FONDU AU NOIR
The Fade Out #1-12 - Etats-Unis - 2014/2016
Image de « Fondu au noir  »
Dessinateur : Sean Phillips
Scenariste : Ed Brubaker
Nombre de pages : 388 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 29 novembre 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Fondu au noir  »
portoflio
LE PITCH
Un film noir dont les scènes doivent sans cesse être retournées… Un scénariste de cinéma traumatisé, alcoolique et détenteur d’un terrible secret… La mort suspecte d’une starlette… Un directeur de studio hystérique prêt à tout pour boucler ses films avant l’effondrement de l’âge d’or du cinéma.
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Adieu ma belle

Nouvelle collaboration remarquable pour le duo Ed Brubaker et Sean Phillips, passionnés évidents de polars noirs et de littérature Hard Boiled, qui livrent ici ce qui ressemble comme deux gouttes d'eau à une œuvre somme. Un pavé proposé en intégrale par Delcourt qui sent le souffre, le luxe, le vieux whiskey et la pellicule en celluloïd.

 

De Fatale à Criminal en passant par Incognito ou Scène de crime, la passion des deux auteurs pour les veilles astuces de roman policier, de films noirs et de thrillers cruels n'ont jamais été un mystère, mais d'une certaine façon, jamais il ne s'y sont attaqué aussi frontalement qu'avec Fondu au noir. Un roman graphique ambitieux et complet, dense et complexe, qu'Ed Brubaker est allé chercher dans ses souvenirs, aussi bien réels que fantasmés, attachés à son oncle, John Paxton, très célèbre scénariste des années dorées 40/50 reconnu pour Le Dernier rivage, L'équipée sauvage ou Feux croisés. Des grands films hollywoodiens, que Paxton décrivait déjà comme un nid à vipère à son jeune neveu. Reprenant quelques bribes de ses dialogues avec lui, mais aussi empruntant beaucoup à James Ellroy et en particulier le duo Le Dahlia Noir / L.A. Confidential, le scénariste de comics plonge à cœur perdu dans les méandres d'un petit studio, Victory Street Pictures, décris comme une quintessence de l'esprit de l'époque.... Mais aussi de ses perversions. Comme dans tout bon film noir l'affaire débute par le corps sans vie d'une jeune starlette en passe de crever l'écran, et la machine à complots, à détournements, se met en marche révélant justement les ténèbres qui s'agitent derrière la machine à rêve.

 

coldheart canyon


Oubliez alors les gentils héros plein de bon sens et de bons élans, ici tout le monde semble hanté par ses erreurs, poursuivis par ses fantômes alors que le Maccarthysme bat son plein et installe une paranoïa totale, et que déjà les scandales sexuels sordides menacent d'arriver à la surface. La proximité de la publication avec les récents scandales de l'affaire Weinstein et l'effet flaque d'huile qui a suivi rend d'une certaine façon la lecture plus puissante encore, plus malsaine, rappelant une nouvelle fois que l'Empire Hollywoodien est pourri depuis bien longtemps.


Un jeune scénariste sur la pente ascendante, des stars habituées à se taper tout se qui bouge, des agents de pub qui maquillent l'ensemble en jolies paillettes, des vieux directeurs de studios pervers, des agents du FBI planqués dans tous les coins... Brubaker agite le tout et transforme Fondu au noir en poudrière qui justement n'explosera jamais, préférant s'étouffer dans sa propre soupe. Auteur plus que doué comme en atteste son passage brillant sur Captain America ou le récent Velvet, Brubaker frôle ici le génie dans son écriture, réussissant à compresser et réorganiser tous les atours connus du genre dans une nouvelle évocation âpre et violente, un miroir aux alouettes désenchanté et désespéré. L'ami Sean Phillips était forcément l'homme parfait pour accompagner cette chute vertigineuse, approchant le joyeux monde du cinéma avec un dessin acerbe, creusant les visages dès qu'ils ne sont plus dans la lumière, faisant irrémédiablement contraster l'attrait lumineux des personnages et leur réalité plus expressive, plus réaliste. Les planches sont admirablement construites, volontairement classiques dans leur agencements, mais les ambiances oppressantes, opaques, la sensation de s'enfoncer dans une nuit interminable, retrouve pleinement les sensations des grands films noirs d'autrefois, la violence graphique et visible en plus. Ses superbes instantanés, ultra réalistes, faussement issues de photogramme de métrages tournés par la Victory Street Pictures qui viennent ponctuer chaque chapitre, achèvent d'imposer le talent de Phillips tout en questionnant maladivement les reflets argentiques et les intentions d'une réalité de toute façon détournée. Du très grand polar, on ne peut plus noir.

Nathanaël Bouton-Drouard




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