ENTRETIEN AVEC UGO PINSON, ILLUSTRATEUR DE STONEHENGE
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Mythe en clair-obscur

Prolifique et omniprésent dans le paysage éditorial, Eric Corbeyran (Le Cycle des Stryges, Zodiaques...) propose avec Stonehenge une nouvelle série qui plonge le lecteur dans les dernières heures du paganisme celtique. Le christianisme envahit les royaumes bretons, chassant les derniers représentants du monde druidique. Un décors savamment planté, des personnages attachants, et surtout une course après un artefact « magique » qui passionne immédiatement. D'autant plus qu'une petite astuce narrative vient rehausser son caractère. Un excellent premier album, édité par Soleil, qui permet aussi de découvrir un nouvel illustrateur bourré de talents. Ugo Pinson, artiste qui aborde chaque planche, chaque case comme une toile de « maître », recréant avec matière et de superbes ambiances, les couloirs feutrés d'un monastère, où l'ensorcelante évocation d'un bois mystérieux. Rencontre avec un nouvel artiste de BD sur lequel il va falloir compter.

Stonehenge est votre premier album de BD, si je ne me trompe. Quel a été votre parcours jusque-là ?
Pour faire simple, j'ai toujours dessiné, poussé par mes parents et en particulier mon père, architecte de formation. J'ai tout de suite intégré l'école Pivaut à Nantes, après le Lycée, après quoi j'ai travaillé chez moi jusqu'à ce je me lance dans le milieu de l'illustration en 2012. J'ai eu quelques contrats ponctuels et puis j'ai contacté Jean-Luc Istin (directeur de la collection Soleil Celtic, NDLR), qui m'a proposé de faire une BD en peinture.

C'était quel types de contrats ponctuels ? Des couvertures de livres, du design pour jeux de rôles, jeux vidéos ?
Un livre jeunesse aux éditions Bélize, sur Jeanne d'Arc, et puis un jeu pour Edge Entertainment, qui n'est malheureusement pas encore sorti et dont je me demande s'il sortira un jour. Puis j'ai tout de suite enchaîné sur Stonehenge.

Vous avez contacté directement Jean-Luc Istin... Vous aviez déjà un projet en tête ?
Non, je n'avais pas de projet en tête, je l'ai contacté pour lui demander s'il avait des choses à me faire faire, c'est là qu'il m'a parlé d'un scénario.

Vous vous connaissiez déjà ?
Non, pas du tout ! Mais il semble qu'il a tout de suite accroché à mon travail, il m'a donc fait faire des essais.

Vous travaillez déjà avec la même technique (peinture à l'huile) à ce moment là ? C'est cela qui l'a intéressé ?
Oui, depuis que je suis passé par l'école Pivaut, c'est devenu ma technique de prédilection pour ne pas dire la seule. C'est devenu plutôt rare, et l'idée de faire une BD intégralement avec ce médium semblait assez originale.

L'idée qu'il vous a proposé est, j'imagine, Stonehenge.
Oui c'est cela, il m'a fait réaliser les trois premières planches pour voir ce que ça donnerait.

Est-ce que du coup avec votre arrivé, le scénario a évolué ? Autant pour "s'adapter" à votre style que sous vos suggestions.
Non, pas vraiment. Le travail avec Eric Corbeyran s'est toutefois fort bien passé. Il m'est arrivé d'apporter de petites modifications formelles, mais la forme et son style d'écriture justement, me convenaient parfaitement.

Votre travail particulier sur les planches semble idéal pour ce type de récit médiéval. Cela creuse la crédibilité historique. Etait-ce justement ce genre d'histoires que vous espériez illustrer ?
J'ai toujours beaucoup travaillé dans le domaine historique ; mes productions personnelles étaient très orientées dans ce sens, quand je faisais mon portfolio. Pour Stonehenge, je n'ai pas eu de consignes "visuelles", aussi j'ai décidé de prendre un parti pris complètement historique. L'esthétique de cette époque étant assez peu connue, ça donne naturellement un éclairage assez original. Même en matière de fantasy, j'ai toujours été plus attiré par des univers assez réalistes quant à leur aspect.

Quelles étaient justement les références graphiques (peintres, dessinateurs, films) qui vous ont particulièrement influencées ? En général et sur cette série en particulier.
J'ai avant tout, de manière générale, été très influencé par la peinture baroque et classique (Vélazquez, Rembrandt, Vermeer...) puis par les illustrateurs américains du début XXe, comme N.C. Wyeth. Pour Stonehenge, vu que je n'avais pas l'habitude de travailler dans la bande dessinée, j'ai beaucoup regardé le travail d'Alex Alice, de Bourgeon ou encore de Michetz.

Qu'est-ce que cela change vraiment pour un illustrateur de réfléchir à son premier album et de s'adapter à ce type de narration ?
À vrai dire, j'avais déjà pratiqué la BD avant de me rendre à l'école Pivaut, c'est ce que je voulais faire originellement, donc je n'étais pas tout à fait vierge, même si j'ai dû me remettre dans le bain.
Ce que ça change, surtout, c'est la complexité de la composition : on ne compose plus pour une image, mais pour plusieurs. D'autant qu'on doit se préoccuper aussi des pages qui précèdent et suivent. Les harmonies colorées sont bien plus délicates à gérer, sachant qu'en plus on peut avoir des changements d'ambiance. On s'y fait, mais c'est un peu déstabilisant au début.

Comment procédez-vous pour une planche. Vous faites en premier lieu des croquis, le découpage des cases... Est-ce que vous travaillez sur une surface plus grande que la page imprimée (c'est l'impression que ça donne) ?
On va dire que j'utilise un peu la méthode "Lauffray". Je réfléchis à chaque image, je fais quelques gribouillis, puis je fais le "gaufrier" en hiérarchisant l'importance narrative de chaque image. Je fais ça sur de très petits formats, du genre demi A5, histoire de placer mes masses et ma narration. Ensuite je passe sur A3 pour faire un dessin plus élaboré, où je travaille les poses, les décors, toujours en noir et blanc. C'est aussi à ce moment là que je choisis ma documentation. Une fois ce story-board validé par l'éditeur et le scénariste, je fais poser des modèles, que je prends en photo, pour les personnages de la page. Puis j'attaque le format définitif, qui est en effet très grand : 110x80 cm.

En tout cas le résultat est vraiment magnifique... Vous auriez pu vous simplifier la tache et colorer numériquement comme « tout le monde »...
Ca n'aurait bien entendu pas eu du tout le même aspect. Et puis simplifier, c'est vite dit : je ne travaille pas du tout en numérique, donc ça aurait été la croix et la bannière pour moi.

Est-ce Corbeyran vous donnait beaucoup de directive sur le découpage ou les compositions ?
Disons que Corbeyran m'a donné un découpage texte, sur lequel la plupart du temps, je n'avais rien à redire ; ça m'est arrivé d'enlever une case, d'en rajouter une parfois, rien de plus. Ca a marché comme sur des roulettes en gros !


Qu'avez-vous pensé de l'ensemble du scénario ? J'imagine que vous avez lu ceux des tomes suivants ?
Je l'ai trouvé très bien ! J'ai eu droit directement au découpage du 1er tome, puis ensuite au synopsis de la suite de la trame. Maintenant, j'en ai forcément une vision un peu particulière, étant resté pendant un an et demi dessus, je ne le vois certainement plus de la même manière que lorsque je l'ai lu la 1ère fois.

Vous avez déjà embrayé sur la suite ?

Oui je suis en plein dans le tome 2 là ! Je pense que nous allons nous voir dans le cours de l'année avec Corbeyran pour potasser le tome 3.

Même si cela est peut-être un peu tôt pour vous, mais avez vous d'autres projets et / ou envies une fois que cette aventure sera achevée ?
Certainement, j'ai bien quelques idées qui me trottent dans la tête, mais tout cela est quand même assez loin. Si un premier cycle de trois tomes est prévu pour Stonehenge, il est fort possible, si les choses continuent à bien se passer, que nous nous attelions à trois autres tomes, ce qui nous permettrait d'explorer certaines ramifications intéressantes.

Du coup vous n'êtes pas prêt de quitter cet univers celtique...
Il ne semble pas, mais j'ai deux projets qui me tiennent à cœur et qu'il convient de faire mûrir un moment. L'un au début du XVIIe siècle en France, l'autre au IVe siècle avant J-C, dans le monde hellénistique.

Et devenir votre propre scénariste, c'est l'une de vos ambitions ?
Pas vraiment. A la rigueur, je me verrais bien adapter un roman, mais hormis ça, je préfère travailler avec un scénariste.

Nathanaël Bouton-Drouard
















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