BUTCHER BAKER : LE REDRESSEUR DE TORTS
Butcher Baker : The Righteous Maker - Etats-Unis - 2011
Image de « Butcher Baker : Le Redresseur de torts »
Dessinateur : Mike Huddleston
Scenariste : Joe Casey
Nombre de pages : 184 pages
Distributeur : Ankama Editions
Date de sortie : 11 octobre 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Butcher Baker : Le Redresseur de torts »
portoflio
LE PITCH
Il fut un temps où Butcher Baker était le plus grand de tous les super-héros. De parties fines en orgies perpétuelles, il coule aujourd’hui des jours paisibles le cigare au bec et l’alcool à portée de main. Mais une ultime mission pourrait signer son retour en pleine gloire. Les commanditaires ? L’inusable Dick Cheney et Jay Leno, l’animateur télé. Objectif : faire sauter la « cage aux dingues », une prison de très haute sécurité où sont enfermés tous les super-vilains arr...
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Big Bone

Au Etats-Unis lorsqu'Image lança très en amont sa campagne de pub pour Butcher Baker, elle le fit en mettant largement en avant les détails potentiellement les plus choquants : sexualité frontale, violence gratuite et dialogues tendancieux. Aujourd'hui recueillis en un très beau volume chez Ankama Edition, ces 8 numéros ne se résument-t-il vraiment qu'à cela ?

Autrefois scénariste très classique et pas toujours très heureux, sur des séries comme Avengers : Earth's Mightiest Heroes ou Adventures of Superman, Joe Casey semble s'être définitivement libéré de ses dernières limites depuis son arrivée chez Image. Déjà bien étrange et/ou bourrin, Officier Downe et Marijuanaman (tout un programme) semblent désormais totalement dépassés par l'orgiaque Butcher Baker, sorte de trip sous speed, qui débite à la volée l'univers des super-héros avec un mauvais goût totalement assumé. Prévenu par les communiquants de l'éditeur, on y retrouve bel et bien cette volonté constante d'exploser les frontières de la censure des comics mainstream en balançant à chaque dialogue un lot de grossièretés assez sidérant (très bonne traduction française d'ailleurs), de montrer l'in-montrable dans les séquences les plus improbables (les sexes massifs de ces surhommes en contre-jour au détour d'une baston), d'enchaîner les morts violentes voire gore et d'exploiter un antihéros pour le moins poussif. Avec son approche méga-virile, sa gueule de vétéran mal léché, sa tendance à baiser tout ce qui bouge et son indifférence sidérante, il est pourtant une extrapolation au vitriol du devenir du héros patriotique à la Captain America. C'est d'ailleurs dans cette capacité à bousculer les codes, à présenter des super-héros lessivés, des vilains qui ont depuis longtemps tourné psychopathes que le script de Casey se montre le plus intéressant, dissimulant quelques clins d'œil bien vus et surtout offrant une vision extrêmement modernisée du corps-à-corps en spandex.

 

l'art de la poésie

 

Car dans les faits, le récit de Butcher Baker tient sur un timbre poste, se contentant finalement d'une longue course poursuite en ligne droite, où chaque chapitres sont finalement consacrés à l'éviction d'un énième ennemi aussi ridicule que les précédents. L'aspect psychologique est réduit au minimum, l'univers (malgré quelques pistes intéressantes) se limite à une caricature volontaire des USA, et le tout s'apparente franchement à un vieil actioner des 80's. Amusant mais un peu vide, bourrin mais terriblement gratuit. La série permet tout de même à Mike Huddleston (co-créateur de The Coffin) d'explorer avec jubilation toutes les possibilités visuels du comics : croquis noir et blanc, encrage direct, cases peintes, retouches à la tablette graphique, colorisation tramée ou numérique... D'une page à l'autre, c'est le grand saut, et l'artiste se montre particulièrement doué et généreux dans ses expérimentations, renouant directement avec les légendes Bill Sienkiewicz (Elektra Assassin) ou David Mack (Kabuki), tout en donnant un atour presque underground à sa narration. Très dynamiques, souvent surprenantes, les cases se parcourent comme un délire visuel constant, pulp et psychédélique, mais à l'instar du scénario, elles se prennent parfois un peu les pieds dans leurs exactions. Une sensation d'anarchie (logique cela dit), mais aussi de bordel pas franchement maîtrisé affleure souvent, faisant de Butcher Baker un volume amusant, défoulant, mais qui ne donne pas vraiment toute la mesure qui aurait pu être la sienne.

Nathanaël Bouton-Drouard


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