ENTRETIEN AVEC PAR MOTUS ET JéRéMY COURCELLES, CRéATEURS DE BOB & DYLAN
Image de « Entretien avec par mOTUS et Jérémy Courcelles, créateurs de Bob & Dylan »
site officiel
portoflio
Partagez sur : s_bd
Sur la piste du tueur

Edité épisodiquement en tant que Web Comics entre Novembre 2017 et Février 2018, Bob & Dylan, créé par mOTUS et Jérémy Courcelles, narre le périple de deux paumés sur une route désertique du Nouveau Mexique. Temps d'errance pendant lequel Bob narre à Dylan un cas sordide s'étant déroulé vingt ans auparavant mêlant magouilles, magot caché et un tueur aussi énigmatique que sanguinaire et sadique, surnommé « Le Français » ... Un premier récit fort prometteur, optant pour un pari osé, à savoir prendre son temps et faire primer l'ambiance et les dialogues plutôt que l'action pure, et posant ainsi les solides jalons d'une histoire plus vaste en devenir, flirtant volontiers du côté de Tarantino, des Frères Cohen et McDonagh. Un seul regret cependant, la relative courte durée de l'histoire (10 planches tout rond), mais pas d'inquiétudes, la suite est déjà sur les rails ...

Tout d'abord, pour vous, Bob Et Dylan, c'est quoi ?
mOTUS : Bob & Dylan, c'est avant tout l'histoire d'une rencontre sur Facebook entre deux passionnés de comics qui ont la même fibre créatrice, un même délire. Donc Jérémy et moi.
JEREMY : Une très chouette proposition faite par Motus fin 2016 je crois. On s'est alors échangé quelques références et le projet s'est vite mis en place.

Comment a débuté le projet ?
M : J'ai vu les dessins de Jérémy sur un groupe de dessinateurs sur Facebook, et j'ai senti un potentiel et surtout une patte qui ne m'ont pas laissé indifférent. Je l'ai contacté et après accord sur ses envies, nous avons décidé de partir sur la construction d'une histoire genre Road-Movie, aussi cruelle que délirante.
J : Exactement. Tu as du mettre une dizaine de jours à placer le pitch. J'ai fait une série de croquis pour la recherche de personnages. Bob et Dylan ont été créés dès le premier essai. Le français a mis un peu plus de temps... J'hésitais entre Marv de Sin City, Michel Constantin et Lee Marvin...
M : Et du coup il est un peu des trois.

J'avoue que le personnage m'a directement fait penser à Lee Marvin, notamment dans Canicule d'Yves Boisset. Combien de temps avez-vous consacré à la réalisation totale, donc de la conception à la mise en ligne ?
M : Avec la mise en place, les recherches de personnages, l'écriture et le dessin, quasiment un an. Ce n'est pas très rapide vu comme ça, mais les fondations sont solides maintenant. Dis-moi si je me trompe Jérémy.
J : Non c'est ça, on a chacun un job à côté et une famille à papouiller donc ça crée forcément des soucis d'organisation et de timing. Mais oui, à part le fait que je ne sais toujours pas dessiner les voitures, la base est solide.
M : Et les motos. C'est, je pense, le plus gros challenge qui l'attend à l'avenir. (Rires)

Comment s'est passé votre collaboration ? Y a-t-il eu beaucoup de discussions, d'indications données ?
M : Non pas beaucoup. On en revient à ce que je disais précédemment. Même feeling, même capacité à entendre les critiques ou les indications de l'autre, donc du coup ça glisse assez bien. Nous sommes partis sur la base de nous faire plaisir dans un premier temps, c'est une donnée réellement importante.
J : Oui, exactement. C'était fun bien que j'essuyais carrément les plâtres avec ce premier projet car auparavant j'étais sur du fan art et one shot. Il y a eu des cases à refaire car ça cassait la fluidité de lecture ou la dynamique mais ça a toujours été simple malgré la distance. L'avantage des nouvelles technologies.
M : L'important aussi est la vision générale et nous avons la même. Ca créait de sacré raccourci.

En parlant de vision générale, avez-vous évoqué des références spécifiques ? BD, Cinéma ou même musique ?
M : BD d'abord car nous sommes de grands fans d'un trio mythique du comics US : Byrne, Claremont et Austin qui ont bercé notre jeunesse.
J : Oui ça a été le premier gros point commun. Motus est également très fan de musique, BO et autres si je ne me trompe pas. En ce qui concerne le cinéma, j'avais également parlé de Tarantino et des Frères Coen, et tu as directement plongé dans cet univers. Je ne sais pas si tu aimes leurs films d'ailleurs ?
M : Oui la musique est très importante pour moi dans l'écriture. Pour écrire Bob & Dylan, je me suis mis le titre d'introduction de la série Narcos en boucle par exemple (mon côté monomaniaque). Et bien sûr que j'aime les films de Tarantino et des frère Coen !
J : Cool, j'étais inquiet (Rires)

Oui, Tarantino et Cohen viennent rapidement en tête, notamment parce que les dialogues priment beaucoup dans la narration, afin d'installer l'ambiance, plus que l'action pure en tout cas.
M : Tout à fait.

Etait-ce un choix de minimiser l'action justement ?
M : Il nous fallait poser celle-ci sur 10 planches maximum et raconter ce qui va devenir le socle de l'histoire le plus précisément possible. Partir dans une action folle nous aurait perdus dans une narration bien plus longue. Narration plus longue ou au contraire aux enjeux bien moins clarifiés.
J : Je rebondis également sur la question, Oui c'était important de faire primer les dialogues, pour deux raisons surtout. De un, ces dix planches sont avant tout une introduction à une histoire en devenir. De deux, il fallait prendre le temps de s'approprier les personnages et de trouver une certaine écriture cinématographique. Ça me fait penser aux premières scènes de chaque film de Tarantino justement (toute proportion gardée évidemment).

Motus, un peu avant, à propos de Jérémy, tu parlais de patte. En quoi celle de Jérémy t'a motivé à lui proposer une collaboration ?
M : L'argent. Il est bankable. (Rires). Non, plus sérieusement, c'est difficile à expliquer. Mais avant toute chose, je trouve son dessin très expressif, avec une certaine profondeur de trait également.

Le fait que l'on sente clairement un mix très équilibré entre comics golden age et BD européenne (franco-belge en tête) a-t ‘il été un plus pour raconter cette histoire ?
M : Je dirais oui.
J : J'aime beaucoup ces deux univers même si j'ai tendance à me rapprocher plus de la bd européenne depuis quelques temps. On verra si ça changera ou modifiera certaines caractéristiques...
M : Mais après, j'avoue qu'on ne réfléchissait pas trop à ça quand on travaillait dessus.
Ça s'est posé là quoi.
M : Oui voilà. Comme une évidence.
J : Oui, avec le manque de temps il y avait une certaine urgence qui donnait un côté brut...
M : On essaye de fonctionner un maximum à l'instinct.

Je dis ça surtout parce que l'histoire mélange des caractéristiques des deux côtés en fait, des personnages et un décor purement US comics, haut en couleur, avec une chaleur rude, moite, et une violence sèche parfois suggérée que l'on retrouve plus en Europe.
M : Oui ce n'est pas faux. C'est surement dû, comme tu l'as dit à nos influences diverses. Des enfant/adultes qui s'expriment.
J : J'aime bien cette analyse, C'est la grosse différence avec Tarantino finalement (encore lui). Souvent, il montre la violence avec une idée presque burlesque, exagérée.

Les germes de l'histoire étaient présents depuis longtemps ou tout s'est déclenché après votre rencontre ?
M : Ah ! En gros, ça a été du tac au tac. « Je voudrais t'écrire une histoire, tu veux dessiner quoi ? », « Euh, du road-movie », « Ok, J'écris et je te rappelle ». J'exagère un peu, mais à peine je pense.
J : Oui c'est quasiment ça. Je crois vraiment qu'il y a eu une dizaine de jours entre le premier contact direct et le script. On en revient à cette idée, l'urgence est définitivement la racine du projet.
M : Carrément ! C'est un peu LE moteur finalement. Après, le défi le plus intéressant en tant que scénariste est de toucher juste auprès du dessinateur.

Vous avez en gros tous les deux le même âge, êtes des enfants de la BD, mais vous ne venez pas de ce milieu-là. Qu'est-ce qui a été le plus compliqué dans le fait de franchir le cap ? Cela répondait à une envie de longue date ?
M : Pour ma part, oui. Depuis tout petit. Et les images dans ma tête commençaient à devenir trop envahissantes.
J : Pour moi pas forcément car, paradoxalement, l'amour de la BD m'a toujours un peu paralysé. Je passe plus de temps à la lire et à l'admirer qu'à la dessiner en tant que telle. Le côté projet court pour me mettre le pied à l'étrier est probablement ce qui m'a encouragé d'ailleurs, car j'avoue qu'attaquer directement avec soixante planches m'aurait fait peur, trop peur même.

Ça a été quoi du coup ton plus gros challenge entre passer du one shot à une histoire en dix planches ?
J : Trouver un style qui tienne sur la longueur. Quand je bosse en one shot, j'ai une petite idée au départ, mais ça dévie souvent. A l'inverse, pour dix planches, il fallait tenir la barre.
Que retirez-vous de l'expérience? Une suite est prévue ?
M : Une suite oui, assurément. En fait, c'est déjà écrit. Pour l'expérience, c'est très positif. L'univers est posé et la suite à venir. Ce sera différent car nous allons reprendre un ordre chronologique plus constant, où l'aventure en tant que telle va réellement débuter, avec un même format qui formera un tout au final. C'était l'idée de départ en tout cas.
J : J'aime bien ce système d'épisodes. De très courtes séquences qui forment une histoire complète. Pour ma part, ça a été un très bon exercice. Avec quelques moments tendus, parce qu'il faut jongler entre le travail, la vie de famille, et les deadlines qu'on s'était un peu imposé, mais c'était également beaucoup de fun. Il y a des façons de faire que je modifierai par contre, J'opterai plus pour le travail en planche par exemple. Ici, je travaillais les cases séparément avant de les regrouper, c'est un peu trop fastidieux au final. Ah et oui, apparemment faut que j'achète une moto pour avoir un modèle. (Rires).

Et bien, hâte de découvrir tout ça alors !

Henri Delecroix














Partagez sur :
Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2018