Ryuhei Kitamura (Versus, Azumi) et Clive Barker (Hellraiser, Sacrements, etc.) : la rencontre du réalisateur japonais le plus fou de sa génération et du monstre sacré de la littérature d'horreur avait de quoi faire fantasmer les fans. Et cette rencontre a donné lieu à un bien beau bébé, en la personne de l'adaptation de la nouvelle de Barker, Midnight Meat Train.
Barker est un romancier très particulier dans le monde de l'horreur, passionné par la représentation picturale. Possédant une imagerie très personnelle, il l'illustre soit par des descriptions d'une précision redoutable, soit en peignant lui-même des dessins accompagnant ses récits (comme dans Abarat). Rien d'étonnant à ce qu'il se tourne au final vers le cinéma, avec l'adaptation d'Hellraiser, une de ses premières novella, qui, outre être un monument du cinéma d'horreur, et à l'origine d'une vaste série de suites, marquera le début de relations houleuses entre Barker et le monde d'Hollywood. Il suffit de lire l'excellent Coldheart Canyon pour bien se rendre compte de la relation très particulière qui unit le romancier au monde du cinéma, bien plus complexe et torturée que celle d'un Stephen King, par exemple. Malgré un Maître des illusions (1995) qu'il réalise, les incursions dans le monde du cinéma de l'auteur protéiforme se font de plus en plus réduites, jusqu'à l'annonce très excitante de l'étroite collaboration de Barker avec Kitamura, pour une production américaine qui excite très rapidement le fan. Quoi de mieux que Vinnie Jones (ex-footballeur briseur de genoux et devenu gueule de brutes dans le monde du cinéma) découpant des gens à la hache dans le métro pour exciter les imaginations !
Midnight Meat Train part d'un postulat de base particulier par rapport au texte qu'il adapte : il représente plus ou moins le processus de ce qui aurait pu se passer en amont de la nouvelle. Culminant dans un hallucinant final qui reprend peu ou prou la nouvelle dans ses détails, le film prend son temps pour en arriver là. En suivant la descente aux Enfers de son personnage principal (Bradley Cooper), Leon, photographe cherchant à capturer « l'essence de la ville » (et renvoyant avec force au personnage principal du roman de Barker Sacrements), Kitamura s'attache tout autant à proposer des scènes chocs que des moments de pure ambiance. Et les scènes chocs sont légion, de véritables moments de pur fun, massacres terriblement violents, dont l'extravagance et l'outrance atténue les retombées... pour mieux jouer sur le malsain et le trouble de l'ambiance du récit. Ainsi, à l'instar d'une bonne partie des textes de Barker, il est ici question de lent basculement vers autre chose. La découverte de ce qui se cache derrière le voile de la réalité ne doit pas se faire sans conséquences. Et ce fait d'importance primordial, Kitamura le rend à la perfection, via un filmage parfaitement maîtrisé, faisant preuve d'une maîtrise formelle dans le calme à laquelle il ne nous avait pas nécessairement jusqu'alors habitués.
Le réalisateur installe, dès le premier plan de son film, une forme d'ambiance poisseuse et mystérieuse qui ne quittera pas un seul instant le métrage. Lequel est littéralement habité par Vinnie Jones, qui trouve ici son meilleur rôle, bloc monolithique sans expression, simplement possédé par une violence froide et absolue, renforcée et mise en valeur par le travail de mise en scène. Son personnage est le point central du récit, son élément déclencheur et moteur, entraînant le « héros » du film à sa poursuite. Poursuite qui va l'entraîner, comme souvent chez Barker, dans la découverte d'un secret terrible, et le forcera à se confronter tout autant à ce dernier qu'à sa propre folie. Découverte d'une réalité sous-jacente et ésotérique, chute dans une insidieuse folie qui s'empare tout autant du personnage qu'elle est amenée à être ressentie par le spectateur, mise en scène et direction photo impressionnantes : la liste des qualités de ce Midnight Meat Train pourrait encore être longue. Le film parvient, tout en restant une série B qui n'a pas une volonté de grandeur malvenue, à passionner, par les différents degrés de lecture qui peuvent y être trouvés. On peut se contenter de profiter des bons moments de délire gore et d'horreur. Ou bien se tourner vers une réflexion sur la nature humaine qui la pousse à toujours chercher à savoir ce qu'il se cache derrière les mystères auxquels elle est confrontée...










