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ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE JEUNET, RéALISATEUR DE MICMACS à TIRE-LARIGOT
Image de « Entretien avec Jean-Pierre Jeunet, réalisateur de Micmacs à Tire-Larigot »
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Jean-Pierre Jeunet, réalisateur

Sans lire son pitch ou voir sa bande-annonce, dire de Micmacs à Tire-Larigot qu'il est le nouveau film de Jeunet suffira à beaucoup pour leur donner envie ou non de le voir. Après Audrey Tautou, c'est au tour de Dany Boon de partager l'imagerie et l'imaginaire du réalisateur. Une fois certains éléments leitmotivs de son cinéma mis en place, de la colorimétrie à la poésie prévertienne, Jeunet en profite pour poser son histoire au milieu de fabriquants d'armes et donner ainsi sa vision du cartoon social. Si ce changement de décor est notable, la vraie idée du film, c'est de regarder comment Jeunet parvient, à travers le personnage de Bazil, à revenir en filigrane sur son métier de metteur-en-scène et de montrer comment la récup' ammène à la création et la création à un éventuel monde meilleur. C'est à Nancy, ville de son enfance, que nous avons donc pu rencontrer le réalisateur et lui poser des questions.. à tire-larigot.

 

Pourquoi cette envie d'utiliser le ton de la comédie pour parler des marchands d'armes ?

Jean-Pierre Jeunet : Au départ, c'est un mélange d'envie. Quand on montait La Cité des enfants perdus, on était à Saint-Cloud à côté de chez Dassault et quand on allait déjeuner, on voyait tous ces gens, donc j'avais envie d'en parler un jour. Aussi, j'avais envie d'une histoire de vengeance à la Sergio Leone mais aussi celle d'un groupe d'hurluberlus, un peu à la façon des jouets de Toy Story ou des Sept Nains de Blanche Neige. J'avais envie de mélanger ça. Le plus compliqué, c'était de trouver un équilibre entre les marchands d'armes qui ne peuvent pas être trop caricaturaux et les autres zozos en face qui ne sont pas trop réalistes, mais plus dans la fantaisie. C'était ça le challenge.

 

Alors, c'est "Toy Story" mais au beau milieu de "Lord of War"...

JPJ : Oui, c'est ça. Encore que Lord of War parle des trafiquants d'armes et que moi je parle des fabriquants.

 

Il y a tout de même une dénonciation dans votre film.

JPJ : Je n'aime pas le terme dénonciation parce ça implique qu'il y a de la politique et un message. Dire que la guerre c'est pas bien et que vendre des armes c'est moche, franchement, c'est pas un scoop. Après, j'avais envie d'en parler et d'énoncer quelques phrases que j'ai pu entendre comme "un soldat blessé coûte plus cher à l'Etat qu'un soldat tué" ou "On ne travaille pas pour le Ministère de l'attaque mais pour celui de la Défense." J'étais assez content de pouvoir ressortir ça parce que ces gens-là sont dans un cynisme dont ils ne se rendent même plus compte. Ce sont des passionnés de technologie qui vous font visiter leurs usines comme si c'était une chocolaterie. On a enquêté sérieusement parce que ce n'est pas parce qu'on fait une comédie qu'il faut raconter n'importe quoi sinon, ça fait pipeau. On a visité une usine de flèches qui traverse les blindages en Belgique et on a interviewé un ancien de la DGA, un ancien barbouze et un autre mec qui travaille... quelque part mais je ne peux pas dire où. En tout cas, ce qui est étrange, c'est cette espèce d'escalade pour la surenchère à celui qui fera le mieux alors que quinze jours après, c'est obsolète. J'ai une maison dans le Sud, vers le Plateau d'Albion, et là-bas aussi, ça a duré vingt ans avant de finir à la poubelle.

 

Pour vous, c'est aussi l'occasion de rajouter à votre humour habituel un certain cynisme...

JPJ : Ce sont les personnages qui sont cyniques pas le film...

 

Bien sûr, mais je pensais surtout aux personnages campés par Nicolas Marié et André Dussollier, les fabriquants d'armes.

JPJ : Oui, c'est vrai et c'est un régal pour des acteurs. Quand Dussollier a lu le scénario, il m'a laissé ensuite un message de vingt minutes. Il s'est regalé avec sa coupe en brossse à la Jacques Monod. Quand à Nicolas Marié, je l'avais beaucoup aimé dans 99 francs. Il est parfait en salaud. Au départ, le rôle était écrit pour Dupontel, mais il devait faire son film. Ensuite, Berléand devait le remplacer mais il a choisi un autre film dans lequel il était, je crois, aussi investi dans la production. Finalement, c'est Nicolas Marié qui a le rôle et c'est tant mieux parce qu'on le voit moins que Berléand. Une fois de plus, le destin m'a aidé.

 

En tout cas, le côté cartoon du film est indéniable.

JPJ : Oui et j'éprouve une grande satisfaction, celle que les gamins adorent le film. C'est un plaisir de les voir s'éclater entre huit et vingt ans, parce que c'est voulu, que ce soit à travers cet homme canon à la Pixar ou à travers le burlesque. Je trouve Buster Keaton toujours aussi drôle aujourd'hui. Sur certaines séquences, j'ai essayé d'aller vers ça. La scène des crevettes est plus personnelle mais c'est parce que je note tout. Je note ce que la plupart des gens voient ou entendent, sauf qu'eux ne le notent pas. Je note sur mon téléphone et maintenant, il y a même des micros dessus. Donc le soir, je met ça dans mon ordinateur, dans des dossiers "nouvelles idées", avec des genres et des flèches. Je sais que je pourrai m'en resservir un jour, c'est de la récup'.

 

Vous voulez dire que vous greffez ces petites idées à votre scénario ?

JPJ : Exactement, ça fonctionne comme ça. Guillaume Laurant, avec qui j'écris mes films, a aussi ses boîtes à idées. Quand on a la trame et que la boîte à idées déborde, c'est qu'on est prêt à écrire le film. La scène du sucre qui fond, c'est une idée de 85 et cette fois, ça pouvait aller dedans. La façon dont il mange sa Vache qui rit, c'est comme ça qu'on les mangeait quand on était chez les louvetaux et qu'on avait les mains sales. D'ailleurs, une fois sur deux, ça coulait et dès que je revois le film, même si je sais que c'est con, je me dis : "Pourvu qu'elle n'éclate pas" (rires). Ce film, c'est de la récup' et je n'ai pas peur de le dire, même dans les idées. Je récupère des idées que j'avais en stock depuis longtemps, je récupère des vieilles musiques de Max Steiner, je récupère les sculptures de Gilbert Peyre que j'avais découvert à la Halle Saint-Pierre. L'idée du match de foot, c'est de Guillaume Laurant et c'est encore de la récup'. On avait déjà essayé de la placer dans Amélie. Ici, on a réussi à la mettre parce que ça rentrait parfaitement. Mais il y a une idée que j'essaye de placer depuis longtemps et que j'ai tourné cette fois mais ça ne marche pas. Ca m'énerve. Je ne la mettrai même pas dans les bonus du dvd parce que je la referai un jour. Je la garde et un jour, j'y arriverai (rires). Par contre, je récupère aussi des vieilles influences que je n'ai peur de citer explicitement. Le thème de la vengeance chez Sergio Leone, cest de la récup' de Pour une poignée de dollars, sauf que ce n'est pas du plagiat parce que j'utilise un principe que je décline. Il y a aussi un clin doeil à Il était une fois dans l'ouest qui est mon film phare. Il y a même Pierre Etaix qui apparaît dans le film en image animée comme l'inventeur des histoires drôles. C'est donc clairement exprimé.

 

Les sculptures de Gilbert Peyre vont parfaitement dans votre univers.

JPJ : Oui, je n'ai pas d'autre mérite que des les avoir intégré. La seule chose qu'il a fabriqué pour le film, c'est le flic qui est à l'entrée de Tire-larigot. Pour tout le reste, il a récupéré des choses dans son atelier, un vrai bordel qui ressemble justement à Tire-larigot. Après, j'ai repris le scénario pour voir comment les intégrer afin qu'ils servent vraiment à quelque chose, comme ce tabouret. D'ailleurs, Michel Crémadès qui joue le rôle de Petit Pierre, l'inventeur, est venu en secours à la dernière minute. C'est un autre acteur, Jacques Herlin, qui devait faire le rôle mais l'assurance n'a pas voulu parce qu'il est assez vieux et qu'on ne savait pas qu'il avait des problèmes médicaux. Michel l'a donc remplacé et ce que j'aime chez Michel, c'est qu'il n'a pas d'âge. J'ai même appris qu'il était plus jeune que moi...

 

Les images du "Grand Sommeil", c'est pour l'hommage aux films noirs ?

JPJ : Non, j'avais cette idée depuis longtemps de placer le générique comme ça mais ça aurait pu être un autre film. Après, j'ai choisi celui-là parce que le doublage était poilant, comme ce Charles Reagan qui devient dans la version française Charles Régan. Et comme la musique marchait bien, ça m'a donné envie de réutiliser Max Steiner tout du long et d'aller plus loin. C'est dingue car quand on mettait sa musique sur des séquences, ça marchait directement comme si ça avait été écrit pour. Même les points de synchro tombaient dessus. On s'est demandé s'il n'était pas en train de remuer dans sa tombe.

 

Il y aussi un côté "Mission Impossible"...

JPJ : Oui, la série, pour tout ce qui est des combines. C'est agréable de se nourrir de tout ce qu'on a aimé et de ne pas avoir peur de le revendiquer, parce que certains s'en cachent beaucoup. On n'invente jamais rien, on recyle ce qu'on aimé et on le met dans un mixeur. Parfois, il y a un artiste un peu plus génial comme Picasso qui invente le cubisme mais il n'y en a pas beaucoup. Même lui disait : "Les jeunes ont plein d'idées mais ne savent pas quoi en faire. Moi je sais."

 

Comme pour "Amélie Poulain", qui devait être interprétée par Emily Watson avant Audrey Tautou, le personnage de Bazil que joue Dany Boon était un rôle initialement prévu pour Jamel Debbouze.

JPJ : Oui et à chaque fois, le destin m'aide bien. Ca aurait été sûrement très bien aussi avec Jamel mais il était dans une époque où il ne voulait plus travailler et il avait des raisons personnelles qui ont fait qu'il a passé la main, si je puis m'exprimer ainsi. Je préfère qu'il ait eu le courage de me le dire avant, parce que s'il s'était forcé, ça ne l'aurait pas fait. Dany, je le suis depuis ses tout premiers spectacles comme Je vais bien, tout va bien. Je l'avais donc dans un coin de ma tête. Comme pour mon choix d'Audrey après Emily Watson, quand j'ai parlé de Dany après Jamel, beaucoup de gens m'ont dit que ça n'irait pas, même Dany au début. Sur le coup, il n'y a pas cru et m'a dit non mais je l'ai un peu poussé à faire des essais qui se sont très bien passés et il a finalement dit oui.

 

Vous avez changé beaucoup de choses pour que le rôle lui convienne mieux ?

JPJ : Non, juste le début. Au début, c'était Jamel qui sautait sur la mine et son bras était handicapé. Je me servais de son handicap dans le film et c'était quelque chose qu'il avait beaucoup aimé. Il a donc fallu réinventer le début avec l'enfance et l'histoire du père, mais le reste n'a pas changé.

 

Vous retournerez un jour avec Jamel ?

JPJ : Comme on dit, "Chat échaudé craint l'eau froide". Donc le problème, c'est que je ne réécrirais plus pour lui parce que j'aurai une réticence. Je ne lui en veut pas mais je serai plus méfiant. Si quelque chose se présente, pourquoi pas mais ce ne sera pas écrit pour lui.

 

Le personnage de Dany Boon est indéniablement une mise de abyme de ce votre métier. Pendant tout le film, il met en scène les autres...

JPJ : Oui, je n'avais pas pensé à ça mais c'est vrai. Tiens, je vais le replacer (rires). C'est marrant parce que j'avais déjà imaginé une histoire de hold-up faits par des mecs qui sont dans le cinéma. Un mec qui engage des techniciens au chomdu, comme un machiniste qui pousse des trucs ou un éclairagiste qui fait croire qu'on est de jour...

 

Un autre nancéeien, Bruno Delbonnel, votre directeur de la photo sur "Amélie" et "Un Long Dimanche..." est aussi absent cette fois, remplacé par Tetsuo Nagata.

JPJ : Ah oui, c'est vrai qu'il est d'ici, de Tomblaine, je crois. Bruno, je lui ai donné le feu vert pour aller faire le Harry Potter parce que c'était une opportunité à ne pas rater pour lui. Moi, je venais de le refuser parce que je pense que c'est plus intéressant à faire pour un opérateur que pour un metteur en scène. D'ailleurs, il a fait un travail génial dessus et ça devrait l'aider pour sa carrière américaine. En France, les gens ne s'intéressant pas à l'image, c'est plus difficile de s'éclater. J'ai donc effectivement pris Nagata avec qui j'avais déjà fait des pubs parce que j'avais aimé son travail sur La Môme. Après, c'est vrai que je dirige aussi la lumière, pas dans la fabrication, mais dans l'esprit. Je sais ce que je veux et on voit qu'il y a une continuité.

 

Oui, dès les premières images, on sait que c'est du Jeunet.

JPJ : Oui et à la fois, ça me fait un peu peur parce qu'on va me dire que je me répète mais je ne peux pas m'en empêcher. Je crois que quelqu'un comme Tim Burton est aussi un peu comme ça. Il y a deux catégories de metteurs en scène. Dans l'une, on peut citer Polanski, par exemple, parce qu'on en parle pas mal en ce moment et qui fait un film différent à chaque fois. On ne peut pas dire qu'il ait un style, par contre, il adapte son style à chaque film. Et il y a les metteurs en scène qui refont toujours dans le même genre. Dans le panthéon de mes metteurs en scène, il y a Fellini, Kubrick, Orson Welles et ils étaient comme ça. On reconnaissait leur patte instantanément. Il y a le risque de lasser plus vite mais bon, comme je fais un film tous les trois, quatre ans, je suis encore à l'abri (rires).

 

Le temps d'un plan, vous vous rendez d'ailleurs hommage en reconstruisant une scène de "Delicatessen"...

JPJ : Oui (rires). Au départ, on devait utiliser un jeu vidéo mais la marque Wii n'a pas voulu. Alors je me suis dit que j'allais reprendre Audrey Tautou et qu'on allait faire Amélie Poulain dix ans après. Kassovitz aurait été vautré dans le canapé avec une bière et elle aurait été avec tous ses mômes. Je suis sûr que la salle aurait hurler de rire mais Audrey n'a pas voulu parce qu'elle faisait Coco avant Chanel et qu'elle ne voulait pas tout mélanger. Alors, j'ai repris Delicatessen à la dernière minute et il s'est vraiment passé un truc. Il restait le machiniste, Dominique Pinon et moi mais on n'était pas beau à voir parce que ça nous a scotché de faire ça. Ca nous a ramené dix-sept ans en arrière. C'était incroyable. Je me suis souvent fait attaquer sur cette notion de nostalgie parce qu'il y a une idée à la con qui traîne comme quoi la nostalgie est réactionnaire. Ca me fait hurler de rire. Ce n'est pas parce qu'on aime la nostalgie qu'on vit dans le passé, ça n'a rien à voir. La preuve, j'utilise toutes les technologies les plus modernes.

 

C'est cette même nostalgie que vous ressentez aujourd'hui en venant à Nancy, là où vous avez grandi ?

JPJ : Oui et quand je reviens à Nancy, c'est pour ça. J'ai habité ici de mes un ou deux ans jusqu'à mon service militaire, donc jusqu'à vingt ans. Tout à l'heure, je suis passé devant l'église que je voyais quand j'étais louveteau et aussi là où j'achetais le journal à trente centimes. Dès que vous ouvrez la porte, c'est un placard qui se vide. Je suis aussi repassé devant une boutique qui vendait de l'électronique avant et dans laquelle j'avais acheté un magnétophone. Rien qu'en voyant la rue, j'ai revu le magnétophone dans son poids, son odeur, son bruit avec ce clic quand j'enfonçais le bouton. C'est touchant car les cinq sens travaillent. Quand j'étais venu pour Amélie, j'ai revu la maison de mon enfance et ça m'a fait drôle. Je suis aussi repassé ému devant la Cathédrale en bas de la rue Saint-Jean parce que je me souviens que mon prof d'Histoire-Géo me disait toujours que je finirais clochard devant cette cathédrale.

 

Pourquoi ?

JPJ : Parce que j'étais nul à l'école. D'ailleurs, j'en profite aussi pour faire passer un message à mon ancien prof de musique : Monsieur Werchtraden, vous êtes une ordure. Vous avez vu, je fais comme dans Le Parrain quand il revient (rires). J'étais au Lycée Poincaré et j'avais ce prof complètement sadique dont le boulot était de nous dégoûter de la musique. Il pourrissait la musique et c'était pareil pour la littérature. Cette conjuration des médiocres était là pour nous dégoûter et j'ai mis des années avant de relire du Zola, par exemple. La musique, on y revient aussi mais pendant des années, on est réticent parce que c'est obligatoire. En plus, j'étais en colle tous les jeudi. Une fois, j'y suis allé et à la fin, le mec m'a dit que je n'étais pas sur la liste. J'y étais allé par habitude et j'en aurai pleuré d'y être allé le seul jeudi où je n'étais pas collé.

 

Finalement, vous avez quand même tourné ici votre premier film, "Le Bunker de la dernière rafale"...

JPJ : Oui, à Laxou, derrière une grande côte qui allait vers ce qu'on appelait le baisodrome et où des couples se retrouvaient dans leurs voitures (rires). Je crois que le site existe encore. J'ai entendu dire que c'était devenu un garage. J'y suis repassé quand j'ai fait une émission avec France 3. D'ailleurs, après Le Bunker, France 3 Nancy m'avait commandé un téléfilm de science-fiction mais je n'ai jamais eu la dérogation syndicale car je n'étais pas un réalisateur de télévision. Je me souviens que c'était Serge Moati le directeur de France 3 à l'époque et qu'il n'a jamais voulu me prendre au téléphone. J'ai perdu six mois et je n'ai jamais été payé.

 

Vous pourriez tourner à nouveau à Nancy ?

JPJ : Non, graphiquement, je ne trouve pas Nancy asssez beau. Paris est une des plus belles villes du Monde mais maintenant, je pense que je l'ai bien torché. Il va falloir que j'aille voir ailleurs, mais ça peut être San Francisco ou Hong-Kong. Si je reste à Paris, c'est que ça se passe dans le temps, beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard.

 

D'ailleurs, il y a quelques jours, votre ancien complice Marc Caro était sur Nancy pour présenter son documentaire "Astroboy à Roboland".

JPJ : Ah bon ? On est toujours en contact lui et moi et hier, il était encore chez moi mais j'anticipe votre question : non, on ne tournera plus ensemble. C'est tellement bien de tout faire soi-même. C'est déjà un miracle qu'on ait fait deux films alors que nous ne sommes même pas frères.

 

Vous lui aviez pourtant proposé de travailler sur votre "Alien".

JPJ : Oui, je lui avais proposé mais il m'a dit non d'emblée. Marc n'aime pas le soleil et il n'aime pas conduire alors Los Angeles pour lui, c'est mal parti. Il était d'accord s'il pouvait faire tout ce qu'il voulait et mettre des boulons partout, mais ça ne marche pas comme à Hollywood (rires). Je l'avais même fait venir et il a fait quelques dessins qui n'ont finalement pas servi.

 

Vous avez pensé quoi de "Dante 01″ ?

JPJ : Joker.

 

Par contre, vous parliez d'un triptyque avec Audrey Tautou. Vous comptez la pub Chanel dedans ?

JPJ : Oui, pour moi, avec cette pub, on a clôt le triptyque. Et ça, c'est grâce à Dany. Il devait partir quatre mois pour tourner Le Code à Changé et De l'autre côté du lit, et donc j'aurai pu perdre mon équipe qui allait rester sans bosser pendant quatre mois. Le jour où on décide de reculer de quatre mois, Chanel m'appelle. Ca a encore été un sacré coup de bol. En dix minutes, c'était plié. Le surlendemain, j'étais à New-York et je vendais mon idée. Ils ont tout de suite été d'accord. C'était carrément du mécénat et ils m'ont payé un court-métrage. Je n'avais aucune obligation et c'est moi qui ai fait l'histoire. C'était un vrai bonheur, un privilège. En plus, ils étaient ravis parce que les ventes ont alors monté de 30%. Après Alien 4, Chanel 5 (rires).

 

Maintenant que "Micmacs" est fini, vous avez d'autres projets ?

JPJ : Non, en ce moment, je n'ai rien. J'ai un mal fou à trouver une idée parce que j'ai besoin d'aimer tout ce que je filme, que ce soit les fringues, les décors ou le sujet. Donc, c'est très dur. J'avais trouvé deux bons livres, malheureusement, l'un d'entre eux appartenait à une amie productrice qui n'a pas pensé à moi et a cherché un réalisateur pendant six ans. Elle a finit par en trouver un qui s'appelle Peter Jackson et le livre, c'était The Lovely Bones. L'autre, c'est le scénariste d'Harry Potter qui a les droits et ça s'appelle Le Bizarre incident du chien pendant la nuit. C'est un très beau livre mais personne n'ose le déranger parce qu'il est occupé. C'est dommage parce qu'il ne va peut-être rien en faire. C'est rare de trouver un bon livre à adapter, Un Long Dimanche de fiançailles, ça a mis dix-sept ans. Mais bon, je tourne autour de certains trucs. D'ailleurs, parmi ces idées, il y en a une qui est une histoire vraie qui se passe dans la région... mais je ne vous dirai pas quoi (rires). Une histoire magnifique mais je ne sais pas si je vais y aller parce que c'est franco-français et que j'ai envie d'un film en langue anglaise.

 

Vous voudriez retourner vers un gros film à la "Alien" ?

JPJ : Non, ce ne sera pas une commande écrite par quelqu'un d'autre parce que je n'ai pas envie d'être un employé au milieu de personnes qui me disent ce que je dois faire. Comme à Hollywood, je fais des tests sauf qu'ils me servent à comprendre ce que les gens ne comprennent pas, afin d'améliorer. Après, si on me dit que les gens n'aiment pas la voix-off mais que moi, j'aime cette voix-off, qu'ils aillent se faire foutre (rires).

 

L'idée ne peut pas venir de Guillaume Laurant, votre co-scénariste ?

JPJ : Non, ça ne peut pas marcher comme ça. Je suis obligé d'être celui qui fait l'étincelle pour allumer le feu. Une fois que c'est parti, il peut souffler dessus et apporter de la paille et du bois mais il faut que ça vienne de moi. C'est pour ça que je met du temps. Guillaume a lui une facilité à s'intéresser aux choses, même si elles ne viennent pas de lui. On partage un feeling d'esprit, de références et de réparti. Dès qu'on bosse ensemble, ça devient une vraie partie de ping-pong. Quand on trouve quelqu'un comme ça, on fait tout pour le garder. En plus, je dois avouer que ce que je préfère, c'est ce qu'il fait avec moi et ce, pour une raison simple, je lui ouvre une porte qui lui convient mais qu'il ne peut pas ouvrir avec les autres, sinon ils feraient du Jeunet. Il devait faire son long mais n'a pas trouvé les financements et en ce moment, il travaille avec Luc Jacquet.

 

Si Peter Jackson vous a piqué "The Lovely Bones", il est aussi allé sur "Tintin"...

JPJ : C'est vrai que j'avais été contacté pour Tintin mais j'avais vite senti le sac de noeuds. Jaco Von Dormael était dessus, mais il avait été viré et n'était même pas au courant. Je leur ai donc dit de régler leurs problèmes et qu'on verrait après. En plus, ils m'avaient dit que j'aurai quelqu'un au dessus de mon épaule qui surveillerait tout ce que je faisais. Ce n"est pas très engageant. J'imagine que Spielberg n'a pas quelqu'un au dessus de son épaule. Pour ma part, mon idée, c'était de faire le vrai Tintin, un aventurier qui venait chez Hergé pour lui raconter ses histoires et qui en faisait des bandes-dessinées pour les enfants. Tintin lui disait même des choses comme "T'exagères, je passe pour un puceau dans tes histoires." Tous les personnages étaient là mais en plus réalistes et on les on les aurait reconnus à leur caractéristiques.

 

Vous n'êtes pas tenté par la 3D ?

JPJ : Vous voulez dire le relief ? Parce que pour moi, la 3D, c'est l'animation.

 

Oui, le relief...

JPJ : Pourquoi pas, si le sujet s'y prête mais je sens venir les galères techniques encore plus lourdes et j'ai envie d'un peu plus de légereté, mais pourquoi pas. D'ailleurs, celui-là aurait presque pu s'y prêter avec son côté cartoon.

 

Vous avez donc définitivement enterré le projet de "L'Histoire de Pi" ?

JPJ : Apparement, c'est Ang Lee qui devrait le faire mais j'ai lu qu'il disait que ça allait être cher et compliqué, bah oui, mon gars (rires). Je pense qu'il faudra attendre quelques années pour trouver une solution. On avait fait le storyboard mais Ang Lee ne se servira pas de ce qu'on a déjà fait et va repartir de zéro pour en faire un film un peu politique. Je ne sais pas si vous avez lu le livre mais là, je ne sais pas trop ce qu'il veut dire par "politique". En tout cas, je me console en disant que tout metteur en scène digne de ce nom doit avoir fait un film en noir et blanc, un film américain et un film qui ne s'est pas fait. J'ai les trois (rires).

 

Pas trop dur de sortir le même jour que "This is it", sur Michael Jackson ?

JPJ : Si, et qui sort sur 600 copies. Qu'est-ce que vous voulez faire ? C'est un coup médiatique, pour du pognon. Ce n'est même pas un film et nous, on se retrouve en face de ça. Il est censé rester quinze jours à l'affiche mais on en reparlera de ça. C'est encore de la publicité mensongère, alors qu'on avait réservé cette date dix-huit mois à l'avance. Il y a dix ans, ça n'aurait pas été possible parce qu'il y avait des contrats et une certaine intégrité.

 

Vous vous sentez en famille chez Warner ?

JPJ : Une chose est sûre, il y a deux personnes qui m'ont fait confiance : Francis Boespflug et Richard Fox, un américain qui aime beaucoup le cinéma européen. Après, il faut voir s'ils suivent car je veux être libre et pour l'instant, je l'ai toujours été, même sur Alien alors que c'était un combat de tous les jours pour l'avoir. Quand je fais un film en France, j'ai une totale liberté et c'est un luxe précieux. Le jour où je perdrai cette liberté, j'arrêterai et je ferai des vidéos pour Internet.

 

Enfin, entre le titre du film et les dialogues d'Omar Sy à base d'expressions idiomatiques françaises, vous n'avez vraiment pas facilité le travail pour les traducteurs.

JPJ : (Rires) Oui, à l'international, je crois qu'ils vont juste garder Micmacs mais c'est vrai que pour les dialogues d'Omar, quand on écrivait avec Guillaume Laurant, on se disait qu'on était en train de se mettre dans la merde. Après, c'est aussi parce que j'ai la chance de faire des films qui vont partout. En tout cas, je l'ai vu à Toronto et ils ont fait un truc pas mal. J'ai vu qu'il y avait des équivalents mais je ne sais pas s'il y en a dans toutes les langues. En tout cas, quitte à faire des films en langue française, autant jouer avec la langue parce ce serait dommage de se priver de ce bonheur. De toutes façons, on sait qu'avec la langue française, on est limité dans le Monde.

 

(Merci à Aziz Kouaki, Michel Humbert & Nathalie Cieutat de Warner)

Christophe "Trent" Berthemin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Affiche de la critique « Autour de Tim »
Autour de Tim

Cannes s'encanaille : des noms tels que Kate Beckinsale et Benicio Del Toro rejoignent Tim Burton dans le jury. La sélection accueille les derniers films de Doug Liman, Takeshi Kitano, Mike Leigh, Gonzalez Inarritu et Bertrand Tavernier. Le prochain Malick pourrait aussi être présenté.

Affiche de la critique « Joss se fait les vengeurs ! »
Joss se fait les vengeurs !

Cinéaste heureux (le très sympa Serenity), téléaste culte (Buffy contre les vampires), auteur de comics à succès et scénariste prolifique (Toy Story, Alien 4), Joss Whedon devrait réaliser The Avengers pour la Marvel, projet regroupant Thor, Hulk, Captain America et consorts !

Affiche de la critique « Predators en images »

Producteur / scénariste de Predators, suite directe du chef-d'oeuvre de McT réalisée par Nimrod Antal (Motel, Blindé), Robert Rodriguez vient de mettre en ligne quelques featurettes et une bande-annonce sur le site officiel. Au vu des premières images, vivement juillet !

Affiche de la critique « James nous instruit »

James Cameron vient de donner une conférence d'une heure à la Writing Guild of America, conférence durant laquelle il analyse son style d'écriture, ses ambitions et outils scénaristiques, etc. Cliquez sur l'image à gauche et ouvrez grand vos oreilles, c'est absolument passionnant.

Affiche de la critique « Spider-M4n No More ! »
Spider-M4n No More !

Sam Raimi et Tobey Maguire viennent de claquer gentiment la porte de Sony, ou bien Sony les a gentiment poussés dehors. Dans tous les cas, Spider-Man 4 est annulé, et le studio planche déjà sur un reboot (nooooooon !) prévu pour mai 2012. Une avancée du calendrier maya pourrait nous éviter ça...

Affiche de la critique « L'après Dark Knight »

Christopher Nolan et la Warner viennent de révéler la seconde bande-annonce de Inception avec Leonardo DiCaprio, toujours aussi courte mais beaucoup plus généreuse en images. Et celles-ci sont hors du commun, alors accrochez-vous à votre siège et cliquez fissa sur l'image de gauche...

Affiche de la critique « Spider-M4n »
Spider-M4n

Ca ne va pas fort dans les coulisses de Spider-Man 4. N'ayant appris aucune leçon sur le troisième film, Sony fait de nouveau pression sur Sam Raimi pour qu'il abandonne l'idée de mettre en scène le Vautour. Le studio verrait plutôt un personnage populaire, pour vendre plus de jouets. Ca sent le sapin !

Affiche de la critique « Predators »
Predators

Produit par Robert Rodriguez et réalisé par Nimrod Antal (Motel), Predators est une suite directe au film de John McTiernan. Actuellement en tournage, le projet fait l'impasse sur les désastreux AVP et met en scène Lawrence Fishburne, Adrian Brody, Topher Grace et Danny Trejo. Arnold pourrait faire un caméo.

Affiche de la critique « Retour à Sherwood »

Ridley Scott l'avait annoncé : sa version de Robin des Bois tendrait vers une suite déguisée de Gladiator. Et au vu des premières images, avec un Russel Crowe rageur dans ses collants d'archer, des scènes de batailles épiques et l'apparition soudaine d'un loup en pleine forêt, le cinéaste n'a pas menti !

Affiche de la critique « Mmmh... Kung fu kid ? »

Hollywood mettant tous les bridés dans le même sac, le remake du très touchant Karaté Kid de John G. Avildsen se déroule... en Chine ! Jackie Chan remplace Pat Morita et Jaden Smith, fils de Will, lance une bonne fois pour toute sa carrière. Le trailer (cliquez à gauche) n'est vraiment pas très joli à voir...

Affiche de la critique « Rouge qui tache ! »

Dans Repo Men de Miguel Sapochnik, Jude Law et Forest Whitaker récupèrent des coeurs artificiels sur les cadavres de mauvais payeurs. Jusqu'au jour où l'un d'eux se retrouve dans la même situation que leurs précédentes victimes. La bande-annonce (cliquez à gauche) est sanglante à souhait !

Affiche de la critique « Knight and Day »

Tom Cruise dans le rôle d'un agent secret... Attendez, Mission : Impossible IV ? Et non, il s'agit de Knight and Day (bande-annonce visible en cliquant sur l'image), comédie d'action signée James Mangold, réalisateur de l'excellentissime Copland avec De Niro, Keitel et Stallone. Sortie prévue début 2010.

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