Nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur d'Oliver Stone en décembre 2004, alors qu'il était encore en pleine promotion pour la sortie en salles d'Alexandre. L'occasion de découvrir un homme charmant, à la présence incroyable et à la modestie étonnante. Oliver Stone est finalement un cinéaste bien moins sûr de lui que ses films ne le laissent entendre.
Avant d'entamer la production d'Alexandre, vous travaillez sur Beyond Borders, un film finalement réalisé par Martin Campbell. Pourquoi avoir abandonné ce projet ?
J'ai abandonné le projet parce que les producteurs ne me faisaient pas assez confiance et que je ne leur faisais plus du tout confiance. Franchement, j'ai trouvé que c'étaient des amateurs qui étaient totalement dépassés par le sujet. Angelina Jolie est restée à bord mais à l'arrivée, le film est raté. Il reste quelques bonnes idées et une ou deux bonnes séquences mais ce n'est pas suffisant. Mais attention, je ne suis pas sûr que je l'aurais plus réussi. C'était vraiment un sujet difficile.
Est-ce que c'est un regret pour vous ?
Non, pas autant que Evita en tout cas qui aura été un projet de longue haleine avec pas moins de trois scénarios différents et dont l'écriture fut étalée sur presque 15 ans.
Alexandre aussi a été un projet de longue haleine. N'avez-vous jamais été découragé ?
Bien sûr, très souvent. Je viens du système des écoles de cinéma où les films en costumes restent le plus haut du panier. Les thrillers, les films de guerre, les films politiques, ce n'est rien à côté des films en costumes. Avec Alexandre, je voulais rejoindre les grands comme Sergio Leone, Eisenstein, Coppola ou Brian de Palma. Je voulais faire un grand film porté par la musique de Vangelis... Cela n'a vraiment plus rien à voir avec un film comme U-Turn. J'essaye toujours de changer le style de mes films. Vous l'avez remarqué non ?
Oui, bien sûr.
Parce que le problème c'est que les gens voient mon nom sur l'affiche, se concentrent souvent sur le messager et oublient le message, le film en lui-même... C'est amusant parce que j'essaye toujours de changer de personnalité et de genre, mais il doit y avoir quelque chose qui reste de moi à chaque fois. Les spectateurs semblent se focaliser dessus.
Le film fini présente-t-il beaucoup de différence avec celui que vous vouliez tourner au tout début du projet ?
Il y a toujours des changements, mais ça c'est ma nature. Je n'arrête jamais de changer, de faire évoluer le scénario dans ma tête. Même dans la version écrite, on a mis quelques idées un peu folles, expérimentales. Des fois ça marche, de toute façon ont fait le tri au montage. Ce côté expérimental n'est pas gênant si l'on sait où l'on va. C'est là que cela a été difficile avec les producteurs américains, qui faisaient des pressions pour que l'on réduise toutes les scènes incluant des scènes amoureuses homosexuelles et que j'atténue la violence.
Vous avez dû faire des compromis ?
Non aucun. C'est pour ça que je suis parti des Etats-Unis et que le film s'est fait finalement avec des financements anglais, allemand et français. Les États-Unis ne sont finalement ici que distributeurs parce que c'est un grand marché. On les a écoutés (ils ont eu quelques bonnes idées d'ailleurs), mais lorsque l'on est arrivé à la question de l'homosexualité, il a fallu que je leur explique que c'était un élément de la véritable histoire et que l'on ne peut rien y changer. Son rapport amoureux avec Hephaistion est essentiel pour comprendre Alexandre. De toute façon, c'est un héros trop complexe pour Hollywood. Il n'aurait pas pu être interprété par quelqu'un comme Mel Gibson ou Brad Pitt qui sont très masculins, extrêmement virils. Alexandre a une part de féminité affirmée. Plus jeune, Peter O'Toole aurait pu jouer Alexandre. C'est vraiment le type de héros que j'aime.
C'est votre premier film en costumes non contemporain. En quoi cela a-t-il modifié votre façon de travailler ?
Cela ne l'a pas vraiment modifiée. J'ai aujourd'hui suffisamment d'expérience pour savoir exactement ce que je veux et comment je vais l'obtenir. Et puis j'avais si longuement travaillé sur ce projet que j'étais fin prêt. J'avais surtout peur d'être trop vieux, d'avoir perdu l'énergie nécessaire pour tourner un tel film. Mais j'au eu la chance d'avoir une super équipe dans tous les domaines : tous ont fait des recherches de leurs côtés. Même les images de synthèse n'ont pas changé grand chose car on ne les a vraiment utilisées qu'en extrême nécessitée. Par exemple, j'ai à chaque fois essayé d'avoir le maximum de figurants sur les scènes de batailles parce que les images de synthèse ne sont vraiment convaincantes que pour les arrière-plans.... Alors pour répondre à votre question : j'ai fait exactement comme d'habitude mais en plus grand et avec plus de temps, 94 jours... Ce qui d'ailleurs n'est pas énorme pour ce type de film.
Malgré ce planning très chargé, avez-vous eu le temps d'expérimenter au montage comme vous avez l'habitude de le faire ?
Beaucoup. Je passais mes journées à penser au montage et j'ai eu quatre monteurs avec qui j'ai pu expérimenter pleinement. Mais pas de la même façon que pour Tueurs nés si c'est à ça que vous penser. Alexandre est un film plus « classique » même si justement j'ai essayé de lui amener une certaine modernité. J'appellerais ça du « Wacko Epic » (du cinéma épique un peu fou, ndlr). La mère du producteur, qui adore Autant en emporte le vent, m'a dit : « Alexandre est ton film d'amour ». Amusant que cette histoire d'amour soit finalement entre deux hommes.
Y-a-t-il véritablement un montage « Director's Cut » d'Alexandre ?
Non, la version qui est sortie en salles en France est ma version du film, j'en prends la responsabilité. C'est vrai qu'il y a eu une version de quatre heures. Il y en eu d'autres de trois heures, trois heure vingt.... C'est normal, il faut que l'on affine au fur et à mesure pour n'avoir à l'écran que ce qui est essentiel. Ce n'est pas facile. Peut-être un jour il y aura une version plus longue ou plus courte (c'est effectivement le cas avec Alexander Revisited, sorti aux Etats-Unis en 2007, ndlr), mais pour l'instant, j'en suis là. De toute façon, le spectateur (en particulier les américains) supporte mal des films de plus de deux heures trente. Alors j'essaye de m'en approcher au maximum. Sur Alexandre cela a été particulièrement difficile car c'est une histoire très riche et complexe. Je suis sûr que si vous revoyez le film deux ou trois fois, vous découvrirez à chaque fois des choses nouvelles. En fait, chaque scène est conçue pour avoir un parallèle à un autre instant. Alexandre fonctionne sous forme de miroir. Il y a une terrible ironie dans sa vie, dans sa façon de vouloir s'échapper du modèle de ses parents tout en le reproduisant sans cesse







