PORCELAINE T.1 : GAMINE
Porcelain : A Gothic Fairy Tale - Royaume-Uni - 2013
Image de « Porcelaine T.1 : Gamine »
Dessinateur : Chris Wildgoose
Scenariste : Benjamin Read
Nombre de pages : 96 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 17 septembre 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Porcelaine T.1 : Gamine »
portoflio
LE PITCH
Dans un monde presque identique au nôtre, comme un écho magique de la Terre, Gamine, une enfant au caractère bien trempé, n'accepte pas la violence de la rue à laquelle elle est confrontée. Décidée à fuir le froid de Snowy City, elle trouve refuge chez le porcelainier. Ce vieil homme bienveillant vit là, entouré de ses automates. Une seule condition à leur cohabitation : ne JAMAIS pénétrer dans son atelier...
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Faillance

Les plus belles œuvres sont aussi souvent les plus fragiles. Avec une matière première aussi sensible que délicate, Porcelaine est un enchantement et la révélation de deux talents à suivre de très près.

Comme beaucoup d'auteurs qui débutent, Benjamin Read et Chris Wildgoose avaient du jusque-là se consacrer à quelques œuvres de commande, en l'occurrence des adaptations en comics des films True Grit et Super 8. Des travaux soignés, en particulier sur la partie graphique, mais qui forcément devaient frustrer un peu les deux collaborateurs. C'est pour cela qu'ils ont crées leur collectif indépendant, Improper Book, dont Porcelaine est la première production. Et la liberté de création en passe déjà par le format. Le grand format en l'occurrence puisque l'album est de la taille d'une BD franco-belge (ce qui est excessivement rare au Royaume-Uni) et que le récit a immédiatement été proposé comme une graphic novel d'un peu moins de cents pages. De quoi profiter de vraies largeurs dans la narration, imposant un rythme posé et poétique, et d'un véritable luxe pour déguster les planches vraiment sublimes de Chris Wildgoose, construisant ses cadres comme des toiles art déco, découpant amplement sa narration en révélant autant un détail accrocheur dans les décors (la demeure, le jardin) que dans l'épaisseur des personnages.

 

L'Homme et l'enfant


L'héroïne est ainsi bourrée de petites expressions adorables, bougonne, frondeuse ou explosant dans un sourire désarmant, tandis que le porcelainier, à la masse digne d'Orson Welles, renvoit l'image d'un tonton aussi chaleureux qu'inquiétant. Tout y est visuellement maitrisé jusque dans les créations en porcelaine, machine steampunk étrange et mélancolique dont les jointures et la dégaine sembleraient presque réalistes. Un album ravissant qui croise les influences de Charles Dickens (du coup comment ne pas penser au Peter Pan de Loisel ?) et du conte fantastique victorien (Frankenstein et d'autres) en racontant la rencontre entre une petite des rues et un mystérieux alchimiste solitaire, dont l'amitié puis la tendresse réciproque, sera constamment menacée par un terrible secret. Un secret digne de Barbe Bleue avec sa pièce qu'il ne faut jamais ouvrir qui du coup inscrit Porcelaine dans un classicisme volontaire qui déroule quelques ressorts bien connus. Mais ce manque d'effets de surprise s'oublie doucement, gracieusement dans l'humanité qui se dégage des dialogues bien pensés, des petites remarques pleines d'humour de la gamine, mais aussi par la porte entrouverte qu'il propose sur un imaginaire délicat et intrigant où la magie nage à chaque instant. Une authentique réussite qui n'est que le premier album d'une trilogie encore en construction. On attend donc véritablement avec impatience les volumes suivants, Femme et Mère, qui continueront de retracer le destin tragique et gothique de cette adorable petite fille.

Nathanaël Bouton-Drouard


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