L’HISTOIRE DES 3 ADOLF VOL.1&2
Adolf ni Tsugu - Japon - 1983/1985
Image de « L’Histoire des 3 Adolf Vol.1&2 »
Dessinateur : Osamu Tezuka
Scenariste : Osamu Tezuka
Nombre de pages : 1360 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 20 juin 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « L’Histoire des 3 Adolf Vol.1&2 »
portoflio
LE PITCH
Berlin 1936. Hitler est au pouvoir depuis trois ans. Les Jeux Olympiques d’été sont pour lui l’occasion de conforter une dictature funeste. Sohei Togué est un journaliste sportif qui vient couvrir les Jeux et, par la même occasion, retrouver son frère Isao. Lorsqu’il le retrouve ce dernier est très angoissé. Il détient, dit-il, un terrible secret qui pourrait ébranler jusqu’à Hitler lui-même. Quand Sohei se rend chez son frère, il le retrouve assassiné.
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l'art sous les décombres

Multi édité en France, et pour cause, L'Histoire des 3 Adolf revient dans un format « définitif » au sein de la collection célébrant luxueusement les 90 ans d'Osamu Tezuka. Plus de 1000 pages réunies dans deux superbes volumes complétés d'exégèse historiques, soit un écrin imposant pour l'une des évocations les plus frappantes de la Seconde Guerre Mondiale en BD.

Des heures sombres dans l'histoire de l'humanité que le tout jeune Osamu Tezuka a connu directement et dont il avait besoin, à l'orée de sa vie, de témoigner pour transmettre son humanisme aux nouvelles générations « Ayant vécu la guerre, j'avais envie de laisser un témoignage de celle-ci, à ma façon ». C'est dans cet état d'esprit qu'il entame donc le roman fleuve L'Histoire des 3 Adolf qui effectivement, au-delà d'un trait typique de l'artiste mais marqué par un réalisme bien plus présent dans sa deuxième partie de carrière, est constamment marqué du sceau de l'auteur. Pas de chroniques purement informatives ici, Tezuka opte une fois encore pour la petite dans la grande Histoire. Une méthode éprouvée dans le sublime Ayako (entre autres) et qui lui permet de faire graduellement entrer le lecteur dans les évènements qui faillir anéantir notre monde. En l'occurrence non pas l'histoire des Adolfs en premier lieu, mais celle du journaliste japonais Sohei Togué qui enquête sur le meurtre de son frère, sympathisant communiste, en plein milieu du déroulement des jeux olympiques de Berlin, grand spectacle de propagande pour le régime à venir d'Hitler. Une investigation, qui se transforme en thriller paranoïaque puis pas à pas vers les mécaniques d'un grand récit d'espionnage, et qui va servir de colonne vertébrale à un feuilleton foisonnant, entre origines secrètes du dictateur, tactiques militaires, services secrets internationaux, évènements et figures historiques avérées, mais aussi une galerie de personnages qui ne cessent de ramener le grand tableau vers un niveau plus terre-à-terre, plus humain et émotionnel.

 

Hitler, Mussolini, Hirohito et les autres


Naviguant entre plusieurs eaux, Tezuka ne se noie jamais, au pire boit-il une ou deux fois la tasse, la série, prépubliée dans la revue politique Shûkan Bunshun, ayant du subir de drastiques limitations dans la pagination, obligeant l'auteur à remanier quelque peu son manga pour la publication en volume. Des broutilles au sein d'une bande-dessinée palpitante, captivante, étouffante, et incroyablement noirs et violentes dans ses illustrations des tortures perpétrées par la Gestapo, dans sa descriptions des charniers post-bombardement ou ses exécutions sommaires, abruptes, de civils innocents ou de personnages centraux. Que ce soit Togué, ou les deux amis d'enfance prénommés Adolf, l'un métisse allemand/ asiatique, l'autre de culture juive, toute l'énergie de la lecture passe par eux. Et le génie de Tezuka réside dans sa faculté à leur donner une aura constante, une épaisseur complexe, tout en s'en servant comme vecteur de questions aussi fondamentales que l'identité, l'honneur, l'individualité et l'amour (car c'est aussi un grand mélodrame) ensevelies sous les gravas d'une guerre dévastatrice.

Apparaissant un peu plus tardivement dans le récit, le troisième Adolf, le tristement plus célèbre, n'est pas en reste, avec une volonté d'en étoffer les aspects les plus pathétiques, signant le portrait d'une folie qui malheureusement semble contaminer le reste du monde. Patriotisme aveugle, nationalisme malsain (pléonasme), racisme primaire, jeunesse au cerveau lessivée par la propagande, amitiés et amours déchirées par des morales féodales, peur des uns et des autres... L'humaniste Tezuka souligne toute l'absurdité d'un monde au bord de l'effondrement, et à parfois bien du mal à distiller de jolies notes d'espoir dans ce tableau ténébreux. En atteste l'épilogue meurtrier et fataliste, face-à-face final des frères ennemis en plein milieu du conflit palestinien. Incontournable.

Nathanaël Bouton-Drouard




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