LA MORT AUX YEUX DE CRISTAL
France - 2018
Image de « La Mort aux yeux de cristal »
Dessinateur : Etienne Oburie
Scenariste : Lancelot Hamelin
Nombre de pages : 120 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 6 juin 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « La Mort aux yeux de cristal »
portoflio
LE PITCH
Rome. Radka Sukova est l’égérie d’un très grand styliste français. Réputée pour avoir les plus beaux yeux du monde, elle nourrit les fantasmes et les convoitises. Très à l’aise avec son statut d’icône, elle déchante le jour où elle apprend que son sosie a été assassiné, énucléé, ses yeux remplacés par deux morceaux de cristal taillé. Cette « signature » ne laisse planer aucun doute : la véritable cible, c’était Radka ! L’enquête, confiée au commissaire Corné...
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Le giallo est mort (depuis longtemps) ? Vive le néo-giallo et sa génération de mordus qui en donne leur interprétation moderne et sous influence. Et il n'y a pas qu'avec le duo Hélène Cattet et Bruno Forzani (Laissez bronzer les cadavres) que le corps est déterré, mais aussi du coté de la BD avec ce grandiloquent La Mort aux yeux de cristal.

Le titre de l'album lui-même signifie d'entrée de jeu l'approche amoureuse et fan de ses auteurs, ravivant par quelques effusions poétiques le cinéma fou et sanglant de Bava, Fulci, Margheriti, Martino et consorts mêlant polar, érotisme et horreur dans un ballet délicieusement baroque. Argento surtout, qui est clairement la référence absolue ici, et en particulier sa manière outrancière de créer des films mondes, hors de la réalité et du temps, noyées dans des reflets de magie noire et de fascination païenne particulièrement marquants dans le diptyque Suspiria / Inferno. Piochant dans sa mémoire de spectateur et ses propres pulsions conscientes et inconscientes, Lancelot Hamelin (Dans les eaux glacées du calcul égoïste) ne joue pas au plus malin ou à la relecture fine d'un genre profondément populaire, préférant se jeter éperduement dans le petit monde de la mode italienne où sévie un assassin fétichiste des globes oculaires. L'occasion évidement de faire traverser les pages par quelques demoiselles dévêtues et sans pudeur, avant de les trucider de manière extrêmement violente et gore.

 

la mariée était en noir


Un univers de voyeuriste - une récurrence constante de la figure de l'œil - un mélange perturbant entre fascination érotique et étalage critique de la marchandisation des corps, Argento n'est jamais bien loin, que ce soit dans les couleurs explosives et tranchées, que dans le glissement progressif du polar du coté d'une horreur paranoïaque de moins en moins probable, de plus en plus apocalyptique. Dans ce whodunit dont le mystère autour de l'identité, très improbable, de l'assassin fait tout de même moins sensation que l'apparition d'un culte sadique et de délires oniriques, Etienne Oburie qui signe là son premier album, se montre impeccable pour distiller une atmosphère sulfureuse, un poil sordide mais toujours outré. Le travail sur les couleurs est une fois encore admirable, tout autant que les cauchemars éveillés et le final opératique à souhait, mais on restera un peu plus mesurée sur un trait rond, léger et doux, là où un réalisme italien, à la fumetti aurait peut-être fait plus d'effets encore. Au passage on notera une vraie féminisation du genre, loin du machisme rital des 70's, avec en plus d'une victime cible affirmée, l'ajout d'une détective lesbienne acharnée qui met en danger son couple et son enfant, preuve que La Mort aux yeux de cristal est bel et bien un giallo de 2018.

Nathanaël Bouton-Drouard


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