AMERICAN GODS T.1
American Gods #1-9 - Etats-Unis - 2017
Image de « American Gods T.1 »
Nombre de pages : 272 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 26 octobre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « American Gods T.1 »
portoflio
LE PITCH
Ombre vient tout juste de sortir de prison lorsqu'il apprend la mort de sa femme et de son meilleur ami dans un terrible accident de voiture. Dans l'avion qui le ramène chez lui, il fait la connaissance d'un étrange personnage appelé Voyageur. Ce dernier, qui n'est autre que le dieu nordique Odin, lui propose de l'embaucher comme garde du corps. Ensemble, ils vont poser les bases d'une lutte qui opposera le panthéon des anciens dieux à celui des divinités modernes, la Télévision, Interne...
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Réveiller l'ancien monde

Hasard des calendriers, c'est quasiment au même moment où certains découvraient les premiers épisodes de la série TV American Gods que les lecteurs de comics pouvaient mettre la main chez leur revendeur sur les premiers fascicules de la BD American Gods. Le second n'est en rien le produit dérivé du premier, mais bel et bien une autre adaptation du roman de Neil Gaiman.

Alignement des planètes ou conjonction de destins, l'œuvre de Neil Gaiman commence enfin à se faire connaitre en dehors des pays anglo-saxons et en dehors du support littéraire. Et si Sandman n'a pas encore tout à fait pointé le bout de son nez, alors que De bons présages (entièrement dirigé par l'auteur) devrait faire sensation avec David Tennant au cast, l'évènement reste clairement la série de Starz, American Gods dont les spectateurs attendent déjà la seconde saison. Une adaptation réussie et respectueuse qui s'est trouvé une concurrente directe du coté de Dark Horse Comics et de sa propre version du roman le plus célèbre de Gaiman avec Neverwhere. Là aussi un projet de longue haleine, souvent envisagé, puis reporté, qui a forcément trouvé un allier de taille du coté de Craig P. Russell (Elric, The Fairy Tales of Oscar Wilde). Le même scénariste en l'occurrence que les précédentes versions BD de Coraline et L'Etrange vie de Nobody Owens, mais aussi illustrateurs sur différentes épisodes de Sandman. Un vrai connaisseur de l'écrivain anglais qui certes une fois encore fournit une itération très proche et respectueuse du matériau d'origine, mais qui réussit au passage à lui offrir une âme plus colorée, une vision presque plus grandiose.

 

chacun son culte


C'est que si de nombreux passages reprennent directement la prose de Gaiman, et que bien entendu ce grand road trip intime et mythologique préserve la même structure, le comic y trouve des respirations nouvelles par les spécificités même du médium : le croisement entre le texte et l'illustration. Les péripéties d'Ombre et ses multiples rencontres avec des panthéons anciens et délaissés ne reposent plus sur une mystique parfois insaisissable, mais bien sur les choix de découpage de Russell qui scrute plus chaleureusement encore les errances des personnages, leurs rêveries, leurs émotions. A ce titre, le travail visuel de Scott Hampton (Batman: Des Cris dans la nuit) est une fois encore admirable. Un artiste qui peint ses planches avec un maniérisme gothique et étouffant, mais qui recherche ici le plus souvent une matière plus légère, plus fluide, confortant un réalisme très poussé avant de le perturber par un détail décalé (les yeux enflammés, la lumière diffusée par un poste de télé, un animal omniprésent dans le cadre) ou plus généreusement d'emporter la scène dans un ailleurs païen.

Une superbe série, souvent sublimés dans les chapitres « interstices » illustrés par Russell en personne et quelques invités (Walt Simonson, Glen Fabry...), qui retrouve bien souvent cette identité regrettée des grandes séries de l'ère Vertigo, se permettant d'aborder des thèmes totalement adultes (ici la culture gangrénée par le mercantilisme généralisé), de l'illustrer sans détour (mort et sexe) pour emporter le lecteur dans une saga moderne et complexe. Un travail mis en valeur au passage par notre éditeur français qui a choisi de l'inclure tout logiquement dans la collection Urban Graphic avec une superbe couverture façon roman de luxe, un papier de haute qualité et un gros cahier graphique en fin de volume.

Nathanaël Bouton-Drouard


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