YUKO : EXTRAITS DE LITTéRATURE JAPONAISE
Ikegami Ryoichi Jisenshu Yuko - Japon - 1991/1999
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Dessinateur : Ryoichi Ikegami
Scenariste : Ryoichi Ikegami
Nombre de pages : 448 pages
Distributeur : Tonkam
Date de sortie : 4 janvier 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Yuko : Extraits de littérature japonaise »
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LE PITCH
Découvrez 8 adaptations en manga de romans de littérature dont la majorité a été écrite durant l’aire Taisho, autrement dit de 1912 à 1926, époque de la modernisation de la littérature et de la renaissance du métier de mangaka. La thématique principale de Yuko est l’amour sous forme de sacrifices ou de dévouement, le tout utilisé comme instrument de pouvoir jusqu’à une mort inéluctable.
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estampes d'aujourd'hui

Grand maitre du manga pour adulte, Ryoichi Ikegami fut l'un des premiers manga-ka à être publié en France avec les célèbres Crying Freeman et Sanctuary, respectivement scénarisés par Kazuo Koike et Buronson. Voici donc une occasion rare de découvrir un versant bien plus personnel de l'artiste grâce à 12 nouvelles sulfureuses réunies dans un superbe volume.

Une toute petite partie de cette anthologie fut d'ailleurs déjà proposée en 1999 par les mêmes éditions Tonkam, sous le titre Nouvelles de littérature japonaise. Aujourd'hui totalement épuisé, l'édition devient de toute façon obsolète devant le travail effectué ici, contenant l'intégrale du recueil nippon sous une couverture cartonnée avec jaquette, ruban doré comme marque-page et une impression en noir et blanc soignée sur un papier épais. Du bel ouvrage qui met idéalement en valeur ces essais graphiques et thématiques imaginés par le dessinateur de 1991 à 1999 pour la revue Big Comic, plus ou moins en parallèle de la publication nippone d'une trilogie imaginée par le viril, pour ne pas dire machiste, Buronson : Sanctuary, Strain et Heat. Un monde de mafieux, de castagneurs, d'argent et de filles faciles et violentées, avec lequel tranche manifestement ces courtes histoires que Ryoichi Ikegami écrit en personne, ou adaptées de textes littéraires japonais classiques, ici Un Amour de Tôjûrô de Kan Kikuchi, Le Donjon de Kyoka Izumi et L'Enfer de Ryunosuke Akutagawa. Non pas que les histoires soient des bluettes légères et grand public, mais elles dénotent surtout par l'élégance d'écriture, le recentrage psychologique et l'importance donnée aux femmes, autant comme objets de désir que symboles d'un pouvoir charnel.

 

les femmes serpents


C'est le plus souvent pour leurs yeux, leurs visages et le feu qu'ils dissimulent que les hommes vont aller jusqu'à se damner et ce quelque-soit les époques. Tour à tour muses, victimes de la vilénie des hommes ou prêtresses en quête de plaisirs et d'indépendance, elle trouble forcément l'ordre moral d'un japon patriarcal en affirmant justement leurs pulsions, leur soifs et leurs corps (voir le vénéneux L'Anneau). Cela n'empêche pas Ikegami de rester bien souvent dans les univers noirs qui on fait sa renommé, jamais bien loin du thriller lorsqu'un jeune dessinateur de shojo vend sa petite amie à un spécialiste du bondage (Elle s'appelait Yuko), que les triades offre le sosie d'un fils disparu à des parents se jetant presque volontairement dans un piège grossier (La cité Maléfique) ou qu'un gentil père de famille est persuadé d'avoir tué sa maitresse dans un jeu érotique (Fleur noyée). Les conclusions sont parfois prévisibles, mais Ikegami creuse surtout l'atmosphère et les mécanismes de descentes aux enfers, de franchissement des lignes morales, avec un fatalisme teinté d'une mélancolie certainement poétique. Quelques touches de léger lyrisme surtout perceptibles dans ses contes « historiques » ou en costumes, faisant surgir aussi bien le fantastique (Source profonde, Le Serpent, Le Donjon), que l'impériosité de la force créatrice (L'Enfer, sans doute les illustrations les plus puissantes de l'album). Bien entendu ces pages baignées d'un érotisme suave, trouble, voir malsain, sont magnifiquement réalisée par l'artiste, génie évident d'un réalisme graphique qui ne fige jamais les cadres, ni les expressions, montrant ici à nouveau sa faculté à faire basculer les nuits les plus torrides en cauchemars étouffants. La beauté formelle de ses planches, le choix lumineux de ses cadrages, l'élégance des nus et des costumes, là encore Ryoichi Ikegami affirme son statut de très grands de la BD.

Nathanaël Bouton-Drouard




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