CONAN LE CIMMéRIEN T.4 : LA FILLE DU GéANT DU GEL
France - 2018
Image de « Conan Le Cimmérien T.4 : La Fille du géant du gel »
Dessinateur : Robin Recht
Scenariste : Robin Recht
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 12 décembre 2018
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Seul survivant d’une bataille furieuse contre le terrible peuple du Nord, Conan se retrouve seul, blessé, face aux plus hauts sommets enneigés du monde. C’est alors qu’une jeune fille nue apparaît et l’invite à le suivre.
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la fièvre dans le sang

Quatrième tome de la collection dédiée au Cimmérien de Robert E. Howard qui, pour l'occasion, passe un cap et s'offre rien de moins qu'un de nos plus grands auteurs actuels : Robin Recht. Déjà signataire de l'adaptation dessinée du Elric de Michael Moorcock (qui lui rend bien en livrant ici une jolie préface), le bourguignon s'attaque donc cette fois à Conan et à une de ses nouvelles les plus mystiques, les plus inhabituelles, de celles qu'on lit une fois sans jamais plus les oublier. D'une telle rencontre, d'un tel mixage de cultures et de talents, que pouvait-il en sortir, sinon un chef d'œuvre ?

Comme l'explique admirablement bien Patrice Louinet dans son texte de postface, si Le Phénix sur l'Epée est la première nouvelle officielle de Conan, cette première aventure d'un Conan roi est surtout une réécriture d'une nouvelle de Kull que son auteur a changée et transformée en une aventure de Conan. Ce qui fait de La Fille du Géant du Gel la véritable première aventure pensée et écrite par Howard pour son Cimmérien.
Une nouvelle courte, la plus courte en fait, où un Conan fatigué après une rude bataille erre sur des monts enneigés situés au Nord de sa Cimmérie natale. Un royaume des neiges au froid mordant, glaçant les chairs et ne laissant que peu de chances de survie à ceux qui s'y risquent. C'est alors que le guerrier harassé est visité par une étrange jeune fille à peine vêtue d'un voile transparent, qui le nargue avec des pauses lascives et le moque constamment. Jusqu'à faire bouillir son sang d'homme, brouiller ses sens et l'emmener dans une course folle jusqu'aux plus hauts sommets où son seul objectif sera de s'emparer d'elle pour lui donner ce qu'elle mérite. Un piège mortel se refermant peu à peu sur le barbare, au fur et à mesure qu'il s'avance et pénètre un peu plus haut dans les territoires gelés au retour impossible.
En seulement quelques pages, Robert E. Howard signait un de ses plus grands textes, qui pourtant fut refusé à l'édition. Du fait, bien sûr, de cette tension sexuelle palpable entre la déesse piégeuse et son poursuivant libidineux. Une nouvelle qui, depuis, a été largement consacrée et trouve aujourd'hui, pour la toute première fois peut être, l'occasion d'exprimer enfin les intentions de son auteur.

 

la jeune fille et la mort


Féru de civilisations anciennes, exotiques et de toutes sortes de mythologies éloignées de son Texas natal, Robert E. Howard s'intéressait cette fois aux peuples scandinaves et donnait à Conan, pour la seule et unique fois de son existence, maille à partir avec des adversaires pour qui la Cimmérie représentait une terre du Sud beaucoup plus clémente que la leur. Une base sur laquelle repose toute l'introduction de cet album, d'une part au travers de dialogues qui rappellent la base de cette mythologie nordique (aidés par quelques nota bene de l'auteur) et d'autre part en mettant le Cimmérien face à des hommes le dépassant physiquement d'une tête. L'habituel colosse aux cheveux longs paraissant presque petit, en très fâcheuse posture et largement dominé dans l'art du combat. Puis arrive Atali. Atali, déesse nordique, fille d'un Titan, destinée à porter à son père les plus grands héros morts au combat et récompensés de leur bravoure par une place allouée à jamais au Vahalla.

Le choix de la déesse se porte tout d'abord sur un redoutable guerrier viking mais qui sera, malgré sa supériorité, défait par Conan. La jeune fille approche alors le Cimmérien, et entame un jeu du chat et de la souris propre à rendre fou Conan. Là où le texte d'Howard jouait souvent sur le sous-entendu, le dessin de Recht n'impose aucun doute. Atali est nue, seins libres et toison pubienne apparente. Sa chevelure rousse défie la blancheur crue de la neige et fait naître dans le regard noir du Cimmérien un feu qui ne pourra mourir qu'à l'issue d'une étreinte qu'on devine douloureuse pour la frêle créature. D'un texte aussi court, d'une intrigue aussi mince, Recht tire le meilleur, et utilise son art pour mettre en scène les ambivalences des deux créatures. Mais aussi celles des lieux. Le soleil couchant, au dessus d'une mer tranquille voisine des sommets escarpés, évoque les braises mourantes dans l'esprit jadis à vif du barbare. Celui caché par les montagnes, simple halo rougeoyant, évoque la rencontre entre l'astre de feu et les étendues blanches. Une mise en scène flamboyante, qui trouve son apogée dans une scène parmi les plus belles (et osées!) lues cette année, où la déesse morbide se lance dans une séance de masturbation digne de Milo Manara alors même que le barbare lutte contre la mort. Une idée brillante et magnifiquement mise en scène, comme celle de faire des deux frères de la déesse, des ours blancs gigantesques, deux mastodontes voués à affronter Conan avant le climax homérique qui verra le Cimmérien aux prises directes avec le Titan.

Si certains pourront reprocher (légitimement) à Robin Recht un dessin pas toujours bien définis, certaines cases difficilement lisibles ou même un choix de couleurs peu recherché, on ne pourra par contre qu'applaudir sa mise en scène, qui donne au barbare, face à cette allégorie sexuelle, son plus grand combat contre la mort elle-même et ses meilleures planches dessinées. De quoi renvoyer au néant les précédentes adaptations de la nouvelle (signées Marvel) et d'inscrire cette collection Glénat comme l'héritage direct d'un auteur dont les intentions auront rarement été aussi bien comprises.

Laurent Valentin






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