JUDGE DREDD: ANNéE UN
Judge Dredd Year One #1-4 - Etats-Unis - 2013
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Dessinateur : Simon Coleby
Scenariste : Matt Smith (II)
Nombre de pages : 104 pages
Distributeur : Reflections
Date de sortie : 23 février 2018
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Fraîchement sorti de l’académie, le juge Dredd, encore débutant, se voit confronté à de nombreux adolescents développant des facultés paranormales qui les rendent particulièrement violents
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la loi c'est moi

Créé par John Wagner et Carlos Ezquerra : les aventures dystopiques du juge débutent dans la revue britannique de science-fiction 2000 AD en 1977, en plein mouvement punk outre-manche. Officier des forces de l'ordre de Mega-City One, une mégalopole qui couvre la majeure partie de la côte est de l'Amérique du Nord, notre « héros » (pincette de l'espace) est habilité à arrêter, condamner et exécuter des criminels de façon sommaire. Quelle bonne idée !

Premières aventures d'un Joseph Dredd fraîchement sorti de l'académie, ce dernier se voit affecté à une mission en mode « mains dans les poches » pour un dur à cuire. Mega City One voit depuis peu son nombre d'adolescents développer des pouvoirs psychiques rapidement et saccager la ville. Comment faire face à cette menace peut-être plus complexe qu'il n'y parait ? C'est l'enjeu de ce premier tome sur la jeunesse du juge. Hors-série faisant office de préquel à la série régulière, Année Un met-il en scène un Dredd encore balbutiant ? Force est de constater que ce dernier transpire déjà l'acier trempé. Mix improbable entre Infamous (le jeu de Sucker Punch), Phénomènes de M. Night Shyamalan et un tract de la NRA, ce personnage n'est donc pas à mettre entre toutes les mains. Un minimum de recul critique et une certaine maturité sont donc les deux impératifs à maitriser afin d'appréhender ce qu'est la bande dessinée façon Judge Dredd. Du divertissement, de l'art teinté de brûlot politique. Bien qu'on soit encore assez loin d'un Terreur Sainte de Franck Miller par exemple, la précision est nécessaire.
C'est donc dans un monde post cataclysme nucléaire, à reculons et avec l'aide de la division Psy des Juges que l'on plonge sans artifices dans ces rues infestés de punks révolutionnaires, dotés de pouvoirs et s'en prenant aux forces de l'ordre. La cité est en feu. Accompagné du Juge Riorden, Dredd s'abandonne alors dans les bas-fonds afin de déterminer les circonstances de ce foutoir.

 

et je mets les pieds où je veux


Si le personnage est né dans le très british et avant-gardiste 2000 AD, cette itération inédite est cependant un pur produit yankee. Fruit du partenariat entre IDW et de son homologue britannique Rebellion, Judge Dredd: Année Un propose aux nouveaux venus de repartir de zéro, de s'approprier le héros : milkshake de Terminator et de l'Inspecteur Harry. Graphiquement, rien à reprocher. Le style est frontal, musclé, âpre et brut. Le crayonné et la colorisation sont inattaquables et le travail soigné. L'agressivité du trait ne plaira pas à tout le monde mais rien à reprocher de ce côté-là.
Le bât blesse cependant en qui concerne le propos, le style, le récit. Nous sommes pour commencer sur un reboot qui ne s'embarrasse pas d'exposer son récit. Aucune mise en scène, aucune lumière sur les motivations, le parcours, les cicatrices de Dredd. Il vit dans son uniforme, sort de l'école et veut remplir les geôles de brigands. POINT. Dans ce monde triste et étouffant qui n'est pas sans rappeler Hokuto No Ken, difficle de s'attacher à qui que ce soit durant cette centaine de pages. Anti-héros badass que même Sly n'a pas réussi à rendre sexy, impossible donc de nier que, a contrario de certaines aventures de héros masqué-casqué, rien de mémorable ici. Pas de grand méchant, pas d'originalité (des pouvoirs psy et une guerre nucléaire), pas d'identification, de grand huit émotionnel, de twist, de doubles pages mémorables... On pourrait donc qualifier donc cet Année Un de fast-food de la bd. Il est des chefs-d'œuvre, des ratés, des incompréhensibles, des ringards... Ce tome lui est un « vite-oublié », qui plus est parfois nauséabond. Dommage car graphiquement on prend beaucoup de plaisir à suivre le trait de Coleby mais tout tombe à plat face à cet affrontement entre marionnettistes du pauvre, Anars en culotes courtes et flics bas du front. Rien n'est jamais passionnant. Et soyons honnêtes, la «révélation finale» est ratée.

« La liberté a un prix » ou « il n'y a rien dans ma tête » ... On confirme. La fin justifie donc les moyens pour Dredd : flic réac, con comme une huitre et aussi subtil qu'un parpaing dans la tronche. Dans cet univers post-apocalyptique / cyberpunk aux multiples niveaux de réalité, on ne saluera donc ni la finesse du personnage, ni celle de son écriture (on explique l'intrigue sur une page, ou plutôt une case): « Ah, il y a une fissure (spoiler)... ». Se terminant en une heure, ce premier tome ne joue clairement pas dans la complexité. Ses raccourcis scénaristiques sont préjudiciables et l'action expliquée par les personnages a toujours été synonyme d'une narration indigente (pourtant sous la plume de Matt Smith ! - qui a plusieurs fois remporté l'Eisner Award du « Favourite Editor -). Alors que les États-Unis sont dirigés par l'un des plus gros imbéciles que l'on ait vu à un tel niveau de responsabilité depuis un bail, on peste à subir les aventures d'un héros copie carbone que l'on n'adore même pas détester. Reste le style monstrueusement graphique du talentueux Simon Colby et l'encrage de Leonard O'Grady. C'est trop peu pour donner envie de lire la suite...

Jonathan Deladerrière




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