SARIA T1 & 2 : LES TROIS CLéS / LA PORTE DE L’ANGE
France / Italie - 2007/2012
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Scenariste : Jean Dufaux
Nombre de pages : 120 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 7 novembre 2012
Bande dessinnée : note
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portoflio
LE PITCH
Venise. Le prince Assanti se meurt. Il confie à sa fille naturelle, Saria, un coffret contenant trois clefs qui, utilisées sur la Porte de l'Ange, donnent accès l'une au Paradis, l'autre aux Enfers, et la troisième au Néant. Escortée par Orlando, un fidèle serviteur, la petite fuit loin du palais royal et de ses dangers. Six ans plus tard, la jeune femme, surnommée la Luna, se prépare à affronter son destin...
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Anges déchus

Entamé il y a cinq chez un autre éditeur, l'opéra futuriste et vénitien de Jean Dufaux revient chez Delcourt pour une réédition nécessaire, un changement de titre, et un second tome dans la foulée, mais pour lequel l'immense Serpieri a laissé place à un Federici des plus méritants. Des circonvolutions à prévoir, pour une entame de triptyque qui laisse aussi dubitatif que soufflé.  

 

Publié en 2007 chez Robert Laffont, avant que l'éditeur ne se désintéresse totalement de la BD, puis racheté par Delcourt, L'Enfer revient aujourd'hui dans une nouvelle édition. Un parcours éditorial un peu houleux, pour un album qui porte pourtant la marque aguicheuse du grand Serpieri, érotomane graphique que les formes généreuses de l'avide Druuna ont fait entrer au panthéon des plus grands. C'est qu'en dehors de ses créatures féminines affirmées et plantureuses, l'artiste est tout aussi remarquable pour les univers organiques et apocalyptiques peuplés de mutations sordides. Mais grosse particularité de cet album, l'artiste a pour la première fois accepté d'illustrer le travail d'un autre. Une curiosité par nature donc, qui démontre d'ailleurs que le bonhomme peut se plier à merveille à l'écriture fignolée de Jean Dufaux, en profitant pour glisser un léger érotisme lors d'une exploration sous-marine, et surtout se montrant particulièrement généreux dans sa création d'une Venise pourrissante. Entre les malformations dont sont affublés certains de ses habitants, les mélanges hasardeux machines / curés, la cohabitation de costumes renaissance avec des ersatz de Mussolini, le monde décrit dans ce qui est désormais le premier tome de la trilogie Saria est comme une accumulation nauséabonde de l'histoire italienne.

 

éclipse

 

Entre grandeur architecturale, imprécation d'une église omniprésente et pouvoir fascisant, le résultant est visuellement superbe (toujours ce fourmillement de détails et de pigments) et offre un arrière-plan massif pour ce récit mélangeant aventure bavarde et métaphysique, signé par le créateur de La Complainte des Landes Perdues. Jamais très loin curieusement des délires ésotériques d'un Alexandro Jodorowsky, Dufaux explore une trame curieusement assez hermétique, accumulant les métaphores et autres figures de style pas toujours éprouvées, mais séduit tout de même grâce aux charmes (pas que physiques) de son héroïne rouquine, et les multiples références aux guerres de religions et au fondamentalisme millénariste. Difficile à suivre, même si le second tome prend plus ses aises, aère son rythme pour laisser à la fois la trame s'accélérer considérablement tout en permettant au nouvel illustrateur de verser plus généreusement dans le spectaculaire. Sans doute plus disponible cinq ans après son travail versé sur L'Enfer, Serpieri laisse la place dans La Porte de L'ange au plus jeune Riccardo Federici (La Madone de Pellini), dont le style se rapproche plus d'un photoréalisme élégant et sur-expressif, plus froid qu'organique, mais dont la logique esthétique poursuit le travail de son prédécesseur. Deux albums aux planches puissantes qui portent littéralement cette courte série dont on attend la conclusion future pour savoir si les nombreuses évocations des dialogues et les articulations de cette fresque baroque aboutissent véritablement à une œuvre notable. 

Nathanaël Bouton-Drouard


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