ENTRETIEN AVEC MIG, AUTEUR DE OGREST
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Portrait d'un gentil monstre

L'univers de Dofus est lancé dans une expansion impressionnante entre jeux vidéo, séries animées et BDs où apparaissent régulièrement de très belles surprises à l'instar d'Ogrest, série au format manga déjà prévue en cinq volumes. Concocté par Mig (Sam Lawry, Les Chroniques de Wakfu) le titre pourrait ressembler de prime abord à un charmant voyage plein d'humour et d'aventure à la Dragon Ball, mais le petit ogre est malheureusement (pour lui) une créature qui provoquera par amour un gigantesque cataclysme. Avec son coup de crayon plein de finesse et sa jolie maitrise des relations affectueuses qui lient le trio principal, Mig s'apprête à signer une œuvre en forme d'authentique crève-cœur.

Quel a été ton parcours avant de devenir un auteur « Ankama » ?
J'ai longtemps travaillé dans les domaines à licence pour une société spécialisée. A l'époque j'ai donc fait du Asterix, du Pingu, du Babar, du Disney... du Monsieur Patate même. Ca m'a permis de prendre mes marques et d'une certaine façon d'apprendre les bases du crayonné, de l'encrage (doux sur Asterix, plus énergique chez Disney). C'est là que j'ai pu réaliser mes premières BDs avec surtout près de 200 pages de Winnie L'ourson pour les magazines Disney. On pourrait penser que l'implication était limitée, mais justement non, à partir du moment où l'on respectait l'univers de base, on pouvait ensuite faire tout ce que l'on voulait, imaginer des histoires uniques et amusantes. C'était chouette. Ensuite j'ai enchainé avec quelques projets plus variés, comme des ouvrages collectifs à thèmes, qui me permettaient justement d'essayer d'autres approches graphiques, plus libres et expérimentales, avant d'arriver chez Ankama en 2008. Comme j'avais toujours gardé un pied dans le monde d'animation, j'ai été engagé pour produire des character designs et des layouts pour l'anime Wakfu. Et puis l'un amenant à l'autre, on m'a finalement proposé de développer ce même univers mais via la section Ankama Editions, avec les volumes de Shak Shaka et Zatoïshwan (Dofus Monster 7). Ce dernier est d'ailleurs une expérience très importante pour moi. C'était la première fois que je devais construire mes planches pour le format manga, avec une forte pagination et en noir et blanc, et en plus j'en étais le seul auteur. Déjà j'adorais la pureté du noir et blanc avant, mais là j'ai réalisé à quel point ce format était fait pour le grand public, avec ces petits volumes que l'on peut prêter et lire à peu près partout.

Mais tu étais déjà lecteur de manga avant d'en imaginer toi-même ?
Oui, bien entendu. Depuis tout petit je lis de la BD, mais j'ai eu une vraie révélation à la découverte d'Akira. Là je suis entré de plein pied dans la « culture » manga... J'allais même jusqu'à me procurer des volumes en anglais ou directement en japonais. Je ne comprenais riens à ce qui était écris, mais cela m'a permis de réaliser que la narration japonaise, la mise en page et la dynamique des dessins réussissaient bien souvent à transmettre l'essentiel.

D'où t'es venue l'idée d'Ogrest ?
Et bien un peu après ces premiers volumes dans l'univers Wakfu/Dofus et un retour rapide du coté de l'animation, Tot m'a demandé avec quelques autres collaborateurs d'imaginer de nouveaux concepts, de nouvelles séries possibles. Beaucoup n'ont pas abouties, mais au milieu de tout cela, il y avait Ogrest et en 2013 j'ai enfin trouvé le temps de m'y pencher sérieusement et de produire le premier volume, proposé en avant première à Japan Expo. J'avais toujours apprécié ce personnage très particulier, assez tragique que l'on croisait déjà depuis un moment dans l'univers d'Ankama. Je le trouvais attendrissant dans sa relation avec son père / créateur Otomaï, sa relation amoureuse avec Dathura, une poupée très féminine... Une sorte de famille dépareillée qui tente vaille que vaille de fonctionner. Et comme cela fait un bon moment maintenant que je travail chez Ankama, que je baigne littéralement dedans, j'ai réussi, enfin j'espère, à faire le tri entre les éléments importants du grand tableau et les ramifications dispensables. Je ne voulais pas qu'Ogrest soit une BD uniquement dédiée aux fans du jeu ou de l'animé. Je voulais vraiment que tout le monde puisse y entrer et découvrir ces personnages touchants et familiers.

Justement, Ogrest est un point central de l'univers de Wakfu puisqu'il est à l'origine du « grand déluge » et il a même eu le droit à un court métrage animé racontant ses origines.
Tot (Directeur créatif d'Ankama, ndlr) est lui aussi un grand fan du personnage. Je ne sais pas qui exactement est à son origine, mais il a vraiment réussi à s'imposer dans l'esprit de beaucoup de monde. Le dessin animé était d'ailleurs particulièrement réussi, mais conçu comme un conte pour enfant, avec beaucoup de bonne humeur et d'humour. Le problème c'est qu'Ogrest est un personnage carrément tragique puisque c'est lui qui provoque le chaos, presque malgré lui. C'est cette dualité entre son coté mignon et dramatique qui m'a interpelé. C'est un être innocent mais extrêmement puissant et qui par la suite du manga va être manipulé.

Vu le passé éditorial du personnage, quelles est la marge de liberté que t'a laissé Ankama ?
En fait, cela c'est fait très simplement. J'ai construit un pitch assez développé de la série, indiquant vers où je voulais me diriger, mais en faisant l'effort immédiat de m'inscrire dans les informations qui existaient déjà. Et Tot a tout de suite validé mon idée. Mais attention, je n'ai vraiment pas abordé Ogrest comme une commande, comme un titre de licence, mais vraiment comme une œuvre personnelle. En fait j'utilise cet univers et ces caractères pour créer une histoire intime sur les relations humaines. Et par chance, cela va exactement dans la direction qu'Ankama veut désormais donner aux «dérivés » de Dofus, avec des approches moins dirigées vers le fan service et plus vers des visions indépendantes, particulières, à l'instar du film qui est actuellement en cours d'écriture. C'est un univers qui le permet facilement d'ailleurs avec de nombreuses époques, un terrain vaste où tous les auteurs peuvent y trouver un point d'entrée et y apporter leur vision.

Justement n'étant pas grand connaisseur de l'univers du jeu ou de la série animée, j'ai trouvé que la première réussite d'Ogrest était d'être parfaitement accessible à tous.
C'était vraiment un souci pour moi, et certes il y a une évocation au tout début des origines d'Ogrest telles que racontées dans le dessin animé et il y a de petites références aux informations déjà connues, mais je ne voulais pas que le lecteur perde de vue l'essentiel de la BD. Le plus gros clin d'œil que je me suis autorisé, mais qui devient presque central dans la narration, c'est l'arrivé des aventuriers / touristes sur la petite île paradisiaque qui correspond directement au lancement et à la quête initiale du jeu. Du coup mon trio de héros perd sa tranquillité et cela va amener l'histoire vers la catastrophe que l'on sait. Si on pouvait résumer Ogrest en une phrase ça serait « pour être heureux vivons cachés ».

La série est prévue en cinq tomes et si ce premier volume est assez calme, prend son temps, on sent bien que les futures bouleversements sont en germe. Les tomes suivants sont-ils déjà structurés ?
Oui, et c'était vraiment important que j'ai toutes les trajectoires en tête. Cela m'a autorisé à placer de nombreux petits détails, d'indices sur ce qui va se passer par la suite. Il y a mêmes des scènes qui pour l'instant peuvent sembler très anodines, voir presque inutiles, mais qui sont en fait la base d'évènements futurs. De la même façon, chaque volume va être légèrement tourné vers l'un ou l'autre des personnages, et permettra de découvrir comment les évènements tristes ou heureux de leur vie les ont façonné. Et une fois qu'ils seront tous vraiment face à face on verra comme leur vision de la vie et du monde peut les opposer.

Remerciements à Nazir Menaa d'Ankama Editions.

Nathanaël Bouton-Drouard














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