MULTIVERSITY
THE MULTIVERSITY #1 and 2, THE MULTIVERSITY GUIDEBOOK #1, THE SOCIETY OF SUPER-HEROES #1, THE JUST #1, PAX AMERICANA #1, THUNDERWORLD #1, MASTERMEN #1 - Etats-Unis - 2014/2015
Image de « Multiversity »
Scenariste : Grant Morrison
Nombre de pages : 480 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 16 novembre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Multiversity »
portoflio
LE PITCH
Le Multivers est composé de 52 Terres parallèles, chacune défendue par ses propres super-héros. Mais quand la Noblesse, une race surpuissante de créatures inter-dimensionnelles, décide de s'en prendre à l'intégralité de ces dimensions, les justiciers des différentes Terres vont devoir apprendre à agir de concert. Et leur seule arme pour communiquer entre eux se révèle être les comic books !
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Ainsi parlait Zarathoustra

Annoncé depuis presque dix ans alors que les cendres de Final Crisis étaient encore chaudes, Multiversity a enfin réussi à atteindre les frontières françaises. Un nouveau projet d'envergure dans lequel le scénariste Grant Morrison réinventant, réorganisant et dotant à nouveau le multivers de DC (seulement ?) de toute sa luminosité. Attention, ça décoiffe !

Depuis son arrivé du coté de la BD américaine, le geek philosophe Grant Morrison n'a cessé de jouer avec des concepts historiquement tissés dans l'ADN des publications de DC Comics, même si bien souvent sa façon alambiquée et érudite de les réactualiser ne les laissaient pas toujours à portée de tout le monde. Ultime preuve avec le colossale Final Crisis, puzzle imposant et pas des plus reposants qui reste pour beaucoup une vraie déception. A ce crossover aux atours définitifs vient répondre enfin Multiversity qui sous ses airs de suite directe (on retrouve au centre des évènements le monitor déchu Nix Uotan), ressemblerait plus souvent à un remake en bon et due forme, épuré, simplifié et surtout largement plus lumineux. La structure même de l'évènement souligne cette accessibilité inédite : seul deux épisodes construisent la série principale, au milieu desquels gravitent sept titres satellites indépendants venant s'intéresser à l'impact répercutée sur quelques terres parallèles. Le puzzle réduit son nombre de pièces, et si certaines semblent parfois manquer, elles n'obscurcissent pas le sens de la lecture. Merci Grant.

 

hyperion vs Captain Marvel


Reste maintenant à savoir de quoi on parle. Un crossover monstrueux brassant des tonnes de personnages extirpés de 80 ans de récits officiels, hors continuités et de concepts plus ou moins farfelus venant faire face à des entités implacables échappées d'un cosmos lointain ?Une occasion pour Grant Morrison d'offrir une nouvelle déclaration d'amour renversante aux comics en permettant au medium de reprendre le pouvoir face à une industrie les dévitalisant pour les transformer en produits cinématographique ? Forcément, Multiversity est les deux à la fois. Car c'est tout d'abord spectacle absolument grandiloquent où cohabitent le Superman noir / Président des USA de Terre 23, le mythique Captain Carrot (rien que pour ça, merci !), une Aquawoman qui rend définitivement obsolète son homologue masculin ou une mini Wonder-Woman trop kawai, déployé avec la précision et le sens du spectaculaire de l'illustrateur Ivan Reis (Blackest Night). Mais c'est aussi une plongée vertigineuse dans une tonne de concepts abruptes, disparates, auxquels Morrison réussit à donner une nouvelle logique. Ainsi, en incluant directement le lecteur dans les évènements décrits, il ne fait finalement que réactiver l'ancienne Terre Prime, la notre, où les artistes de DC Comics apparaissaient parfois en personne s'amusant des visites impromptus de leur créations. De la même façon Barry Allen ne devient le nouveau Flash qu'en s'inspirant d'un ancien héros de BD qu'il lisait enfant, soit Jay Garrick le Flash du Golden Age.

 

Interactive crisis


On brasse tout cela, on s'inspire de célèbre couvertures invectives du Silver Age, on y ajoute une revisitaton époustouflante des personnages de The Watchmen / Charlton, une célébration colorée et décontractée de la famille Shazam ou des rives apocalyptiques des créations de Jack Kirby (encore et toujours), et on se retrouve avec un diagramme presque complet de DC Comics à travers les modes (le monde vampirique de Batman Red Rain est là) et les collections (tout Vertigo en mode Justice League). Mais là où Grant Morrison enfonce définitivement le clou, faisant de Multiversity un album aussi incontournable que conceptuellement jusqu'au-boutiste, c'est en incluant, par des allusions à peine détournées, tout l'univers classique Marvel et son pendant Ultimate dans les 52 terres évoquées, et le mettant même au cœur des évènements qui nous sont contés. Aucune parodie à l'horizon, la minisérie est une authentique célébration du pouvoir de l'imagination, une défense fervente du potentiel étendu des BD de super-héros jusque dans leurs plus beaux excès qui replacent cette fois-ci le lecteur face à ses responsabilités tant on peut voir dans ces entités dévoreuses appelée La Noblesse quelques excroissances métaphoriques des travers des fanboys modernes. Osé comme toujours, passionnant forcément, Multiversity se paye au passage le luxe d'un défilé luxueux d'illustrateurs venant donner corps avec majesté aux quelques réalités explorées : entre Frank Quitely, Cameron Stewart, Jim Lee ou Chris Sprouse, on retrouve des collaborateurs récurrents de l'auteur, tous aux sommets de l'art. Eux aussi.

Nathanaël Bouton-Drouard






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