SANDMAN VOL.4
The Sandman #40-49 ; Vertigo Preview #1 ; Sandman Special #1 ; Winter’s Edge #3 ; Sandman Companion - Etats-Unis - 1991/1993
Image de « Sandman Vol.4 »
Scenariste : Neil Gaiman
Nombre de pages : 423 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 20 juin 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Sandman Vol.4 »
portoflio
LE PITCH
Il y a trois siècles, un des Infinis a renoncé à sa charge et à sa famille. Aujourd’hui, le Délire est en proie à des angoisses et ne voit qu’un remède à son mal-être: implorer le Rêve de l’accompagner, et retrouver la trace du frère prodigue. Mais même pour Morphée, le monde de l’Éveil a ses pièges. Malgré les mises en garde de la Mort et du Destin, l’heure est venue de briser d¹anciens serments.
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A la recherche du frère perdu

Urban Comics continue sa publication (à raison de deux volumes par an) de l'intégralité des récits consacrés au Sandman, avec ce quatrième tome qui se penche, cette fois-ci, sur la famille - forcément hors-norme - du Roi des Rêves.

Après s'être évadé de sa prison et avoir retrouvé ses attributs (Préludes & nocturnes), et avoir rencontré les habitants de la Maison de poupées (Volume I), après avoir prétendu à la régence des Enfers (La Saison des brumes, Volume II), après avoir joué au Jeu de soi (Volume III), Morphée se retrouve à nouveau au centre de l'intrigue de Vies brèves, récit en neuf chapitres occupant la part centrale de ce nouveau volume. Mais avant de partir en virée avec sa sœur Délire, le Rêve occupe une place secondaire, ou presque, dans les trois histoires distinctes qui, à l'instar des précédents volumes et comme l'écrira Neil Gaiman tout au long de sa série, font office de nouvelles indépendantes offrant à chaque fois une intrigue nouvelle, cocasse, triste, onirique ou simplement originale. Ici, le Rêve confronte un artiste en pleine crise de doute, en le forçant à s'interroger sur ses passions, ses envies, et sa soif de fuite. Un récit un peu anecdotique, heureusement sublimé par le dessin expressionniste de Kent Williams (The Fountain d'Aronofsky). Première incursion de l'excellente illustratrice Jill Thompson dans l'univers de Sandman, le récit suivant se révèle une merveille d'humour (les « bébés » Infinis), en plus de poser quelques bases pour l'une des grandes sagas à venir. Enfin, c'est une relecture du mythe d'Orphée (ici, le fils du Rêve et de la muse Calliope) qui clôt ces trois histoires indépendantes, que Gaiman retranscrit avec tout son talent pour la mythologie et les situations étranges, le scénariste et son dessinateur Bryan Talbot (Hellblazer) finissant leur narration sur une mélancolie et une tristesse qui sied parfaitement au personnage de Morphée.

 

Brèves rencontres


Le final du Chant d'Orphée trouvera d'ailleurs un écho particulier dans cette très belle aventure qu'est Vies brèves, véritable récit d'initiation, mais également de fratrie complexe, de promesses à tenir et de serments à honorer. En acceptant, après que tous ses autres frères et sœurs aient refusé, d'accompagner le Délire à la recherche de leur grand frère disparu, le Rêve n'imagine sans doute pas le chemin à parcourir, ni même la destination qui l'attend. D'ailleurs, il semble même ne pas croire à la réussite de l'entreprise, et finit par partir sur les routes un peu par amour pour sa jeune sœur en totale perdition, et un peu pour se changer les idées après une rupture difficile (sublime première apparition du Rêve dans le second chapitre, avec son attitude de rock star contrariée faisant tomber la pluie sur son royaume). Mais le talent de Gaiman est bien de ne jamais emmener ses personnages, et donc ses lecteurs, là où ils s'attendent à aller. Et ainsi, c'est toute une galerie de personnages, secondaires ou simples figurants (la mystérieuse Etain du Second Regard), mais toujours importants au récit, que vont croiser nos deux héros. Des personnages périphériques aux destins tragiques (Ishtar la déesse danseuse) ou aux personnalités cocasses, qui donnent lieu aux meilleurs passages du récit, que Jill Thompson, dessinatrice au style si humain et coloré, illustre avec une passion que l'on ressent sans peine (la transformation de l'Aulnier, grand moment de fantastique pur).

 

mon frère, ce héros


Des rencontres parfois fortuites, qui sur la route de ce frère disparu au nom si inapproprié (il fut la Destruction) qu'on en vient à douter de son appartenance à la « famille » des Infinis. Tout en donnant ça et là quelques indices sur le passé du Rêve et du Délire, sur la personnalité brisée (par le départ du grand frère, entre autre) de cette dernière, Gaiman et Thompson, en symbiose totale de fond et de forme, orchestre donc leur récit jusqu'un un final apaisé, éclairant la destinée de nos protagonistes, le temps d'un repas en tous points surprenant, d'une conclusion émouvante à l'histoire d'Orphée et d'une vision bien plus humaniste de la personnalité de certains des autres Infinis (le désespoir du... Désespoir). En un sens, Vies brèves marque le point de basculement de l'histoire du Rêve, concluant certains récits et annonçant les évènements à venir. Quand on sait qu'il reste encore trois pleins volumes à venir, on se dit qu'on n'est pas près d'en avoir fini avec la grande saga de Morphée l'Infini et de son étrange et pathétique fratrie. Sublime.

Frédéric Wullschleger




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