GIDEON FALLS T.1 : LA GRANGE NOIRE
Gideon Falls #1-6 - Etats-Unis - 2018
Image de « Gideon Falls T.1 : La Grange Noire »
Dessinateur : Andrea Sorrentino
Scenariste : Jeff Lemire
Nombre de pages : 176 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 2 novembre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Gideon Falls T.1 : La Grange Noire »
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LE PITCH
Orphelin et marginal, Norton Sinclair fouille sans arrêt les poubelles et les décharges d’une grande ville, espérant rassembler toutes les preuves de l’existence de la grange noire, incarnation du mal absolu. Ailleurs, le père Wilfred, un ancien alcoolique, hérite de la paroisse de Gideon Falls, une petite commune rurale…
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de rouille et de bois

Old Man Logan et Green Arrow n'ayant pas suffi à les rassasier, le scénariste Jeff Lemire et le dessinateur Andrea Sorrentino font à nouveau équipe pour une nouvelle série, totalement originale cette fois-ci, et posent les bases d'un univers sombre, violent et cryptique. Gare à la sinistrose et aux migraines.

La première page de Gideon Falls résonne comme un terrible avertissement. Cette histoire va vous retourner comme une crêpe avant de vous plonger dans le sang et les ténèbres. Le sens du découpage et l'hyper-réalisme malmené du trait fiévreux de Sorrentino vont comme un gant à l'imagination tortueuse de Lemire. Ces deux-là sont sur la même longueur d'onde. Un masque de chantier vissé sur le visage, un jeune homme déterminé plonge dans les ordures. Il en retire un petit bout de bois dont il avait senti la présence. Une pièce parmi tant d'autres d'un puzzle ésotérique géant. On découvre ensuite le logement de cet obsédé solitaire et un tantinet paranoïaque. Des bocaux sur des étagères, une prière avant de sombrer dans les bras de Morphée. On pense sans hésiter au Se7en de David Fincher. On ne sait pas encore totalement à quoi s'attendre mais le voyage promet d'être long. En quelques pages, en quelques cases, le duo a réussi son coup. Le lecteur ne peut plus lâcher prise. Il faut que l'on sache. Comme il l'explique dans les annexes qui concluent ce premier tome prometteur, Jeff Lemire a vécu pendant deux décennies avec le personnage de Norton Sinclair dans un coin de son esprit. Ses obsessions ont nourri sa création et vice-versa. Lemire était même prêt à l'abandonner, ne sachant pas vraiment quoi en faire. Il lui fallait juste un supplément de maturité et le complice idéal.

 

bienvenu à gideon falls !



La relation entre le scénariste et son dessinateur semble pour ainsi dire déteindre sur le pas de deux qui se joue entre Norton l'illuminé et sa psy très rationnelle (mais pas pour longtemps), le docteur Xu. Une vision commune, insensée mais irréfutable finit par les réunir. Lemire et Sorrentino sont en quête de la grange noire et ils nous forcent à les suivre par un art du mystère et de la révélation choc qui pioche sans vergogne dans Lost et les X-Files. Et ce n'est pas fini !
En parallèle de l'histoire de Norton Sinclair, le père Wilfred (qui ressemble étrangement à Robert Duvall) vit un enfer à Gideon Falls. Arraché à son séminaire et à sa bouteille par un évêque aux intentions pas très claires, suspecté de meurtre, le prêtre en pleine crise de foi est lui aussi confronté aux maléfices de la grange noire, un bâtiment qui apparaît et disparaît à volonté et qui aurait le pouvoir de pousser aux meurtres les habitants du coin. Un lien de parenté avec le Ça de Stephen King ? L'hypothèse se tient. Le ton est quoi qu'il en soit un peu différent, avec une mise en page moins éclatée et baroque, plus classique, ample et solaire. Comme si l'on passait de Lovecraft et Francis Bacon à Steinbeck et Edward Hopper. Mais l'alternance d'une intrigue à l'autre fonctionne sans accrocs. Le personnage de Doc Sutton, vieux barbu également obsédé par la grange noire établit une correspondance avec les « travaux » de Norton.

Lorsque l'on pénètre enfin dans la bâtisse maudite, Lemire et Sorrentino basculent dans une autre dimension, avec des clins d'œil appuyés à David Lynch (on n'est pas loin de la fameuse « Red Room » de Twin Peaks), Alan Moore et Ken Russell. Des visions dantesques et mystiques s'étalent sur de pleines pages et une bataille contre le Mal se profile à l'horizon. On espère une rencontre entre le père Wilfred et Norton Sinclair mais la dernière case, véritable mind-fuck de première classe, semble suggérer le contraire. Les gars, vous avez gagné ! La suite, vite !

Alan Wilson


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