WONDERLAND T.1&2
Wonderland #1-12 - Etats-Unis - 2012/2014
Image de « Wonderland T.1&2 »
Scenariste : Raven Gregory
Nombre de pages : 352 pages
Distributeur : Graph Zeppelin
Date de sortie : 30 octobre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Wonderland T.1&2 »
portoflio
LE PITCH
Alice Liddell n'est plus la petite fille que vous connaissiez autrefois. Des années se sont écoulées depuis qu'elle a fait le voyage au Pays des Merveilles. Aujourd'hui mariée et mère de deux enfants, Alice a tout pour être heureuse. Mais tout bascule le jour où sa fille, Caroll Ann, surnommée Calie, est à son tour attirée par le Pays des Merveilles.
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"ici tout le monde est fou"

Les célèbres romans de Lewis Caroll, de par leur nature délirante, leur imagerie marquée et un ton déjà parodique, prêtent largement le flan aux adaptations de tous poils, pas toujours des plus fidèles. La série produite par l'éditeur indépendant Zenescope, plonge les rêveries d'Alice dans un monde de cauchemar, scabreux et sadique, mais surprend par ses petites notes érudites.

Pourtant ce Wonderland ne fait pas de prime abord dans la dentelle, ne serait-ce que par ses couvertures extrêmement pulpeuses, mettant largement en valeur des demoiselles biens connues mais dans des pauses lascives et des moues aguichantes. Mais que l'on ne s'y trompe pas, le comic n'a en définitive rien de bien sexy. Même si on y aperçoit de manière suggestives quelques demoiselles dénudées, la sexualité est ici surtout décrite comme un révélateur du malaise psychologique de la famille Liddell : papa donne dans le sado-maso, fiston se masturbe devant des photos de cadavres trouvées sur le net, la fille (qui va devenir la vraie héroïne) n'est pas franchement présentée comme une héroïne de grande vertu... Une cellule familiale totalement dysfonctionnelle, malade, en pleine sortie de route depuis que la mère a fait sa première tentative de suicide. Dans ce récit tout a fait contemporain, c'est pourtant belle et bien de cette Alice dont il est question, incapable de survivre mentalement à son échappée du monde des merveilles, et contaminant par son désordre intérieur tout le reste de la maisonnée. On retrouve ici clairement des traces du célèbre jeu American McGee's Alice, mais avec de la part du scénariste Raven Gregory (1001 Arabian's Night, Grimm Fairy Tales) une authentique volontée de dépasser la relecture gothique pour plonger totalement dans une trame horrifique dérangeante entre Psycho killer et émanation Lovecraftienne.

 

"qu'est notre vie, sinon un rêve"


Un vaste programme qui pourtant commence assez sobrement avec pour l'essentiel du premier recueil un récit qui suit plus ou moins les évènements décrit dans le modèle Alice au pays des merveilles, mais avec des débordements déglingués, monstrueux et franchement gores. Pour repeindre les roses en rouge de la Reine de cœur, nos pauvres soldats de carte en sont quitte pour étriper leurs camarades, tandis que le Chat du Cheshire pratique moins l'énigme que le massacre de masse. Violeurs, cannibales, tortionnaires, les habitants de Wonderland ne sont plus ce qu'ils étaient, et peu à peu la logique de cette adaptation déviante apparait alors qu'elle se mêle à des légendes plus complexes et une tragédie familiale entre sacrifices et pratiques pédophiles, qui rendent l'ensemble particulièrement nauséeux. Une série franchement méchante qui s'embarque définitivement dans le second Au-delà du Pays des Merveilles sur ses propres rails avec une confrontation attendue entre Calie enceinte et son frangin sociopathe devenu le nouveau Chapelier fou, le tout sur fond de fin du monde ! On ne peut clairement pas reprocher à Wonderland sa frilosité, mais cela à forcément un coût : celui du bon goût.

Excessif, bourrin et pas des plus délicats dans son écriture, le comics est bien souvent un gros bordel malhabile où les révélations douteuse sortent magiquement du chapeau en même temps que quelques personnages non pas oubliés, mais assez inutiles. Pas toujours maitrisé donc, à l'image de sa plus grande faiblesse, ses dessins. Confiés essentiellement à un Daniel Leister manifestement traumatisé par les productions Images Comics des années 90, ils sont assez peu gracieux, colorisés avec quelques outils numériques peu adaptés, alternant entre quelques planches efficaces et d'autres brouillonnes. Le pire étant ici atteint par les deux dessinateurs venant filer un coup de main pour maintenir le rythme, avec un résultat franchement moche. Un habillage qui ne rend vraiment pas service à une série qui est très loin d'avoir dit son dernier mot. Elle compte aux USA une cinquantaine de fascicules.

Nathanaël Bouton-Drouard


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