TOM STRONG INTéGRALE T.1
Tom Strong #1-19 - Etats-Unis - 1999/2003
Image de « Tom Strong Intégrale T.1 »
Dessinateur : Chris Sprouse
Scenariste : Alan Moore
Nombre de pages : 536 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 7 décembre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Tom Strong Intégrale T.1 »
portoflio
LE PITCH
Né sur l'île d'Attabar Teru en 1900, Tom Strong a toujours défendu les faibles, les opprimés et la justice. C'est accompagné de sa femme Dhalua, de leur fille Tesla, de leur serviteur robotique Pneuman, et du roi Solomon, un singe, qu'il entend défendre ces valeurs. Sur Vénus, à New York ou dans un lointain passé, Tom Strong veille toujours...
Partagez sur :
A Man for Tomorrow

Très partiellement publiées une première fois en France par Panini au début des années 2000, les fantastiques aventures du super-héros de la science Tom Strong s'offrent enfin un retour à sa hauteur. Deux imposants volumes contenant l'intégrale telle qu'imaginée par son célèbre créateur : Alan Moore.

On pourrait s'étonner d'ailleurs que là où d'autres créations du mythique scénariste ont largement dépassé les deux ou trois éditions (voir plus pour The Watchmen), Tom Strong est longtemps resté dans les cartons... un peu à l'image de son Supreme (existant en deux volumes chez Delcourt) relecture dorée et référencée du mythe de Superman, finalement assez boudé dans l'esprit des lecteurs français. C'est que chez nous, Alan Moore est essentiellement reconnu et identifié pour ses fameux comics sombres, matures, politiques voir anarchistes qui ont totalement révolutionnés la BD américaine à partir des années 80. De The Watchmen à V Pour Vendetta en passant plus tardivement par La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, ces révision de la figure du super-héros n'auraient pourtant jamais été aussi réussies si leur auteur n'avait été nourris enfant par les comics classiques des grandes maisons (DC, Marvel, Carlton...) et leur vouait une authentique sympathie, en particulier pour leur vision lumineuse, légèrement naïve, mais pleines de fraicheur du fameux « Age d'or ». Des références aux chœurs d'ailleurs de cette création pour le Label indépendant America's Best Comics (soit ABC), Tom Strong, aventurier surpuissant très inspiré de Doc Savage, que Moore installe comme la figure centrale de cet univers mariant nostalgie et célébration d'une résurrection du héros optimiste, porteur d'espoir. Pas de super-héros qui s'assassinent ou se trahissent, de super-vilains ultra violents voir Hard Boiled, Tom Strong habite une version idéalisée de la civilisation américaine, celle où ses idéaux ont vraiment été appliqués et où les merveilles de la science dominent dans les rues de la futuriste de Millennium City.

 

les indestructibles


Strong est donc un héros, un vrai, qui comme Les Quatre Fantastiques ou la famille Marvel (ceux de Shazam) combattant le mal et l'injustice en famille, n'hésitant jamais à affronter les savants fous, robots géants, aliens belliqueux ou à traverser les dimensions et autres failles temporelles. Un véritable melting-pot de concepts incontournables de la science-fiction et un défilé de clin d'œil plus ou moins appuyés, qu'Alan Moore abordent comme une gigantesque « madeleine de Proust » où chaque bouchée se teinte d'une saveur toute particulière. Rarement le lecteur n'a eu autant l'impression d'apercevoir cet auteur en pleine récréation créative, jonglant entre tous les genres populaires du comic, afin de modéliser un Tom Strong archétypale, malléable, mais charismatique en diable. Des voyages spatiaux d'un Weird Science aux crossovers explosifs de DC (façon Crisis et consorts), en passant par les détournements cartoon, les affrontements cosmiques des X-men, les productions propagandistes des années 40, les délires parodiques d'un Mad Magazine ou les cyclones méta des épisodes centraux de Flash... Le ton est constamment joyeux, légèrement déluré et surtout divertissant, fun, voir popcorn.

 

Surprenant de voir en effet l'auteur de From Hell ou Providence laisser affleurer son âme d'enfant, maitrisant sa tendance naturelle à l'intellectualisation, par la mise en place d'un plaisir immédiat sublimé par l'idéal Chris Sprouse (le sublime Star Wars Splinter of the Minds Eye) et son art pulp rond et fouillé, avec la participation de quelques guests tout aussi doués comme Arthur Adams, Dave Gibbons, Paul Chadwick ou Howard Chaykin. Les dix neufs épisodes regroupés dans ce premier volume n'en sont pas moins admirablement construits jouant habilement des flashbacks et des fils narratifs aux retours tardifs, pour donner une étonnante réalité au personnage et son univers... comme si finalement depuis les années 30 Tom Strong faisait partie du paysage. C'est là que Tom Strong peut redevenir une œuvre politique, voir idéologique, présentant un couple métissé (Dhalua Strong, et la fille Tesla envoient elles aussi du lourd) avec d'authentique valeurs d'égalité des sexes, mais présenté comme une évidence absolue. Pas de débats dans Tom Strong, l'avenir est à ceux qui cultivent des valeurs humanistes, progressistes et une vraie ouverture sur le reste du monde. Superman n'aurait pas dit mieux.

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :

 

Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2019