Loin des catalogues de grands classiques ou de productions classieuses, la collection Mad Asia de WE Prod va chercher du côté des petites productions couillues, parfois foirées mais toujours « autres ». Une culture de la différence qui trouve un beau représentant avec Negative Happy Chainsaw Edge.
Tout ceux qui n'y connaissent rien vous le diront : « le Japon, c'est quand même un pays spécial ». En fait ceux qui s'y connaissent le diront aussi... C'est en tout cas le seul pays au monde d'où pouvait sortir une péloche aussi atypique de Negative Happy Chainsaw Edge. Titre incompréhensible, et projet tout aussi difficile à appréhender dans un premier temps. Certes il y a un fêlée avec une grosse tronçonneuse, et aussi une bluette, une illustration de la camaraderie, une chronique adolescente, de l'humour... Cette vraie auberge espagnole trouve sa source dans le manga homonyme de Tasuhiko Takimoto (Bienvenue dans la NHK) mais paraît naturellement plus étrange encore sous sa forme de film live. On saura toutefois lui noter un attrait indéniable, celui de la confrontation, attendue et jouissive entre une lycéenne et un croquemitaine surdimensionné et fan de Tobe Hooper. Moins texanes que nippones, ces séquences reluques plutôt vers la série jeux vidéo Clocktower produits par Capcom, ou en tout cas vers des aspects plus esthétisants gorgés de ralentis et d'images de synthèse pas toujours au point, mais ajoutant à l'irréalisme général.
Représentation métaphorique des angoisses de mort de la donzelle, l'homme à la tronçonneuse profite au passage d'un look carrément réussi et d'une emprunte graphique réelle. Ce qui ne l'empêche pas de « cohabiter » avec un jeune glandeur passant par là qui, tenté par la belle, va désormais lui venir en aide. Pas de grands élans d'héroïsme, mais justement un vrai pas vers l'identité du film : le récit se révèle progressivement très contemplatif, romantique et agréablement sucré. L'histoire d'amour centrale est à ce titre tout ce qu'il y a de plus banale (en dehors du gros truc qui fait peur), sur fond de découverte de l'autre, de dépassement de soi et de la nécessité de faire son deuil des êtres disparus. Parfois un peu gnian-gnian, souvent dispersé, toujours joliment filmé, le premier essai de Takuji Kitamura s'approche des ruptures de ton et des mélopées philosophiques d'un Evangelion ou d'un Battle Royale... bien sûr, le subtil et sublime équilibre en moins. Negative Happy Chainsaw Edge est Une œuvre protéiforme, transgenre (oui j'ose), qui enchaîne les longueurs et prend quelques chemins de traverses. Peu importe, cette OFNI aussi burlesque que lacrymal vaut tout de même le coup d'œil, autant pour ses fragilités que pour sa différence.





