CONTRO NATURA
Italie - 2018
Image de « Contro Natura »
Dessinateur : Mirka Andolfo
Scenariste : Mirka Andolfo
Nombre de pages : 304 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 28 novembre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Contro Natura »
portoflio
LE PITCH
Dans un monde peuplé d'animaux anthropomorphes, la loi n'admet que l'union d'individus de même race. Les transgresseurs sont sanctionnés et emprisonnés, accusés d'être « Contre nature ». Leslie, elle, est un cochon simple qui aime les sushis et la musique, forcée de faire un travail qu'elle déteste pour survivre. Cette jeune femme de vingt-cinq ans vit avec Trish, sa meilleure amie, rêvant, comme tous les gens de leur âge, d'une vie différente. Mais les rêves peuvent être dangereu...
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zoodystopie

Titre sensation qui a fait son petit effet lors de ses premières publications en Italie (son pays d'origine) et aux USA, Contro Natura se voit distribué en France directement sous l'apparence d'un unique volume complet. Une belle initiative pour une BD que beaucoup attendait de pied ferme. Sans doute un peu trop.

Aujourd'hui perçue comme une valeur sûre des comics, permettant aux lecteurs de Wonder Woman, Batman ou Miss Marvel de profiter de son trait tout en courbes et en finesses, Mirka Andolfo est avant tout une star de la BD italienne moderne. Sacro/Profano et sa reprise de l'institution mystique Dylan Dog lui ont offert la première impulsion, le présent Contra Natura la fait directement s'installer au sommet de meilleures ventes. La patte italienne est d'ailleurs toujours très marquée chez l'artiste, en particulier ici lorsqu'elle reprend les codes traditionnels de l'univers anthropomorphique si chers aux publications Disney, longtemps développées par l'édition transalpine et pour laquelle d'ailleurs Andolfo a fait ses gammes comme coloriste. Sauf qu'ici bien entendu aucune trace du monde enchanté des enfants puisque Contro Natura cultiverait plus volontiers les marques d'un titre pour adultes, n'hésitant jamais à plonger dans une certaine noirceur, une violence plus frontale, voir même à offrir des planches délicatement érotiques. Encore une fois le talent graphique d'Andolfo est indéniable, entre les designs animaliers qui n'excluent aucune expressivité humaine, la colorisation assez flamboyante et variée et un découpage toujours dynamique, atmosphérique, voir nerveux. Amusant d'ailleurs d'apercevoir régulièrement des rapprochements visuels et thématiques avec le récent long métrage Zootopie des studios Disney, mais bien entendu dans une débauche ben plus mature et cruelle.

 

du lard et du cochon


Une sensation particulièrement prégnante dans les premiers chapitres qui installent une société totalitaire, dans laquelle les habitants doivent se plier à des mariages uniquement entre personnes d'une même espèce et de sexe différents. Les autres étant bien entendu considérés comme "Contro Natura", contre-nature donc. Bien entendu avec ses rêves humides la laissant aux prises avec un loup blanc particulièrement passionné et bestial, la mignonne cochonne Trish (un peu ronde forcément) fait tache dans le tableau. Un postulat de base franchement emballant, particulièrement bien sentis dans le climat délétère et rétrograde actuel (en particulier en Italie où l'extrême droite s'affiche fièrement), et qui séduit autant par la crédibilité du système mis en place (le régime des mariages, les impôts sur les non-reproducteurs) et l'ambiance lourde qui s'impose peu à peu tout autour de cette timide héroïne. Un thriller dystopique, une réflexion politique bien amenée, des petits airs de polar noir sur fond de groupuscule fasciste et de société secrète... Mais les ambitions de Mirka Andolfo sont plus étendues que cela et l'auteur décide, dès les premières révélations tombées, de se diriger vers une série plus ample, plus ouvertement fantastique, mais beaucoup plus classique aussi, en particulier avec ce curieux démon pouvant changer la face du monde. La narration est toujours aussi haletante, les personnages secondaires admirablement caractérisés, mais Contro Natura perd un peu de vue son message ou en tout cas sa fermeté scénaristique, tentant dans un ultime élan de raccrocher les wagons en multipliant les flashbacks lourdement explicatifs et les twists prévisibles.

Petite déception sur la dernière ligne droite donc pour cette minisérie, proposée ici dans un volume Omnibus contenant en outre quelques croquis et des illustrations surprenantes d'autres artistes transalpins (Liberatore, Manara...). Cela avait commencé si fort.

Nathanaël Bouton-Drouard




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