STAR WARS : FORCES DU DESTIN
Star Wars : Forces of Destiny #1-5 - Etats-Unis - 2018
Image de « Star Wars : Forces du Destin »
Nombre de pages : 138 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 7 novembre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Star Wars : Forces du Destin »
portoflio
LE PITCH
Sur la planète Hoth, la princesse Leïa dirige une mission pour retrouver l’épave d’un vaisseau spatial. Elle espère récupérer des pièces pour réparer le bouclier de la base rebelle. Son plus grand défi reste toutefois de maîtriser son taun-taun, un animal caractériel et maladroit…
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les femmes contre-attaquent

Heureux distributeur français des bandes dessinées pré « nouvelle trilogie », Delcourt vise le coup double avec ce recueil d'histoires tirées de la web-série animée et diffusée par Disney sur Youtube : Star Wars Forces of Destiny. Des histoires destinées au jeune public et qui capitalisent sur le renouveau du féminisme.

Six héroïnes en haut de l'affiche pour cinq aventures à différentes époques de la saga imaginée par tonton Lucas. On ouvre le bal avec Leïa, princesse dure à cuire dont la persévérance est mise à l'épreuve dans un prologue à l'Empire Contre-Attaque. On fait un bond en avant pour retrouver Rey et le droïde BB-8 sur Jakku dans ce qui aurait bien pu être une scène coupée du Réveil de la Force. Combattante « Twi'lek » (vous vous souvenez de la danseuse jetée en pâture par Jabba à une vilaine bestiole dans Le Retour du Jedi ? C'est la même espèce) créée pour la série Rebels, Hera offre une leçon de résistance à des fermiers malmenés par les forces impériales dans le troisième récit. Puis, c'est le duo Ahsoka/Padmé Amidala qui prend le relais pour tenter de déjouer un attentat qui menace une rencontre diplomatique sur Coruscant en pleine Guerre des Clones. Enfin, Rose, la mécanicienne du Dernier Jedi, fait ses preuves auprès d'une Leïa vieillissante avec l'aide de sa sœur Paige, pas encore sacrifiée lors d'une bataille face au Premier Ordre.
Les enjeux ne sont pas révolutionnaires mais chaque petite histoire y va de sa morale positiviste. Dans un monde d'hommes, les brunes (et les autres) ne comptent définitivement pas pour des prunes. A priori, une bien belle initiative mais qui souffrent malheureusement d'intrigues paresseuses, d'un graphisme souvent immonde et de stéréotypes agaçants.

 

que la force soit avec elles !


A vrai dire, un seul chapitre sort un tant soit peu du lot. Remarquablement interprétée par Kelly Marie Tran dans le film de Rian Johnson, Rose Tico est un personnage attachant et la petite virée entre sœurs imaginée par la scénariste Delilah S. Dawson (plume récurrente des novellas tournant autour de la nouvelle trilogie) doit beaucoup aux dessins de l'italienne Nicoletta Baldari. Dans un hommage réussi au Mulan de Disney, cette dernière fait preuve d'un talent inné pour croquer des visages aux expressions fortes sur des fonds pastel chatoyants. Le tout atteint sa cible en valorisant l'imagination féminine et la nécessité de faire entendre sa voix quitte à essuyer le mépris stérile du patriarcat.
Ce qui précède n'est pas, vous vous en doutez bein, du même niveau. Le pire ? Les chapitres consacrés à Rey et à Ahsoka et Padmé. Dénués du moindre intérêt, d'une laideur même pas digne d'un mauvais Picsou Magazine, ce doublé de la honte est l'exemple même des ravages du cynisme commercial et de la palette graphique dans le monde de la bande dessinée. C'est en supposant que les enfants sont prêts à se satisfaire de n'importe quel gribouillis avec un droïde tout mignon et un sabre laser que l'on en arrive à des aberrations pareilles qui ne racontent rien et font saigner des yeux. Moins catastrophiques, les pérégrinations de Leïa et d'Hera ne sont pas brillantes pour autant. Les dessins sont à peu près potables mais les tares sont rédhibitoires. Entre un Han Solo transformé en sale con misogyne et binaire, un taun-taun qui se comporte comme un Rantanplan du pauvre, un caméo inutile de Darth Vader (fallait bien le caser quelque part, l'asthmatique) et la menace risible d'impériaux pas bien nombreux et handicapés par un QI d'huïtre, les fans de la première heure préfèreront assurément se pendre plutôt que d'offrir cet ersatz à leur progéniture.

En cherchant à transformer les femmes fortes de notre galaxie lointaine, très lointaine, en princesses Disney, les nouveaux tauliers du produit dérivé commettent là une sérieuse erreur de jugement. Si Leïa et ses frangines ont toujours été des modèles de féminisme et de progrès, c'est faire un méchant pas en arrière que de les réduire à des stéréotypes débitant des slogans prémâchés avec un sourire Colgate.

Alan Wilson




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