FINAL CRISIS T.3: CRISE FINALE
Final Crisis #1-7, Final Crisis: Submit #1, Final Crisis: Superman Beyond#1-2, Batman #682-683 - Etats-Unis - 2008/2009
Image de « Final Crisis T.3: Crise finale »
Scenariste : Grant Morrison
Nombre de pages : 480 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 9 novembre 2018
Bande dessinnée : note
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portoflio
LE PITCH
Les hordes de Darkseid ont infiltré pendant des mois la Terre et se préparent désormais à une attaque décisive qui va la faire tomber sous le joug du despote d'Apokolips. Dépassés, les super-héros vont devoir s'organiser en poches de résistance afin de repousser l'invasion imminente, et les pertes vont s'avérer des plus lourdes dans les deux camps !
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L'histoire de toutes les histoires

Après les deux premiers tomes consacrés (on en a déjà parlé) à l'expérience Les Sept Soldats de la victoire voici l'event cataclysmique Final Crisis proprement dit. Une « Crisis » typique de l'univers DC, qui frappe encore, dix ans après, par une densité et une puissance rarement atteintes, mais qui le met clairement hors de portée des lecteurs occasionnels.

Ce qui n'est d'ailleurs pas si étonnant pour un éditeur comme DC comics qui, dès sa première Crisis on Infinite Earths a immédiatement élevé les enjeux de ses crossovers au-delà des habituelles batailles collectives. Une complexité incrustée dans l'ADN de l'éditeur, dont le multivers s'est crée au cours de divers rachats de catalogues d'autres éditeurs et de rencontres, au départ anodines, entre différentes générations de même icones (les deux Flash, les deux Green Lantern... ). Pour embrasser la totalité des évènements décrits dans les « Crisis » il faut donc généralement être un lecteur fervent, ou être armé d'une jolie encyclopédie, pour reconnaitre tous les personnages présentés et le destin fluctuant de ces multiples réalités parallèles. Mais si Final Crisis devait être au départ, comme son nom l'indique, la conclusion explosive des précédents Crisis on Infinite Earths (1985) et Infinite Crisis (2005), elle s'avère surtout l'aboutissement, temporaire, des longues et fructueuses implications de Grant Morrison dans l'histoire éditoriale de DC Comics. Le rapprochement avec l'expérimental Seven Soldiers of Victory par l'éditeur français n'a rien d'un sacrilège puisque effectivement certains évènements en apparences mineurs trouvent ici un prolongement et une conclusion, tout autant que des réfléxions d'auteurs comme la contraction narrative et un hommage émouvant à l'art de Jack Kirby. Mais pour être totalement complet, Urban aurait du proposer en sus ni plus ni moins que tout ses Animal Man, ses Doom Patrol, All Star Superman, son Batman et les quatre recueils de 52 puisqu'en plus de noyer le lecteur sous une vague ininterrompue de références à l'univers DC, le scénariste plonge constamment ses mains dans le moteurs de ses différents exploits pour en récolter les meilleurs fruits. Final Crisis est donc une lecture ardue, et c'est un euphémisme.

 

dernier couplet


Vendu comme un blockbuster luxueux par DC Comics lors de sa première publication, avec d'ailleurs la mise en avant au passage de la présence du très bon J.G. Jones au poste d'illustrateur (qui n'arrivera pas à mener à terme laissant place, essentiellement au plus lumineux Doug Mahnhe sur les derniers chapitres), Final Crisis offre bien entendu son lot de batailles gigantesques entre armées de super-héros et menaces venues d'ailleurs, destructions planétaires, ultimes sacrifices le tout dans une ambiance imposante de fin du monde. Mais là encore Morrison déjoue les attentes en construisant ces sept épisodes comme une trame discontinue, alternant les accélérations sidérantes, les ellipses drastiques, multipliant les sources narratives (se sont souvent certains personnages qui délivrent leur vision), pour mieux stopper l'action et laisser apparaitre une émotion plus naturelle et humaine (les deux baisers sont magnifiques). Ne faisant rien pour faciliter la vie du lecteur, Morrison le laisse souvent relier les points tout seul, imaginer la cause des vides, afin de lui permetre une interprétation plus personnelle. Ambitieux, mais malheureusement pas toujours réussi, tant certains passages ne deviennent compréhensibles qu'à la second voir troisième lecture, et uniquement depuis qu'Urban Comics a eu la bonne idée de glisser aux endroits stratégiques les deux tie-in pourtant indispensables que sont Superman Beyond (où l'on comprend la longue absence du personnage et l'identité réelle du "méchant" ) et les épisodes 682 et 683 de la série Batman (où l'on comprend comment Wayne se délivre du contrôle de Darkseid et se retrouve en position de force).

 

no more mister bad guy


Une construction en forme de puzzle où se croisent pas moins de huit trames à la fois distinctes et imbriquées l'une dans l'autre, dont la conclusion finale de la longue guerre entre Neo-Genesis et Apocalips, le retour de Barry Allen (le Flash central), une Lois Lane entre la vie et la mort et.... la disparition prochaine des univers dans un trou noirs absorbant toutes les réalités. Alors Final Crisis indigeste ? Oui si on veut en absorber tous les ingrédients. Non si on se contente d'en apprécier le tableau final, sensiblement plus simple qu'il n'y parait. Avec ses multiples références aux mythes primordiaux (Ragnarok), ses allusions non déguisées au « Dark Age » de DC Comics contrastant avec l'explosion dynamique des créations de Jack Kirby (de Kamandi à OMAC), le retour de concepts méta dont Morrison a le secret (les limbes où les héros oubliés attendent, la réalité qui se distort comme une page de BD...) et un Happy End rendu possible uniquement par l'espoir incarné en Superman, Final Crisis est finalement une manière pour Grant Morrison (comme dans son long run sur Batman d'ailleurs) d'incarner un retour vers les comics des origines, plus naïfs, plus colorés, moins self-conscient et finalement largement plus accessibles et positifs. Surtout, il se dote des atours d'un proto-mythe, de la naissance à la disparition, où l'histoire, comme le dit Superman, semble s'écrire toute seule, menacée constamment non pas par la crise de la page blanche, mais par celle de choix scénaristiques trop aisés entrainant le multivers vers une uniformisation dommageable et une noirceur omniprésente. Véritable déclaration d'amour aux titres DC Comics et aux comics dans leur ensemble, Final Crisis déborde constamment de l'âme de son créateur... Bon peut-être qu'effectivement un doliprane ne serait pas de trop.

Nathanaël Bouton-Drouard








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