BATMAN CONTRE LE RESTE DU MONDE
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Les Crossover de Batman

 

Comme Farrugia et Chabat dans La Cité de la peur, l'humanité est souvent taraudée par une question essentielle : qui est le plus fort entre l'éléphant et l'hippopotame ? Dans les comics, c'est pareil. Les héros connus ou méconnus ont souvent tendance à se mesurer les biceps ou à comparer la taille de leurs capes en vinyle. Popularisé par sa série TV et les nombreux films à son effigie, Batman est forcément l'homme à abattre pour ses petits camarades en collants.

 

 

Si Superman a toujours été le symbole de l'univers DC, Batman a clairement été le personnage le plus apprécié des lecteurs et des scénaristes. Pas étonnant donc que le héros à la carrière cinématographique fructueuse soit aussi celui qui ait été le plus souvent confronté à l'exercice du crossover. Un concept typiquement américain qui permet d'offrir en quelques pages un best of du panthéon d'un éditeur, mais aussi d'effectuer des rencontres plus exotiques entres des personnages n'ayant a priori aucune raison de se croiser : les uns venant de licences cinématographiques, les autres plus simplement de maisons d'édition adverses. Batman, qui est pourtant à la limite de la misanthropie, est celui qui a été toujours envoyé au charbon par DC. La société s'est ainsi assurée des chiffres de ventes solides, mais l'objectif  visé était également de permettre des combats plus équilibrés qu'avec certains de ses petits camarades (comme Green Lantern ou Wonder Woman) bardés de superpouvoirs et donc capables de résoudre une situation difficile en quelques secondes. Avec Batman cela reste une affaire d'homme, d'intelligence et de courage... A celui qui pisse le plus loin en somme.

L'attaque du troupeau

Bien souvent, ces courts comics (en général entre vingt et quarante pages grand max), surtout dévoués à l'action, reposent sur une mécanique parfaitement huilée : présentation des personnages (les origines, l'identité secrète), apparition du méchant (le plus souvent le Joker avec un nouvel acolyte), rencontre entre nos deux icones qui se mettent méchamment sur la gueule, persuadés que l'autre est à l'origine des crimes, puis enfin poignée de main entendue, respect et création temporaire d'un nouveau « dynamic duo ». Un schéma que l'on retrouve quasiment tel quel  dans le classique et délirant Batman contre Hulk (1976) de Len Wein et José Luis Garcia-Lopez, du Daredevil And Batman de D.G. Chichester et Scott McDaniel et du Batman And Spiderman Disordered Minds de  J.M Dematteis et Mark Bagley. Rien de bien intéressant dans ces pages où les quelques coups de lattes échangés n'aboutissent qu'à un statu quo sans envergure. Sont vaguement évoqués de faibles parallèles entre leurs carrières respectives de justiciers solitaires.

Collé-serré

Idem du côté de Captain America, à la différence près qu'il faudra s'y reprendre à trois fois dans son cas ! Les deux premiers crossover impliquant le personnage, sortis tous deux en 1996, ressemblent ainsi à des actes manqués. Dans le bien nommé Batman & Captain America signé John Byrne (Superman The Man of Steel), la rencontre fantasque des deux héros en pleine Seconde Guerre Mondiale aboutit surtout à un hommage du Golden Age tendance « gay friendly ». Dans le catastrophique DC versus Marvel ce n'est pas vraiment mieux. En effet, après avoir proposé un vote aux lecteurs pour connaître le gagnant de ce mini-combat au sein de cette opération commerciale sans queue ni tête, les deux firmes repartent la queue entre les jambes et laissent les deux camarades copains comme cochons (Robin a du mouron à se faire). Il va ainsi falloir patienter jusqu'en 2003 et le mythique (parce que longtemps annoncé) JLA / Avengers de Kurt Busiek et George Perez pour savoir enfin qui a la plus grande ! Ainsi, après de nouvelles modifications de l'espace-temps, les deux univers Marvel et DC se retrouvent à fusionner, entraînant quelques rencontres au sommet (Superman vs Thor, Vif Argent vs Flash...), dont les retrouvailles entre Cap et le Dark Knight qui font comme s'ils ne s'étaient jamais rencontrés (ah, la magie des comics). Sans doute les deux meilleures pages de ces quatre épisodes dantesques : alors que le chaos règne autour deux, les deux héros se mesurent, s'observent froidement, calculent les probabilités et après seulement quelques parades échangées, Batman prend la parole : « D'accord. Tu as les moyens de me battre, vengeur, mais ça te prendra très longtemps ». La Classe quoi.  

Un flic à chaque coin de rue

Mais jusque là, nous étions encore dans des récits relativement classiques, très collants serrés et capes dans le vent. Cependant, outre son statut de super héros, Batman est aussi connu comme l'une des figures du « vigilante » moderne. Pas étonnant donc que le bonhomme croise sur sa route le Punisher, le taré de service. Dans Punisher Batman : Deadly Knights de Chuck Dixon, John Romita Jr et Klaus Janson (que du beau monde), ils se retrouvent tous deux sur la piste de Jigsaw (ennemi de Frank Castle) et du Joker. Le parallèle entre les deux casse-malfrats est évident : tous deux se sont lancés dans la guerre contre le crime suite au meurtre de leur famille ; ce ne sont pas des tendres et ils ont des tendances paranoïaques. Mais il faut bien reconnaître que sur ce terrain, la folie du Punisher est nettement plus inquiétante. Et ses accès de rage ont tendance à vite fatiguer Bruce Wayne qui ne va tolérer sa présence que temporairement en le renvoyant rapidement dans ses pénates. Castle fonctionne ici comme un garde-fou pour Wayne qui voit clairement jusqu'où pourrait le mener sa vendetta personnelle. La situation est à peu de chose près le même, lors de ses nombreuses rencontres avec l'éminemment beauf Judge Dredd, création so british de John Wagner et Carlos Ezquerra apparue dès 1971 dans les pages de la revue 2000 AD (on passera vite fait sur le nanar avec Stallone). Le ton est ici encore moins sérieux et les trois crossovers aux scripts signés Alan Grant et John Wagner (Judgment on Gotham, The Ultimate Riddle et Vendetta in Gotham) tournent très vite à la farce hystérique où le joker (toujours lui) se sent comme un poisson dans l'eau. Un joyeux bordel où Batman ne semble pas vraiment à son aise et passe alors ses nerfs sur le juge, bas du front au possible, en lui éclatant le nez dès qu'il laisse apparaître ses relents fachos. Un running gag imparable qui montre aussi le manque d'humour d'un Batman bien loin de la série TV des sixties. Manifestement, Batman n'aime pas être comparé à ses alter ego, aussi déviants soient-ils !

Creatures of the night

Le Dark Knight a, en revanche, bien plus de respect pour les créatures de la nuit, démons et âmes damnées qui viennent hanter l'espace d'un album, les rue de Gotham. Du  Batman / Dracula : Pluie de sang  de Doug Moench et Kelly Jones au The Darkness / Batman  réunissant Scott Lobdell et Jeph Loeb au script et Marc Silvestri et David Finch aux illustrations, le Caped Crusader ne s'en sort que de justesse et laisse apparaître maintes faiblesses. Les albums ne resteront toutefois pas dans les mémoires. Tout comme ses deux rencontres avec le Spawn de Todd McFarlane produites tour à tour par DC (avec Chuck Dixon, Alan Grant, Doug Moench et Klaus Janson aux commandes) et Image (McFarlane et Frank Miller pourtant) qui se contentent d'aligner les clichés habituels du buddy-comics. La rencontre qui paraissait sans doute la plus improbable, mais qui est devenue depuis une référence du genre, est celle avec le Predator, figure créée au cinéma par l'immense John McTiernan. Une idée totalement branque du patron de Dark Horse (détenant les droits de la bestiole mais aussi d'Aliens pour le marché de la BD) qui aboutit dans les mains de Dave Gibbons (dessinateur des Watchmen, ici scénariste) à un petit bijou de la série B : le défenseur de Gotham apprend peu à peu à dompter l'animal en comprenant son code moral et son esprit de chasseur ultime. Respectant autant les deux personnages et montrant un Batman malmené par une créature plus vorace, l'album livre un divertissement musclé et efficace sans prétention. Histoire de rappeler qu'un gros concept bien simpliste peut accoucher d'une bombe atomique.

Nathanaël Bouton-Drouard








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