En 2002, Paramount a eu la riche idée d'éditer en France de magnifiques coffrets de la série de Star Trek Next Generation. A cette occasion Mr Patrick Stewart (interprète du Capitaine Jean-Luc Picard) faisait une tournée promotionnelle pour soutenir la série qui l'a fait entrer dans le cœur des geeks du monde entier.
A-t-il été difficile pour vous de succéder au Capitaine Kirk, héros de la première série ? Avez-vous eu peur de la comparaison ?
Heureusement, je ne connaissais rien à la série Star Trek en dehors de son succès... Je ne savais absolument pas ce qui s'y passait. J'y étais vraiment étranger. Alors lorsque j'ai été contacté pour jouer dans la série, il a vraiment fallu que fasse des recherches. Cette situation était vraiment bien pour moi car je ne pouvais sentir le poids du jeu de William Shatner. C'est un bon exemple de " l'ignorance qui amène la sérénité ".
Depuis, avez vous rattrapé votre retard ?
Cela faisait déjà quinze ans que la série originale était terminée alors comme référence cela me paraissait un peu " dépassé ". Par contre j'ai regardé tous les films - le cinquième et sixième film ont été tournés pendant que je travaillais sur STNG - mais je n'ai toujours pas vu un seul épisode de Star Trek Classic en entier. Mais à force de travailler avec ces équipes pour le film Generation par exemple, je m'en suis fait une idée assez précise. Et puis les acteurs d'origine sont tous venus à un moment ou à un autre faire des caméos sur Next Generation.
Il est assez étonnant qu'un acteur anglais se retrouve dans une série américaine pour jouer un personnage français. Pourquoi une telle situation ?
Le Capitaine Picard c'était une sorte d'hommage aux grands explorateurs français, afin de souligner l'aspect aventureux du personnage, son envie de découverte. Et puis c'était dans l'idée de la série que tout l'équipage soit d'origine internationales et mêmes " intergalactique ", qu'il représente toutes les cultures de l'univers. Et enfin, ça me permettait de me démarquer de mon prédécesseur. Il était question pendant un certain temps que je parle avec un accent français. Mais cela aurait vraiment été beaucoup trop fatigant pour le spectateur d'entendre constamment " Picard " (NDR : Patrick Stewart nous montre son fantastique accent).
Comment avez vous vécu avec tout ce phénomène qui entoure l'univers Star Trek ? Ne vous êtes vous pas senti envahi par tous ces fans qui courent dans chaque convention ou festival ? Etiez-vous conscient que vous alliez devoir désormais vivre comme partie prenante de cette mythologie ?
De la même manière que je ne connaissais pas la série, je ne connaissais pas tout ce mouvement qui l'entourait. Cela ma permis d'être libre et de créer tranquillement mon personnages sans craindre la réaction des trekkies. Mais de toute façon je n'avais rien à craindre car la série n'était pas une sorte de dilution de l'originale ni un rip-off. C'était à la fois une version originale, moderne et totalement respectueuse de l'univers. Ceci a fait que Next Generation a été totalement accepté par les fans.
Quand vous avez été contacté la première fois pour le rôle, vous avez refusé de peur que cela ne vous prenne beaucoup trop de temps. Avez-vous regretté votre décision une fois engagé sur le projet ?
Je n'ai aucun regret parce que ce fut une occasion unique pour un acteur d'entrer dans un si vaste univers. Et certainement que le résultat de cette expérience a complètement changé la direction de ma carrière. Je faisais du théâtre dans une compagnie shakespearienne, et tout d'un coup est arrivé le succès qui ma permis d'avoir un niveau de vie complètement différent. Et cela m'a permis aussi d'être connu par un plus grand public. Par contre, il y a forcément des points négatifs. Par exemple pour certains rôles, j'ai été mis parfois de côté parce que l'on trouvait que " je faisais trop Picard ". Mais en fait ce n'est pas vraiment un problème car depuis 94 (NDLR : arrêt de la série Next Generation aux USA) je n'ai pas arrêté de travailler. Et évidemment l'autre défaut de la notoriété c'est le manque d'intimité, on me reconnaît partout.
Vous êtes surtout connu pour des rôles de caractères forts, de leader (Picard, professeur Xavier). Est-ce un type de personnages qui vous intéresse particulièrement, ou celui que l'on a tendance à vous proposer ?
J'ai toujours été catégorisé mais jamais de la même façon. Aujourd'hui effectivement, on me connaît surtout pour ce type de personnages. Mais cela n'a pas été toujours le cas, car quand je jouais dans ma compagnie théâtrale, j'étais toujours le personnage comique, celui qui faisait naître la farce. Ensuite ont me donnait toujours des rôles de psychopathes, de personnes dérangés mentalement, ensuite des personnages politiques. Encore une fois, j'ai eu de la chance de vivre régulièrement dans telle ou telle vague car j'ai pu réellement développer tel ou tel type de personnages puis passer à autre chose. Et heureusement, à chaque « période » donnée, il y a toujours un rôle complètement différent qui arrive. J'ai tellement été caractérisé que maintenant il est impossible de m'enfermer dans un genre précis.
Y a-t-il un rôle que vous n'avez pas encore abordé, et qui vous tiendrait à cœur ?
Ce qui me plaît c'est la comédie et en fait j'aimerais avoir plus souvent l'occasion de jouer dans ce type de film. Pour un comédien, la joie de faire rire les gens est incomparable avec quoi que ça soit d'autre. Mais même en dehors de la comédie, il y a énormément de rôles que j'aimerais exploiter, ne serait-ce que chez Shakespeare.
Star Trek Next Generation est truffé de références au dramaturge anglais. En êtes-vous responsable ?
C'est vrai qu'on pourrait le penser, mais en fait c'est du aux créateurs de la série qui voulaient que Picard ai un coté " historique " : il est archéologue, un érudit, il garde encore des livre en papier et est un amateur d'art. Par cette orientation référentielle, l'équipe créative en profitait souvent pour insuffler tel ou tel référence à Shakespeare. Avec mon expérience et mes connaissances, j'ai pu les aider en leur trouvant par exemple le roman qui correspondait le plus à la teneur de l'épisode du moment.









