EMMA WRONG
Italie - 2019
Image de « Emma Wrong »
Dessinateur : Laura Guglielmo
Scenariste : Lorenzo Palloni
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Akileos
Date de sortie : 6 février 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Emma Wrong »
portoflio
LE PITCH
Janvier 1951, désert du Nevada, trois jours avant le premier essai nucléaire sur le sol américain, le cadavre d’une femme flotte dans la piscine d’un motel situé à quelques kilomètres du site de lancement…
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à qui mène la danse

L'éditeur bordelais Akileos est en pleine saison italienne, et nous fait découvrir, après le très joli Nico et le Cœur de Chronos, un nouvel album transalpin. Changement d'ambiance et d'univers avec un récit d'espionnage aussi élégant que bien troussé.

Dans un motel typique un peu paumé au cœur du désert du Nevada, une femme écrit des lettres à un amant disparu qu'elle s'efforce de retrouver à travers le monde. Une histoire d'amour contrarié. Mais l'homme n'est pas n'importe qui puisqu'il est manifestement un agent secret / assassin craint comme la peste par ses ennemis. Elle, autrefois pauvre jeune fille exploitée par un méchant digne de James Bond, est depuis devenue à son tour une arme fatale... ou une femme fatale plutôt, amoureuse éperdue, créature insaisissable qui hésite constamment entre le charisme d'une héroïne de film noir et les manœuvres d'un agent double. Il est présent dans ce motel, elle en est sûre. Et elle fera tout pour le démasquer.
Il y a un petit quelque chose d'Hitchcock et de John Woo dans ce tango mortel qui se met en place en lieu clos, et une forte dose de mystère tant les suspects sont nombreux parmi les employés du lieu et les clients venus nombreux pour observer au plus près du fameux test nucléaire. Auteur du thriller philosophique L'île, Lorenzo Palloni impose un contexte tout à fait réaliste, et fortement politique, évacuant justement l'imagerie propagandiste de l'Amérique glorieuse de l'après-guerre.

 

les taupes prennent le soleil


Si Laura Guglielmo propose ainsi une esthétique excessivement lumineuse, aux teintes vives et aux constructions faisant inévitablement penser au pop'art institutionnel (celui des pubs et communications d'état plutôt que des artistes individuels), c'est pour y apporter essentiellement une certaine ironie, ainsi que quelques effluves romantiques et mélancoliques.
La sublime American Way of Life, qui s'apprête à s'irradier elle-même tandis que les dialogues évoquent frontalement la paranoïa ambiante et le racisme ordinaire, autant envers ces musiciens noirs forcément suspects qu'envers cette sublime asiatique perçue tour à tour comme une ennemie (nous sommes encore en pleine fièvre « anti-jaune ») et un objet sexuel. Un contexte creusé et pertinent qui donne une épaisseur appréciable à un jeu de masques plutôt habile et maitrisé, où l'enchainement de révélations, de retournements de situation et d'escamotages donnent au tableau d'ensemble un aspect whoodonit tortueux. Ludique, parfois un tout petit peu prévisible dans sa mise en place (qui n'a pas compris quel est le cadavre qui flotte dans la piscine ?), mais Emma Wrong ne peut que séduire grâce à cette volonté de donner à cette bataille à couvert entre agents troubles un suspens essentiellement intime. Là où la plupart sont motivés par des idéologies standardisées, volontairement définies comme vaines et éphémères, l'héroïne elle se laisse porter par son amour immodéré et son besoin d'individualité.

Nathanaël Bouton-Drouard


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