ENTRETIEN AVEC IZUMI MATSUMOTO, AUTEUR DE KIMAGURE ORANGE ROAD
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Attention magie !

Auteur rare, Izumi Matsumoto aura construit sa carrière de mangaka auteur de nombreux courts récits, de recueils d'illustrations et surtout d'un titre phare : Kimagure Orange Road, plus connu en France pour son adaptation animée, Max et compagnie. Profitant de son déplacement à Paris à l'occasion du Japan Expo 2014 (oui, ça remonte un peu), nous sommes revenus avec lui sur son œuvre, mais aussi sur sa vie, heurtée par la maladie.

Cela fait maintenant 15 ans que vous souffrez d'une fuite du liquide céphalorachidien, ce qui ralentit considérablement votre activité. Comment allez-vous aujourd'hui ?
La maladie s'est déclenchée en 1999. Depuis j'ai dû subir beaucoup d'interventions, essayer de nouveaux traitement et me reposer énormément. Ces derniers temps, cela va plutôt bien d'ailleurs, je suis assez en forme. En tous cas, je vous remercie de vous en inquiéter.

Kimagure Orange Road fait partie des premières œuvres japonaises à s'être fait connaitre en France, en l'occurrence par le biais de son adaptations en dessin annimé, et a permis d'en montrer un angle inédit. Êtes-vous conscient de cela ?
Cela me fait vraiment plaisir, mais avant de venir ici, de rencontrer tous les fans français, je ne m'en étais vraiment pas rendu compte.

Votre manga est une comédie sentimentale, mais presque avant tout une chronique de l'adolescence, avec des personnages toujours partagés entre l'envie de devenir adulte et une certaine tristesse de l'enfance qui disparait peu à peu. L'exactitude des sentiments et des situations donne d'ailleurs la sensation d'une BD en partie autobiographique. Est-ce le cas ?
Il y a forcément une part autobiographique, en particulier dans la description des différentes relations amoureuses qui se tissent entre les personnages. Lorsque l'on écrit ce genre d'histoire, on va forcément piocher un peu dans ses souvenirs. Et cela me tenait à cœur d'aborder ce difficile passage à l'âge adulte, qui est, je crois, quelque chose d'assez universel. Au Japon, on considère que la période de l'adolescence/de la jeunesse commence au collège et se termine au lycée/université, où à ce moment là on rentre dans une entreprise et on devient adulte. C'est pour cela que j'ai voulu présenter Kyôsuke comme un garçon encore assez jeune, physiquement et psychologiquement, afin de pouvoir décrire ce phénomène. Madoka, elle, est bien entendu un peu plus adulte. Ce qui est assez logique puisqu'on dit que les filles sont plus matures vers ces âges là. Cela permet d'ailleurs d'instaurer une dynamique entre eux, elle, attendant bien entendu qu'il grandisse un peu.

Justement, si Madoka est aujourd'hui aussi célèbre et a eu un tel impact à l'époque de la première publication, c'est parce qu'elle est un personnage féminin qui sort des archétypes habituels. Plus affirmée, plus indépendante... presque féministe.
Tout à fait. Jusque-là, les personnages féminins qui étaient représentés dans les mangas étaient à chaque fois de jolies jeunes filles, sérieuses, responsables, souvent déléguées de classe, que tout le monde admirait et respectait. Mais dans les années 80, il y a eu un petit vent de changement dans les mangas sentimentaux, en particulier grâce à Fusako Kuramochi, où tout d'un coup on s'intéressait à de jeunes délinquants, qui tombaient amoureux de jeunes filles pures. Et justement ce que j'ai voulu faire avec Kimagure Orange Road, c'est la situation contraire avec une Madoka, certes très sympathique, mais rebelle et ressemblant à une délinquante, qui tombait amoureux d'un jeune garçon, Kyôsuke, innocent et très respectueux des règles. J'avoue que j'ai voulu aussi pousser un peu l'aspect sexué des héroïnes de manga, qui étaient dessinées comme des filles «kawai», mais jamais sexy.

On parle là de comédie sentimentale, mais pourtant l'autre grande particularité de Kimagure Orange Road est le fantastique avec l'incidence régulière des pouvoirs de la famille Kasuga. Mais justement cela reste toujours au second plan. Pourquoi ce choix ?
J'ai commencé ma carrière pour la revue Shonen Jump, spécialisée dans les séries pour garçon, et en ce temps là il y avait presque exclusivement des séries de combat comme Hôkuto no ken, ou des œuvres de science-fiction. En tout cas, pas de comédie romantique. Je me suis dit que si je voulais plaire à l'éditeur mais aussi aux lecteurs, il fallait que j'insuffle dans mon manga une bonne dose de fantastique, avec des pouvoirs, ce genre de choses. Mais bien entendu, c'était une sorte d'alibi, même si sur la fin de la série j'ai donné quelques bribes d'explications quand à ces pouvoirs, et j'ai toujours préféré le laisser à l'arrière plan. A la fois pour ne pas tomber dans ce que tous les autres succès de l'époque faisait, avec des héros tous dotés de capacités extraordinaires, mais surtout mettre l'accent sur les personnages. Et je pense que ce qui a permis que ça marche.

Si le manga a finalement été édité en France, par J'ai Lu puis plus sérieusement par Tonkam, les français ont d'abord découvert Kimagure Orange Road par le biais de l'anime et des films qui en découlent. Quelle a été votre implication sur ces projets ?
Pour l'adaptation en dessin animé, j'ai eu beaucoup de chance. La série avec un excellent staff avec notamment des personnes très brillantes comme le réalisateur Tomomi Mochizuki ou l'illustratrice Akemi Takada. Ils ont parfaitement su rendre mon œuvre à l'écran. Je prenais beaucoup de plaisir à regarder les épisodes à la télévision d'ailleurs. Mais j'étais encore très occupé avec le rythme hebdomadaire de la publication, et il a fallu attendre que le manga s'arrête dans Shonen Jump pour que je trouve enfin du temps pour m'y investir. C'était au moment de la production du second long métrage, Shin Kimagure Orange Road, et ce fut une expérience très agréable.

Pour finir, pouvez-nous nous révéler un petit secret de votre manga, une anecdote peu connue ?
Beaucoup de mes fans japonais le savent déjà parce que cela m'est déjà arrivé d'en parler, mais à l'origine Hikaru devait avoir un grand frère. Je le voyais comme un bôsôzoku, un chef de gang de motard, forcément très séduisant, qui aurait déjà été en couple avec Madoka. Dans les premiers chapitres de la série, on la voit d'ailleurs souvent rêvasser en regardant par la fenêtre. Des instants où, pour moi, elle pense à son petit ami. Cela donnait donc plus qu'un triangle amoureux, mais bel et bien un carré amoureux. Mais mon éditeur était bien moins convaincu que moi, et trouvait que cela compliquerait inutilement l'histoire. Il avait sans doute un peu raison.

Nathanaël Bouton-Drouard










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