DANS LA FORêT DES LILAS
France - 2019
Image de « Dans la Forêt des Lilas »
Dessinateur : Tamia Baudouin
Scenariste : Nathalie Ferlut
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 9 janvier 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Dans la Forêt des Lilas »
portoflio
LE PITCH
La jeune Faith habite un petit cottage isolé, quelque part dans la campagne londonienne. Chaque nuit, pour fuir la maladie qui l’accable, elle s’évade dans le rêve récurrent d’un monde poétique. Elle y retrouve Beau-Minon, le prince-chat ou bonnebiche, la fée. Mais sous l’œuvre du temps, ce pays des merveilles est devenu sombre et inquiétant, dévasté par une créature avide de peur et de sang. Comtesse veut comprendre ce qui est arrivé, mais elle aussi a changé…
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Désenchanté

A l'origine du superbe portrait d'Artemisia édité là encore par Delcourt, Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin se retrouvent pour un nouveau portrait de femme. Celui de Faith, beaucoup moins réaliste, plus léger.... Bien que derrière la rêverie des jeunes filles, l'hantise n'est jamais loin.

S'il est souvent trop facile de réduire le travail de deux artistes femmes à leur part de féminité justement, dans le cas de ce duo, cela devient pertinent tant justement leurs deux albums communs sont d'authentiques réflexions sur la place de la femme dans l'histoire et dans la société. Artemisia était le récit biographique de la grande artiste peintre devenue malgré elle un symbole du combat féministe, Dans la forêt des Lilas ne concours pas tout à fait dans la même catégorie, mais est largement nourri des mêmes courants, des mêmes réflexions. Adolescente, jeune femme, sans doute trop restée accrochée à ses rêves de petite fille, Faith est donc une fille d'aristocrate anglais qui rejette directement la bonne conduite, se désintéressant d'une vie maritale et d'un regard terre-à-terre sur le monde qui l'entoure. Un rejet de l'ordre établie, des codes de la vie adulte et de diktat patriarcaux qui provoque forcément l'animosité de sa sœur, elle qui a dû rapidement se plier aux convenances.

 

miroir déformé


Une photographie de la société européenne du XIXème siècle (et de l'Angleterre en particulier), qui ne se veut pourtant jamais un œuvre frontale et réaliste préférant embrasser justement le point de vue de l'héroïne. Une demoiselle constamment envahie par ses songes, par des visions fantasques faites de poissons dorés volants, de biches élégantes, d'étoiles bavardes et de promenades en compagnie d'un chat des plus théâtral. Sans les citer et avec beaucoup de délicatesse, Nathalie Ferlut (Eve sur la balançoire, Elisa) joue avec ses propres références littéraires et celles (essentiellement) de son lectorat féminin, évoquant bien entendu le merveilleux des voyages d'Alice, la liberté des textes de la Comtesse de Ségur (le titre est un hommage évident), non sans en retrouver la part de cruauté masquée, l'inquiétude d'un monde adulte repoussant. Ici Tamia Baudoin séduit encore par son approche visuelle assez unique, ne cherchant pas forcément la perfection dans le trait mais la restitution d'un monde onirique, d'émotions pures et d'atmosphères aussi oniriques qu'inquiétantes. Car dans ce royaume faussement naïf, et de toute façon décrit comme en décrépitude, les symboliques abondent. Dans la Forêt des Lilas est une sortie de rite de passage, mêlant jeux d'enfants, sexualité affleurante et ombre de la mort, avec une très jolie justesse et une évidente sincérité. Un joli album qui aurait tout à fait eu sa place dans la collection Métamorphoses des copains de Soleil Edition.

Nathanaël Bouton-Drouard


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