchwork des différents thèmes (Trinity, Zion, etc.) écrits par Davis pour le film. Une goutte dans l'océan, la version complète pesant plus de 90 minutes ! En vedette invitée, Rob Dougan nous livre enfin avec "Château" une symphonie électronique irrésistible, dans laquelle une armée de basses numériques supporte avec brio quelques jouissifs assauts de cuivre. Une belle manière de compléter un tableau plus qu'avantageux.