Faisant partie des rares grandes exclusivités de la PS3, Heavy Rain est un projet de longue haleine, porté à bout de bras comme une nouvelle possibilité de l'évolution du jeu vidéo. Une amélioration nette de l'outil narratif certes, mais difficile d'en dire autant question gameplay.
Plus les machines gagnent en puissance, plus on a l'impression que l'ambition (s'il en reste) des éditeurs / développeurs se concentrent essentiellement sur le rapport entre un gameplay accessible et des graphismes spectaculaires. On nous assène donc des fournées de grosses productions musclées, parfois effrayantes ou juste défoulatoires, mais qui à peu de choses près exploitent inlassablement les mêmes bases ludiques depuis quelques années. Même si sa manière d'argumenter sur les qualités de sa création peut tout autant agacer que fasciner, avec Heavy Rain, difficile de donner tort à David Cage : l'expérience est totalement inédite. Déjà parce que sous ce titre accrocheur se cache un polar, un vrai. Ambiance lourde au possible, musique lancinante... Les rues de cette ville américaine sont constamment martelées par une pluie torrentielle et glaciale, les visages sont sombres et dépressifs et surtout l'impression que la moindre porte cache les pires secrets ne lâche pas le joueur une seconde. Il faut dire qu'au fil de l'enquête, la recherche de l'Origami Killer nous fait croiser des personnages aussi sympathiques que des dealers, violeurs d'enfants, mafieux, médecins adeptes de l'autopsie pré-mortem, illuminés christiques, flics ripoux...
Jamais loin de Se7en et du polar noir plus classique, Heavy Rain donne dans le mature, le couillu, le sexy, l'inquiétant et le même musclé. Découpé en de nombreux chapitres (tel un bon vieux roman de gare, justement), le déroulement laisse autant de place à l'enquête proprement dite avec ses nombreuses fausses pistes et retournements de situation, mais aussi à la galerie de portraits qui la fait avancer. Un père de famille sur les traces de son fils disparu, obligé d'accepter des épreuves mortelles pour obtenir quelques indices, un agent du FBI aussi méthodique que toxico, une mystérieuse et séduisante créature, un privé bientôt accompagné d'une ex-prostituée, chacun aide à dérouler la trame à sa manière, et c'est au joueur de reconstituer ce puzzle diablement captivant. Surtout qu'outre une réalisation technique souvent impressionnante, la mise en scène de David Cage paraît digne d'un vrai film de cinéma. Cadrages, jeu du hors-champ, split-screen De Palmien... On en oublierait presque de reprendre le pad en mains... et c'est sans doute là qu'Heavy Rain a tendance à se perdre.
Véritable saga interactive, le dernier né de Quantic Dream (Fahrenheit) repose donc sur une alliance entre une foule de dialogues (brillants au passage) à choix multiples et une succession interminable de Quick Time Events. Exceptées les rares phases d'enquête proprement dites, le reste du temps, la participation du joueur se borne à aligner les touches telles qu'elle se présentent à l'écran. Si dans un combat cette mécanique largement démocratisée depuis Shenmue bénéficie d'une utilisation pertinente, lors d'actions plus « communes », cela peut vite tourner au ridicule : pour bercer un bébé, caressez le pad de droite à gauche, pour boire un café, pressez vers le haut, pour ouvrir un placard, allumer l'interrupteur, prendre une douche, se raser... Cette multiplication de mouvements casse le rythme et, surtout, lasse le joueur pourtant avide de se laisser porter. Elle apparaît surtout comme une façon de faire oublier au joueur / spectateur que son incidence sur les nombreux évènements se révèle au final des plus limitées. Certains choix enclenchent bien l'apparition d'embranchements inédits, et peuvent aboutir à une petite poignée de fins différentes, mais l'implication n'est jamais physique, uniquement intellectuelle. C'est concept comme dirait l'autre...











