AKIRA T.1
Japon - 1982/1983
Image de « Akira T.1 »
Dessinateur : Katsuhiro Otomo
Scenariste : Katsuhiro Otomo
Nombre de pages : 362 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 1 juin 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Akira T.1 »
portoflio
LE PITCH
En 2019, trente-huit ans après la Troisième Guerre mondiale, Néo-Tokyo arrive au terme de sa reconstruction. Dans cette ville sans âme errent Kaneda et sa bande. Des jeunes désœuvrés qui n’ont que leur moto pour seule échappatoire à l’ennui du quotidien. Mais une nuit, ils trouvent sur leur route un être des plus étranges, un enfant au visage de vieillard, avec un numéro tatoué sur la main : le numéro 26.
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Néo-Tokyo

Retour en force pour le manga culte de Katsuhiro Otomo, Akira. Une œuvre puissante, massive, visionnaire et tout simplement incontournable qui en plus de trente ans n'a pas pris une ride, proposée pour la première fois en France dans une version entièrement fidèle à son édition japonaise.

Si Glénat la qualifie d'édition définitive, cela n'est en rien usurpé. Les plus vieux se souviennent sans doute de la toute première édition de la série, héritée de la traduction et de la colorisation discutable d'Epic Comics (une branche adulte de Marvel) en album en couverture cartonnée. Un travail qui fit longtemps débat et fut en partie rectifié en 1999 par un retour aux six volumes nippon, en noir et blanc, mais toujours dans le sens de lecture occidentale. Ouf, ça y est, le mal est entièrement réparé, l'éditeur ayant enfin opté pour une adaptation complète du modèle japonais, chapotée par Otomo en personne : de nouveau annoncé en six volumes imposants, mais cette fois-ci avec le sens de lecture initial, une nouvelle traduction directement effectuée à partir du texte source, des onomatopées sous-titrées et l'élégante jaquette. Les amateurs ne peuvent qu'être aux anges et repasser sans sourciller à la caisse, alors que les nouveaux lecteurs vont enfin pouvoir découvrir l'authentique chef d'œuvre dans sa forme la plus pure.

 

drogue dure


Souvent avec ce type de légende à l'aura colossale, on peut craindre que les années n'aient pas toujours été tendres avec le style graphique ou une vision du monde, en l'occurrence ici déployée tout au long des années 80. Mais si Katsuhiro Otomo inscrit effectivement son récit de SF dans un futur qui ne l'est plus aujourd'hui (2019 c'est proche), la portée universelle de son regard sur la civilisation moderne est toujours aussi essentielle, juste, à la fois effrayante par sa violence et sa finalité, que lumineuse par le pouvoir qu'il donne à une jeunesse désœuvrée. On a souvent discuté des réminiscences cauchemardesques des drames nucléaires qu'a connu le Japon, l'essentiel se trouve pourtant surtout dans ce parallèle évident entre la jeunesse de l'auteur dans un japon bouleversé par l'après-guerre, et celles de Kaneda et sa bande, bikers paumés usant de leurs virées en moto comme d'une échappatoire. Les adultes, enfermés dans leurs convictions, n'hésitant pas à bruler les générations à venir par des choix politiques absurdes et des manipulations destructrices, sont déjà affirmés dans le premier volume, comme inconscients, totalitaires, dépassés, annonçant la chute à venir du pays. Les petits voyous eux, aussi mal-éduqués soit-ils, sont instantanément sympathiques et surtout véhiculent une énergie salvatrice, source autant de scénettes humoristiques, qu'une d'une action au rythme infernal.

 

la naissance du monstre


Si parfois dans les albums suivant, le grand tableau d'Otomo s'offrira quelques pause pour explorer plus avant l'avènement d'Akira, ces 400 premières pages explosent la rétine par son découpage cinétique et cinématographique, son rythme implacable, sa succession de prouesses spectaculaires autant que stylistiques. Un long et électrisant ride ininterrompus, souvent motorisé, où l'auteur réussit constamment à développer en parallèle la présence de ses (nombreux) personnages, à disposer les enjeux à venir et étaler une richesse thématique renversante. Difficile de penser à un autre manga, ou une BD tout horizon confondu, qui réussisse à lui arriver à la cheville. Mangaka finalement assez rare, surtout spécialiste tout au long de sa carrière de courtes histoires, Otomo avait déjà posé la première pierre de sa fresque avec le méconnu Domu (Les Humanoïdes associés), mais Akira reste l'apogée de son style. Car si l'artiste est un maitre de la narration - un talent qu'il éprouvera largement dans ses futurs films d'animation - il est aussi un graphiste d'une grande précision. Lui qui imposera pour l'adaptation animé que les personnages aient de vrais mouvement labiaux pour assurer le réalisme du spectacle, affiche dans le manga une maturité considérable : décors urbains ultrafins et gracieux, véhicules plus ou moins futuristes aux design toujours crédibles et classieux (la moto de Kaneda!) et surtout des personnages humains, aux traits japonais, charismatiques et vivants. Du grand art ! Et encore, on s'en garde sous le coude pour les chroniques des albums à venir...

Nathanaël Bouton-Drouard

AKIRA © MASH・ROOM Co., Ltd./ Kodansha Ltd.


AKIRA © MASH・ROOM Co., Ltd./ Kodansha Ltd.


AKIRA © MASH・ROOM Co., Ltd./ Kodansha Ltd.
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