ENTRETIEN AVEC CéLINE TRAN (EX KATSUNI) POUR HEARTBREAKER
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La reine des damnés

Après une reconnaissance internationale dans le X, Céline Tran sort, aujourd'hui, de sa crysalide pour se jeter dans l'écriture de genre. Elle signe sa première collaboration très réussie en tant que scénariste pour Doggybags 6, la bande dessinée sanglante d'Ankama, aux côtés de RUN. Pour Heart Breaker, Céline nous ouvre les portes de son imaginaire poétique et excentrique au travers d'une confession peu commune avec l'humour et l'authenticité qu'on lui connait. Paroles d'artiste...

Hello Céline, alors, qu'as-tu fait de ton evil twin Katsuni?
Je l'ai enterrée dans le jardin... Mais non, voyons, je l'ai juste rangée dans ma boîte à poupées. On s'entendait bien, c'était une chouette fille, un peu délurée, très impulsive. On avait beaucoup en commun et c'est toujours le cas à vrai dire, mais après 13 ans de vie commune, il était temps que je poursuive ma route sans nécessairement porter des porte-jaretelles.

On connaissait ton blog pour les Inrocks où tu nous faisais part du quotidien et de tes réflexions sur le milieu du porno. Qu'est ce qui t'a donné envie de te lancer dans la fiction?
Qui a parlé de fiction ? Non, je plaisante... En effet, Heart Breaker est mon premier pas dans la BD. Avant ça j'avais juste écrit deux nouvelles érotiques pour mon blog et un magazine, rien de plus. Ecrire m'a toujours plu. A l'époque du blog, je ressentais une réelle envie de partager mon expérience dans le X. Aujourd'hui je me nourris toujours de celle-ci mais pour la dépasser. Et puis Run, le créateur et directeur de collection m'a contactée. Au départ c'était juste pour me proposer de participer en tant que guest dans le teaser promo qu'il envisageait de tourner pour Doggybags 3. Au final, il m'a proposé d'associer ma plume à la sienne et, étant donné que son univers m'avait tout de suite plu, je n'ai pas hésité un instant.

Peux-tu nous parler du processus d'écriture avec RUN? Comment s'est déroulée cette rencontre qui a mené à la naissance de Heart Breaker? Et la collaboration avec les illustrateurs Gasparutto, Singelin et Maudoux qui ont donné corps à votre scénario?
Je vivais encore à Los Angeles et Run était à Roubaix quand l'aventure a commencé. Il y a eu beaucoup d'échanges de mails et par skype. Tout est parti de conversations où se sont mêlées des références à des faits divers, des films, des anecdotes sur des serial killers... Puis Run a proposé la figure du vampire. J'ai mordu immédiatement, c'est un thème qui m'est cher. Dandy décadent, créature de la nuit à la fois séduisante et repoussante, il y avait là une vraie analogie à développer avec l'image de la pornostar que nous voulions aussi aborder comme point de départ à notre histoire.
Run a une vision plus globale et un sens du découpage que je n'ai pas encore. Je me suis attachée à la psychologie des personnages, les mises en scènes des tournages X, les monologues et pas mal de dialogues. Certaines séquences étaient vraiment très claires dans ma tête, leur atmosphère, leur esthétique mais surtout leur sens. C'est ce qui a été délicat à un moment donné. Il a bien fallu que je laisse aux illustrateurs leur espace de créativité. C'est très bizarre de voir son histoire, ses mots prendre forme dans des images qui nous sont étrangères. C'est parfois douloureux mais il y a aussi de très belles surprises et avoir trois visions différentes donne une vraie spécificité à cet album. Heart Breaker est vraiment le fruit d'une collaboration.

On ressent l'influence de la littérature et du cinéma gothique de Dracula (Bram Stoker/Francis Ford Coppola) à Entretien avec un vampire (Anne Rice/Neil Jordan) dans une violence toutefois plus ancrée dans la modernité, vicieuse et crue. Et puis, il y a la double identité de Selina Kyle/Catwoman, la justicière masquée de Gotham City à laquelle on pense immédiatement. Quelles ont-été tes principales inspirations dans la création du personnage de Heart Breaker?
Bien vu ! En effet Dracula et Entretien avec un Vampire m'ont beaucoup inspiré pour leur violence poétique, leur érotisme macabre. Par exemple la scène de mise à mort de la jeune fille dans le théâtre dans Entretien avec un Vampire a été un modèle pour moi mais il nous fallait aussi rester dans le style grindhouse cher à Doggybags, d'où le côté plus trash et volontairement excessif dans les effusions de sang. Il n'en demeure pas moins une forme de beauté. La séquence de viol/ mise à mort dans l'acte 2 de Heart Breaker est pour moi une scène de rituel, d'initiation et de métamorphose physique et spirituelle.
Et j'ai aussi choisi Celyna comme pseudo car c'est à la fois une référence à mon vrai prénom et un clin d'oeil à la Selina qui de jeune femme réservée et insignifiante devient une guerrière sexy et redoutable.
Le rapport Céline/ Katsuni est donc mis en parallèle avec Celyna/ Heart Breaker. Même si ce ne sont pas des films de vampires The Crow et Blade Runner font aussi partie de mes références. Dans les deux cas les personnages d'Eric Draven et Roy Batty sont des damnés, des héros décadents piégés par leur condition et en même temps c'est cette quête, cette rage qui les rend plus vivants que n'importe quel autre humain. Le désir d'être libéré les voue à souffrir mais c'est cette conscience même qui les rend singuliers, c'est cette lutte face au monde qui les hisse au rang de héros. On nous dit souvent que Heart Breaker est un Blade au féminin mais à vrai dire je n'ai jamais vu Blade ! Le personnage de Celyna est un mélange entre ces influences, la figure de l'actrice X en général et mon propre passé.

Peut-on voir dans Heart Breaker une forme de féminisme où l'héroïne vengeresse devient sujet de son propre destin et de celui des femmes abusées par l'esprit tordu de leurs bourreaux?
Certains et certaines y voient en effet la revanche d'une femme blessée sur ses tortionnaires masculins, d'autres ne retiennent que la séquence de l'agression... Nous n'avons eu aucune intention féministe même si, en effet, il y a un basculement de la femme objet en sujet qui reprend possession de soi et de son environnement, qui cherche clairement à la dominer et la manipuler. Il y a une lecture de son agression comme perte symbolique de virginité mais la réflexion va bien au-delà. Ce qui importe c'est sa révolte personnelle, face à son environnement mais aussi face à elle. Doit-elle se résigner par rapport au fait qu'elle soit damnée et se comporter comme ses semblables ? Que faire lorsqu'on est investi d'un pouvoir qui nous permet de dominer les autres mais qui nous asservit également? Derrière la violence des combats, il y a une violence personnelle qui est propre à chaque être humain.

On a pu découvrir l'irrésistible trailer tourné à l'occasion de la sortie du comic book où tu manies le katana avec une dextérité impressionnante (https://www.youtube.com/watch?v=ESyhSuf8VCM). Comment t'es-tu préparée pour ce rôle très physique? Quelle était l'ambiance sur le tournage?
Dès qu'on a évoqué le tournage du teaser avec Run, j'ai tout de suite vu ici une magnifique opportunité de réaliser un de mes rêves, à savoir jouer une scène d'action ! Etant moi-même fan de films d'action et d'arts martiaux, je voulais vraiment faire les choses bien et être crédible. J'avais rencontré le cascadeur Kefi Abrikh sur le tournage du Visiteur du Futur. J'ai commencé à suivre des cours de combats scéniques puis je me suis entraînée avec son équipe. Ce sont des mecs adorables, ultra pro et compétents. Je voulais faire du katana mais aussi avoir du combat à mains nues. Au final, on a un choré de penck silat (chorégraphiée par Mathieu Lardot), des guns et des katanas (par Kefi). On s'est vraiment fait plaisir ! Le tournage était un peu stressant, il y a quelques soucis d'organisation et nous n'avons pas pu tout tourner. Par exemple, j'avais prévu plus de combats en utilisant la barre de pole-dance. Mais au final, on s'en est plutôt bien sorti. Dès le chemin du retour, après le tournage, j'ai dit à la stunt team qu'il n'était pas question que j'arrête ! Depuis on continue donc et je viens de tourner ma première démo de katana.

Tu es finalement, sur Heart Breaker, à la fois auteur et muse. Qu'est ce que l'exercice t'a apporté en terme d'expérience et de découverte personnelle? Est ce le début d'une métamorphose?
Oui, Heart Breaker est le récit d'une quête personnelle et marque aussi ma nouvelle carrière hors X, juste après ma participation en tant qu'actrice à la série le Visiteur du Futur, premier tournage dans lequel mon vrai nom figure au générique. Ecrire est une jolie manière de prendre de la distance vis à vis de soi et tout est permis. C'est très enrichissant et passionnant d'avoir la possibilité de créer un nouveau personnage. Pour une fois il n'était plus question de s'attacher à mon image, c'est très libérateur. Si Celyna est inspirée de mes traits, ce n'est pas moi pour autant. Ce qui importe ici c'est le sens. Quant au tournage du teaser il marque mon premier pas en tant que comédienne d'action / film d'horreur, c'est dans cette direction que je souhaite aller.

Pensez-vous déjà à la suite des aventures de la jeune vampire pour un prochain Doggybags? Quels sont tes projets artistiques immédiats?
Ce qui est drôle c'est qu'au départ, avec Run, il n'était question que de consacrer qu'un seul acte (sur les trois) à Heartbreaker. Mais nous sommes tellement inspirés que le Doggybags 6 lui est entièrement dédié et ce n'est qu'une introduction, une mise en place. L'histoire est loin d'être finie , la dernière vignette laisse présager une dimension davantage spirituelle . Nous sommes en train d'écrire la suite et elle promet d'être sanglante ! Nous verrons où ça nous mène mais nous ne nous posons aucune limite . De mon côté j'ai des projets cinéma qui se mettent en place et je bosse aussi sur un projet, une réflexion sur le corps : Zones Imaginaires : http://www.iglikachristova.com/v2/?page_id=19 avec l'artiste Iglika Christova.

Si tu étais...
une vertu? le courage ( affronter mes peurs est l'un de mes moteurs)
un vice? la gourmandise
un/e saint/e? Saint Augustin
un peintre? Dali
un auteur? Georges Bataille
un morceau de musique? Exogenesis de Muse
un film culte? Retour vers le futur
un mot? Dodo
une expression? Avoir la tête dans les étoiles
une cause? Le sauvetage des koalas et des loris et toute bête avec une tête improbable
une aversion? La phonophobie fortement associée à la vulgarité ambiante
une ville? Venise, la ville des secrets
une lieu de méditation? Quelque part devant un lac en Nouvelle Zélande, ou un monastère.
un mollusque? Un bulot. J'en suis un à certaines heures de la journée.
une créature de fiction? Mothra... ou Gizmo
une héroïne de la vie réelle? C'est quoi la vie réelle ?.. ok..Bob L'éponge avec une jupe.
une devise? Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux

Aurélie Dos Santos Duchesne
















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