Alors que presque tous les regards se tournent vers Mass Effect 2 lorsqu'on évoque les studios BioWare, certains férus de RPG heroic fantasy « à l'ancienne » ont un autre nom en tête : Dragon Age : Origins. Et pour cause, après s'être fait attendre de longues années, le fameux successeur de Baldur's Gate est enfin disponible. Alors, que vaut donc ce titre tant attendu ? Eh bien tout dépend des supports sur lequel il tourne à vrai dire... Mais dans l'ensemble il y a de quoi être fort satisfait !
Le monde de Dragon Age : Origins est assez voisin de Donjon & Dragon, mais BioWare a néanmoins fait en sorte que l'on s'éloigne sensiblement des ficelles littéralement usées par la célèbre licence. Ceci afin de donner naissance à un cadre neuf, plus mature, réutilisable par la suite, et de permettre l'implémentation de nouveaux éléments par rapport à Baldur's Gate et consort. Ainsi, Ferelden se montre cruel et noir, rongé par la trahison et les conflits entre les différentes ethnies. Bien que la lutte entre le bien (incarné par les gardiens des ombres) et le mal (les engeances) figure au centre de l'intrigue, l'univers demeure nettement moins manichéen que dans les productions heroic fantasy habituelles. Vous devrez effectuer un nombre hallucinant de choix cornéliens et réfléchir à deux fois avant de choisir un camp. En fonction des origines du protagoniste que vous sélectionnez, l'aventure change radicalement. DAO propose six préludes initiaux bien distincts, desquels dépendent non seulement votre background ou votre façon de combattre, mais également plusieurs heures de gameplay ainsi que les lieux visités. Inutile de préciser qu'il existe aussi différentes fins à débloquer (quatre au total). Toutefois, votre route finira fatalement par vous mener à rejoindre les gardes des ombres dans leur bataille contre le mal. Votre but consistera à vous adjoindre l'aide de toutes les communautés du continent (Elfes, Nains, Mages, etc.) dans l'espoir d'opposer un maximum de résistance à la progression du fléau qui assaille Ferelden. Libre à vous ensuite d'accomplir cette tâche selon votre propre code de conduite. Les grosses raclures ont autant de chance de réussir que les plus honnêtes gens !
Vous aurez donc le choix entre l'Elfe Dalatien, l'Elfe Citadin, le Noble Nain, le Roturier Nain, le Noble Humain et le Mage. L'apparence de l'avatar est paramétrable grâce à un éditeur assez performant, et le job sélectionnable dans 3 catégories principales (guerrier, voleur ou mage). Par la suite, vous pouvez opter pourr 2 spécialisations parmi les 4 associés à chaque classe, ce qui permet de diversifier grandement les stratégies durant les joutes. Pour le reste, les compétences (capacités passives diverses ; artisanats, discours, etc.) et talents (sorts et techniques de combat) des personnages rappellent fortement les bon vieux Donjons & Dragons ; coups au corps à corps bien violents, techniques d'altération d'état ou de protection, etc. A chaque niveau atteint, vous recevez l'opportunité d'allouer des points de compétences et de statistiques, de manière à bâtir votre héros comme bon vous semble. Votre équipe compte jusqu'à 4 combattants simultanés, mais il est possible de recruter jusqu'à une dizaine de personnages bien distincts, DLC compris.
BioWare oblige, DAO table son succès sur un scénario très poussé, des dialogues captivants et surtout, des choix moraux par milliers. Bon nombre d'embranchements de discussion peuvent impliquer une décision à l'impact énorme. Par exemple, le samaritain qui décide de s'allier aux elfes pour exterminer un groupe de lycanthropes agressifs risque d'être surpris en apprenant que ces derniers ont été engendrés par la fierté des premiers. En outre, la race, le sexe ou les équipiers de votre héros influencent grandement vos actions. Il vous faudra effectivement prendre en compte les conseils de vos compagnons, sous peine de les voir vous lâcher au mauvais moment si votre karma ne leur convient plus. Pensez à discuter avec eux, à leur offrir des cadeaux, et vos divergences d'opinion passeront un peu mieux. DAO propose des dialogues extrêmement fournis, loin du sempiternel cliché « bon/neutre/mauvais ». Les échanges se révèlent dans l'ensemble très prenant, grâce à un équilibre parfait entre des passages humoristiques (bourrés de références en dessous de la ceinture), cyniques, explicatifs et attendrissants. C'est un réel plaisir d'écouter les protagonistes s'envoyer des vannes à longueur de temps. La replay value se montre donc assez ahurissante si l'on désire tout exploiter.
Les dialogues ne sont pas les seuls à avoir bénéficié d'un soin tout particulier. Le monde est très vaste et s'explore librement. Abondantes, diversifiées et cohérentes, les différentes zones de la carte se déverrouillent en général lors de l'activation des quêtes (elles aussi extrêmement nombreuses) et se visitent dans l'ordre souhaité. Du moment qu'il n'enclenche pas d'événement majeur, le joueur peut à tout moment interrompre une tâche pour filer à l'autre bout de la map. Franchement appréciable. De son côté, l'équipement fait également preuve d'une richesse surprenante, avec de multiples catégories d'armes, armures, et objets divers, comportant chacune plusieurs déclinaisons par items. Evidemment, l'apparence des personnages se voit modifiée par les armements qu'ils portent. De quoi se forger un combattant non seulement brutal, mais aussi bien classe. Idéal pour prendre son pied lors des duels très... sanglants ! En effet, vous vous retrouverez souvent recouvert par des litres d'hémoglobine. Un souci du détail bienvenu dans un tel titre, qui fait d'autant plus ressortir le charme de vos tenues.
Les combats possèdent de grandes similitudes avec Baldur's Gate. Le tout se déroule en temps réel de manière assez dynamique. Vous contrôlez votre héros pendant que l'IA s'occupe de vos compagnons. La possibilité de pauser l'action et d'alterner entre les persos vous offre l'opportunité de dicter des ordres à ceux-ci pour plus de stratégie. Chaque technique (sort ou attaque de mêlée) est instantanée - sauf pour les sortilèges les plus lourds -, mais nécessite un temps de régénération. Sur console, la caméra se positionne très proche de votre protagoniste pour une meilleure immersion dans la mêlée. Hélas, cela occasionne régulièrement un manque de lisibilité, d'autant qu'elle a parfois tendance à se coincer dans des éléments du décor. Le pad permet d'enregistrer deux sets interchangeables de six compétences favorites utilisables immédiatement. Le reste est accessible via des menus radiaux plutôt bien fichus. Finalement, malgré nos craintes initiales, la jouabilité des versions console est à la hauteur. Cela dit, c'est bien entendu sur PC que le titre procure les meilleures sensations ; le gameplay y est encore plus intuitif, la gestion de la caméra autorise une vue lointaine et surtout, la réalisation s'avère autrement plus aboutie. Car la plus grosse lacune des moutures consoles réside en fin de compte dans leur esthétique.
Derniers détails pour finir ; une partie s'étend sur plus de 80 heures pour qui désire écumer consciencieusement les terres de Ferelden. Quand on constate à quel point deux aventures diffèrent selon nos choix et les origines des héros, imaginez combien cela peut faire au total... Sans oublier les add-ons, puisque deux packs de contenu téléchargeable sont d'ores et déjà disponibles. Une mise en garde cependant pour les moins coriaces d'entre vous ; la difficulté ne vous fera pas de cadeaux ! Heureusement, un mode facile adoucit nettement le périple. Bref, Dragon Age : Origins tient ses promesses en nous livrant une aventure captivante, à la fois drôle et émouvante, qui devrait ravir les amateurs de RPG à la sauce donjons et dragons. On espère que cet opus signe le premier épisode d'une longue série. Et ci ce n'était pas le cas, l'attente jusqu'à Mass Effect 2 nous paraîtra déjà moins longue grâce à lui !














