Prônant un Torture Porn décérébré et jouant, sans le moindre contrepoint thématique, sur le voyeurisme du public actuel, Saw 2 à 6 ont littéralement raclé les abymes du genre, qualitativement parlant, prenant l'excuse d'un gore décomplexé pour économiser à tous les stades de la production. Décors se limitant à un sous-sol, un bureau, une chaise et un tableau de liège, acteurs aussi mauvais que dans un soap, scénarii abscons et en roue libre, personnages inintéressants au possible... Le tout passé dans le shaker d'une mise en scène aux accents outrageusement clippesques, confondant clairement vitesse et précipitation, terreur et hystérie. C'est dire si l'on se méfiait de cette adaptation en jeu vidéo chapeautée par Konami. Et c'était peut-être un tort. Première bonne surprise : le soft nous ramène au tout premier opus, en mettant en scène les personnages d'Amanda Young (seule survivante de Jigsaw) et David Tapp (interprété par Danny Glover à l'écran). Outre l'occasion de jouer un personnage noir (chose rarissime), ce choix permet de faire fi, avec un peu d'imagination, des innommables séquelles, tout en redéplaçant enfin l'argument horrifique d'un voyeurisme primaire vers un authentique sentiment de trouille.
Car de par son statut d'œuvre interactive, Saw Le Jeu Vidéo se débarrasse totalement de la passivité induite par les suites de Darren Lynn Bouseman et consorts. Evoluant en plan-séquence dans un environnement précisément défini en termes d'espace (les films, eux, étaient totalement illisibles), le joueur a le temps de faire monter la pression, et la moindre intervention de Jigsaw devient dès lors un moment redoutable. Redoutable aussi, la pression que les développeurs infligent au joueur lors des différents puzzles meurtriers, celui-ci devant souvent composer avec un chronomètre ou des pièges annexes afin de réussir à sauver sa peau. Et c'est là la différence principale entre le jeu et les films : il s'agit ici d'EVITER les séquences d'éviscération plutôt que de les CONTEMPLER, chaque mort violente donnant lieu à un bel écran de Game Over. Bien sûr, on peut s'amuser à expérimenter chaque mort ou se pâmer devant quelques cinématiques corsées. La dose de violence est aussi rehaussée par des combats volontairement maladroits (les personnages ne sont pas des boxeurs), contre d'autres victimes que Jigsaw a envoyés au champ de bataille contre la promesse d'une absolution. Mais même ces séquences partent d'un geste désespéré, le héros comme son adversaire agissant comme un pantin, manipulé dans l'ombre par le maître des lieux. Très varié dans son gameplay (recherche d'objets façon jeu d'aventure, crochetage de portes, puzzles en tous genres, affrontements armés, etc.), ce Saw vidéoludique remplit largement son contrat de Survival Horror. Si seulement on pouvait en dire autant des films...








