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THE CHILDREN : ENTRETIEN AVEC TOM SHANKLAND
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Tom Shankland, réalisateur

Après WAZ, un premier film prometteur sorti en 2008, le jeune réalisateur Tom Shankland surprend avec The Children, une intrusion au sein d'une famille anglaise sans histoires, réunie pour les fêtes de fin d'année dans une maison isolée au cœur des bois. Atteints d'un mal étrange les enfants se montrent de plus en plus absents et dangereux. Le cinéaste a bien voulu revenir pour nous sur la genèse du projet.

 

 

Comment définiriez-vous The Children ?
Je crois que mon film est le bon exemple de ce à quoi ressemblent de typiques vacances en famille en Angleterre. Deux familles se réunissent pour célébrer le Nouvel An. Plus les réjouissances approchent plus le comportement des enfants se fait agressif jusqu'au moment où, lors de jeux dans la neige, un des papas est mortellement blessé. C'est  seulement à ce moment qu'on sait que quelque chose de vraiment mauvais arrive à ces enfants. C'est là aussi qu'on bascule dans un tout autre genre de film. Plus sombre, avec des questions qu'on n'aime pas se poser. A savoir pour des parents, quelle décision prendre quand le danger émane de votre propre enfant ? Pourrait-on le tuer pour survivre ? Je vois mon film comme un drame familial avant tout : prend-t-on toujours les bonnes décisions ?

                                   

Dès les premières secondes, on sent que quelque chose cloche mais tout au long du film, on reste seuls avec nos hypothèses. Pourquoi avoir choisi de ne donner aucune explication ?
J'ai de très bonnes raisons de ne pas vous aider sur ce coup là et de rester dans le vague. Il y a seulement une chose sur laquelle je tiens à être bien clair : quand je regarde un film comme les Oiseaux d'Hitchock par exemple j'aime ne pas savoir pourquoi tout à coup ces piafs deviennent agressifs et ne pas être plus renseigné à la fin qu'au début. C'est ce qu'on ne peut pas expliquer qui terrorise le plus. Il y a quelque chose de terrifiant dans le mystère et l'irrationnel.
Ces enfants font peur parce qu'on ne sait pas ce qui se passe dans leur tête et parce que ce ne sont pas des êtres humains « achevés » avec un sens des valeurs morales.

C'était hors de question pour moi d'introduire de la science dans mon film ou de les voir allumer la télé pour obtenir les explications du phénomène.
J'ai aussi pensé que ce serait une métaphore assez sympa sur l'enfance avec tout le mystère de leurs pensées et l'étrangeté de leurs jeux. Ce qui fait qu'on est mal à l'aise quand ils nous regardent fixement et qu'on ne sait pas ce qui se passe dans leur tête.

 

Vous dites vouloir créer la peur sans faire de ces enfants des monstres dangereux. Comment rester crédible dans ce cas ?
Vous avez mis le doigt sur le plus gros défi de ce film. Ces enfants sont des enfants et en plus ils sont malades. Ce virus les rend peut-être agressifs mais ça reste un virus, donc on voit qu'ils ont des cernes, qu'ils vomissent. Ils ne vont pas bien. Et que font les parents quand leur enfant va mal ? Ils le surprotègent et surtout lui pardonnent beaucoup plus de choses. Si tout à coup votre môme se transforme en un démon vert et griffu tout à coup vous avez moins de scrupules à le cogner pour vous défendre, mais s'il vient vous voir, tout palôt et vous dit « Maman j'ai mal au ventre »... la réaction ne sera pas la même.
Pour la mise en scène des morts, je tenais à utiliser des objets familiers aux enfants. Principalement des jouets. Je ne voulais pas que soudainement ils se servent de couteaux ou de hache alors que leurs parents leur interdisent toujours d'y toucher. Ce qui est angoissant c'est comment l'esprit perverti d'un enfant peut envisager les maintes façons de se servir d'un jouet. Tout ce que peut cacher l'innocence en fait.

 

La peur par les enfants, un classique du film d'épouvante. Vous aviez des références en tête ?
Je suis un grand fan du film britannique Les Innocents où finalement on ne sait jamais vraiment si les enfants sont possédés par un esprit ou non. C'est cette ambiguïté-là que je voulais recréer. Pour ce faire, il était important que je ne montre jamais les attaques des enfants envers les adultes pour la simple et bonne raison que personne ne croirait un instant, que l'adulte ne puisse pas avoir le dessus sur une si fragile créature. Physiquement ils seront toujours plus forts. Je voulais donc ces enfants soient cruels et manipulateurs. Qu'ils soient conscients de l'amour de leurs parents et s'en servent pour les tuer. C'était la seule façon de rendre la vulnérabilité des parents crédible. N'importe quelle mère préfèrerait finalement se faire tuer que de faire du mal à son enfant. J'ai pensé que ça marcherait mieux si je piquais à Hitchcock ses petites astuces pour faire monter le suspens pendant les 40 premières minutes pour installer un vrai malaise ainsi que le doute chez le public.

 

Les sales mômes du film sont tout de même assez jeunes, pourtant ils sont vraiment effrayants. Comment vous y êtes vous pris ?
Je sais qu'on va me demander si j'ai peur des enfants. Non j'ai une adorable nièce de trois ans, la plupart des amis ont des enfants mais tous ont ces regards impénétrables. Et souvent ça précède le moment où l'enfant va vous frapper, comme ça, gratuitement pour voir votre réaction. Et tout à coup cette petite bouille grave et sans expression vous dévisage avec l'air de dire « et qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? »  Moi je choisis d'en rire mais je ne peux pas m'empêcher de trouver déconcertant le fait que cette idée leur ait traversé l'esprit. Les enfants sont déconcertants. Et il y a beaucoup de moments du film où on voit les enfants, qui ne sont pas des moments de fiction. J'ai dit à ma cadreuse de continuer à les filmer quand justement ils se croient seuls pendant que je faisais semblant de ne pas m'occuper d'eux. Par exemple vous avez cette gamine aux longs cheveux noirs et ses grands yeux sombres qui s'ennuie très vite et c'est la que son regard commence à se perdre dans le vide et qu'on a tourné la plupart des plans d'elle les plus effrayants ! C'est valable pour les autres enfants aussi : c'est quand ils sont des enfants en civil qu'ils sont les plus inquiétants. Le tout juxtaposé avec des images gore et bam ! Vous avez un cocktail vraiment terrifiant.

 

Malgré une chronologie assez rapide, on sent une lenteur voulue : le traitement sonore et la longueur des plans donne un effet d'engourdissement et de malaise.
J'espère bien que ça vous met mal à l'aise ! Il  y a un photographe américain, Gregory Crewdson qui m'a un peu inspiré. Son travail sur les enfants est particulièrement intéressant. Je pense surtout à ce cliché d'un enfant au visage sans expression et au regard totalement neutre juste devant un accident de voiture. Il y a quelque chose de très dérangeant dans le fait de voir ce gamin sans aucune empathie témoin d'une telle violence. J'ai essayé de ponctuer mon film de situations de ce genre, de confronter les enfants à des images choquantes et de filmer leur absence de réaction. Cela m'a beaucoup amusé de dénaturer cette image toute mignonne d'une gamine avec des ses petites mitaines roses qui joue avec la boucle d'oreille ensanglantée de sa mère et qu'on comprenne à ce moment-là qu'elle lui a arraché l'oreille.

 

Vous allez complètement à contre courant des slashers mainstream de ces dernières années. Ce n'est pas un genre qui vous tente ?
J'ai voulu réaliser l'exact opposé des films d'horreur qu'on a pu voir ces derniers temps, très violents, très graphiques. En bon cinéphile, ils y en a beaucoup que j'apprécie mais je voulais revenir aux films des années soixante dix, comme l'Exorciste, où on stresse pendant 40 minutes à se demander ce qui va se passer, où en fait on voit juste une mère et sa fille faire des trucs normaux. Dans ce film, je préfère largement les scènes où on les voit bavarder, inconscientes de ce qui se prépare.

 

En regardant The Children, je n'ai pas pu m'empêcher de repenser au film Morse de Thomas Alfredsson. Aussi bien à cause du cadre que ce sentiment que le film nous donne d'être un voyeur.
Vous ne pouviez pas me faire de plus beau compliment parce que depuis sa sortie, c'est mon film préféré. Je ne connais pas Thomas Alfredsson mais je l'admire tellement pour avoir su atteindre un but que je me suis personnellement fixé, à savoir réaliser un film, de genre en superficie mais qui a tellement de choses plus profondes à dire sur l'amour, les relations humaines, la peur de l'inconnu. Lui aussi a choisi d'adopter un rythme plutôt lent parce que c'est ce qui sied le mieux à un film centré sur l'évolution, la mutation des gens.

 

Vous semblez assez catégorique sur ce qui fonctionne ou non dans le cinéma d'horreur. Seriez-vous un fervent défenseur du classicisme absolu ?
Quant à ce qui marche et ce qui ne marche plus dans les anciens films d'horreur, en fait, on se rend compte que ce ne sont pas les gimmicks mais les choses de la vie de tous les jours. Pour en revenir à Alfred Hitchcock, prenez Fenêtre sur Cour, tous les twists basés sur le suspens marchent toujours aussi bien. Ce qui a mal vieilli ce sont les scènes de vie quotidiennes. On a eu besoin du Paranoiak de DJ Caruso pour relancer l'affection du public envers le héros et rendre les blagues moins ringardes. Mais la structure de la construction de la peur reste identique. Tout est basé sur le doute comme l'original. Mais globalement j'ai l'impression que le cinéma d'horreur régresse dans le sens positif du terme. C'est à dire qu'on en revient à des mécanismes à l'ancienne et à un schéma narratif beaucoup plus traditionnel.

 

Vous arrivez avec un film assez déroutant, pensez-vous qu'il atteindra son but ?
En fait je me fous que mon public soit écœuré ou bouleversé par mon film. Au contraire, j'ai tout mis en œuvre par l'image et le son pour séduire les spectateurs.  Je veux juste éviter l'écueil de la comédie involontaire. L'idée d'avoir fait un film ridicule avec mes tueurs enfants me pétrifie.

Delphine Drieu La Rochelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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