BARBARA
ばるぼら, Barubora - Japon - 1973/1974
Image de « Barbara »
Dessinateur : Osamu Tezuka
Scenariste : Osamu Tezuka
Nombre de pages : 448 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 31 octobre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Barbara »
portoflio
LE PITCH
Barbara est une jeune hippie désœuvrée et alcoolique qui erre dans la gare de Shinjuku. Un soir, un inconnu la ramène chez lui. Cet homme, Yôsuke Mikura, est un célèbre et séduisant écrivain. Deux êtres opposés sont réunis pour une aventure à la frontière du fantastique.
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naissance d'une nymphe

Delcourt perpétue le génie d'Osamu Tezuka avec un nouveau volume de leur collection Prestige célébrant le 90ème anniversaire de sa naissance : Barbara. Une œuvre méconnue de sa riche bibliographie, évocation libertaire et personnelle des affres de la création.

Au sortir de l'œuvre longue et complexe que fut Ayako, Tezuka a besoin de s'offrir une récréation. Celle-ci va prendre un drôle de tour car tout en restant un titre à l'attention d'un lectorat adulte et aborde des thèmes parfois noirs et sulfureux, Barbara semble clairement s'être construit au fur et à mesure de sa publication. Pas sûr en effet qu'en nous présentant dans les premières pages la jeunes SDF alcoolique, colérique et aguicheuse, il s'imaginait déjà en faire une créature aussi insaisissable et mémorable. Cependant, dès sa première apparition, le charme du personnage est évidente, demoiselle mutine, charmeuse autant que douteuse, mais qui avec sa mèche blonde, sa moue boudeuse et ses attitudes d'adolescente pas finie séduit et intrigue le lecteur, tout autant que le romancier Yôsuke Mikura qui n'arrivera jamais à s'en dépêtrer. Pourquoi cet attachement ? Qui est vraiment Barbara ? Ce couple désordonné a-t-il vraiment un avenir ? Tezuka avec un coup de crayon plus léger et énergique qu'à son habitude, suit pas à pas leur découverte mutuelle comme une suite d'épisodes en apparence désarticulés.

 

le corps et l'abstrait


Parfaitement intégré à son époque, Barbara est un manga nourrie des réflexions des années 70, de la poussée galopante du libéralisme aux restes peu glorieux du Flower Power en passant par un retour en force du mysticisme païen, mais aussi de son esthétique avec des constructions narratives qui glissent vers le psychédélisme. Comme si finalement l'œuvre débordait même sur l'imagination de son auteur, lui-même inspirée par son héroïne qu'il décrit tout d'abord comme une fille des rues, puis un délinquante fragile avant de lui offrir des atours de plus en plus fantaisistes, de sorcière à muse. Le mangaka se gardera bien d'ailleurs de trancher sur la question, laissant planer autour du volume une aura de mystère constante, mêlée aux effluves de romantisme fugace, de comédie nonsensique et d'évocations plus intimes. Celles d'un créateur qui doute, qui cherche, qui quête et se poses d'authentiques questions sur son art, les causes du succès et de la postérité. Avec ses airs de ne pas y toucher Barbara est donc l'un des mangas les plus érudits de Tezuka, détournant Les Contes d'Hoffman, citant Verlaine où la modernité de Magritte, discutant les qualités de La Joconde autant que d'œuvre plus primitives ou les estampes de Sharaku. On y croise même dans son propre rôle l'ami Leiji Matsumoto, créateur de l'univers d'Albator / Harlock, signifiant le lien évident entre ces arts « nobles » et la BD japonaise. Un bon moyen d'amener une conclusion hardie, jouant la carte de l'œuvre dans l'œuvre, de l'illustration méta fataliste et ironique, mais jamais cynique. Un voyage atypique et imprévisible dont seul Tezuka avait le secret.

BARBARA© by Tezuka Productions

Nathanaël Bouton-Drouard


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