CASTLEVANIA: LORDS OF SHADOW
Espagne / Japon - 2010
Image de « Castlevania: Lords of Shadow »
Musique : Oscar Araujo
Durée : 66 minutes
Nombre de pistes : 21
Distributeur : Sumthing Else Music Works
Bande originale : note
Jaquette de « Castlevania: Lords of Shadow »
portoflio
LE PITCH
Recueilli aux portes d’un couvent, Gabriel est élevé par la confrérie de la lumière. Des années plus tard, à la mort de sa femme, Marie, et à la demande de la confrérie, Gabriel part en mission divine pour découvrir les raisons du chaos régnant sur le monde, brûlant d’un désir de vengeance contre ceux qui lui ont ravi l’être aimé.
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Un nouveau départ...

Série culte depuis bientôt 30 ans, la série Castlevania a toujours bénéficié d'un soin évident pour son univers, son esthétique, mais également pour sa bande-son, mélange caractéristique de rock-jazz-gothique contribuant énormément au succès de celle-ci, devenant également un élément indissociable des jeux. Cependant lorsqu'en 2008, Dave Cox et Enric Alvarez (avec l'appui d'Hideo Kojima, créateur culte du non-moins culte Metal Gear) décident de reprendre les rênes de la série, le but avoué de ceux-ci est de réinjecter du sang neuf dans la saga qui n'avait plus connu de changement significatif depuis l'excellent et très remarqué Symphony Of The Night en 1997, soit onze ans auparavant.

Une réinvention autant voulue sur le plan de la narration, du gameplay, que de la bande-son. En somme, Symphony fut le premier épisode à oser trancher franchement avec tout ce qui avait été fait jusque-là, tant l'univers de la série commençait à marquer une forte redondance. Alvarez et Cox reprirent alors tout à zéro afin de réinventer toute la mythologie Castlevania. Ici, plus de Dracula en ennemi principal, plus de Simon Belmont, plus de construction en niveau, ni de 2D, afin de donner lieu à une nouvelle mouture bluffante, et permettant enfin à Castlevania de passer à la 3D avec brio (l'épisode sortie sur Nintendo 64 est de triste mémoire...). Des choix surprenants, radicaux et risqués tant ceux-ci menaçaient de rebuter les fans hardcores de la saga. Cependant, qui dit modernisation pour l'univers graphique, dit également modernisation pour la bande son. Le studio MercurySteam souhaitant rendre hommage à tout pris au jeu vidéo d'origine tout en s'en écartant au maximum, à tous les niveaux... Ayant déjà collaboré avec MercurySteam pour le jeu Clive Barker's Jericho en 2007 (en collaboration avec Cris Velasco), le compositeur Oscar Araujo est alors tout naturellement choisi pour relever ce lourd défi. Celui-ci fut révélé au grand public avec son score pour El Cid : La Leyenda, très bonne partition d'aventure rappelant l'excellent Sinbad d'Harry Gregson Williams. Celle-ci lorgnait beaucoup du côté des scores composés par le duo Powell/Williams (justement) au début des années 2000, et comportait déjà les germes de ce qui allait devenir la patte de Araujo, notamment en terme d'action et de lyrisme, une dominante que l'on retrouve énormément dans Castlevania, de manière beaucoup plus massive et affirmée.

 

Vampire Killer


«Vampire Killer », « Simon Theme », « Bloody Tears », « Sinking Old Sanctuary », « Waterfall », « Dance Of The Holyman », « Beginning », « Lost Painting », « Wicked Child »... Qui a déjà joué à un Castlevania se remémorera automatiquement avec émotion et nostalgie un de ces thèmes désormais passés à la postérité. Pourtant point de reprise des thèmes cultes ici, le contrat est clair, repartir à zéro et réinventer l'identité musicale de la série. Pour ce faire, Araujo va s'aider de la nouvelle orientation du jeu, de son axe narratif et humain, pour offrir un point de vue inédit dans la série, à savoir baser la musique sur le personnage principal, son évolution psychologique et sa solitude, et non plus sur le système classique « une nouvelle piste par nouveau niveau », dont le but était uniquement de traduire l'ambiance dudit niveau (comme ce fut le cas la plupart du temps jusqu'à présent). Le compositeur va alors développer une écriture riche (lorgnant du côté du Lord Of The Rings de Howard Shore, voire la puissance belliqueuse du Van Helsing de Alan Silvestri, au final, sorte de Castlevania filmique...) en utilisant un orchestre symphonique ainsi qu'un choeur imposant, et non plus les synthés, batteries, guitares (et consorts) : éléments caractéristiques de l'univers musical de Castlevania. Au premier abord, il est effectivement facile de ne rien voir de plus en la musique de L.O.S. qu'une réponse européenne au massif God Of War (Gerard Marino...) ou Dante's Inferno (Garry Schyman). Cependant Araujo, tout en utilisant les mêmes codes, va opter pour une écriture beaucoup plus fine, mélodique, et cinématographique que ceux-ci. Un choix particulièrement décrié par une partie des fans de la saga (il suffit d'aller sur certains forums datant de la sortie du jeu pour s'en convaincre, certains sites allant jusqu'à qualifier de cacophonique la composition d'Araujo). Ceux-ci reprochent à la partition d'être trop sage, fade, sans thème, sans aucune once d'épique (un comble...), certains regrettant même de ne pas retrouver la patte sonore de Michiru Yamane, ou de Kinuyo Yamashita.

 

Blue Blood


Mais force est d'admettre que leurs styles, aussi efficaces soient-ils, auraient été en total décalage avec l'ambiance de L.O.S., voire même l'auraient complètement décrédibilisé. La faute à une incompréhension de la démarche d'Oscar Araujo. En mettant l'emphase principalement sur l'histoire d'amour tragique de Gabriel, ainsi que sur son conflit intérieur, à savoir la remise en cause de sa foi, le compositeur en profite pour développer une gamme d'émotions riche, traduisant la solitude et la mélancolie du personnage avec une finesse rare comme le prouvent les très beaux : « Labyrinthe Entrance », « Waterfalls Of Agharta » (hommage discret au « Waterfall » de Super Castlevania 4 ), ou encore « Agharta ». « The Dead Bog » et « Maze Gardens » renforcent, quant à eux, l'impression tragique du destin lourd qui pèse sur les épaules de Gabriel. L'action, cependant, n'est pas en reste et permet la construction progressive d'un thème qui ne se dévoilera totalement que lors d'un flamboyant « Final Confrontation » puis de manière plus céleste et ample dans le final « Love Lost/Last Battle » et « Ascencion ». L'une des dominantes principales du score est ce combat du bien et du mal (symbolisant encore une fois le conflit intérieur du héros) caractérisé par l'alternance de textures orchestrales massives, grondantes et les éclats d'un choeur lumineux appuyant l'aspect sacré et religieux de la mission de Belmont. Mais pour ce faire, Araujo utilise une méthode à « l'ancienne », utilisant de façon judicieuse les choeurs, l'orchestre et les percussions et n'abuse jamais d'artifice comme les ostinatos devenus quasiment omniprésents dans la composition d'action des 10 dernières années. Certaines orchestrations ramèneraient presque à la période 80's de Christopher Young, voire aux envolées les plus agressives de Murray Gold pour Doctor Who. A noter que la plupart des morceaux d'actions ont été composés de manière à pouvoir être déclenchées selon l'interaction du joueur : au plus celui-ci avance dans l'action, au plus la piste évolue (à savoir la continuation de la piste, ou l'ajout d'instruments dans cette même boucle), décuplant ainsi l'intensité ressenti lors de ces phases.

Au final, Araujo aura accouché d'un score dense et relativement bien agencé (en composant pas moins de trois heures et demi de musique, sans compter les différents arrangements, élevant dans ce cas la durée à pas moins de... 8 heures !!) impeccablement interprétée par l'orchestre symphonique de Bratislava et supporté par un choeur céleste massif. La partition de Castlevania est de celles qui ne délivre toutes ses richesses qu'après plusieurs écoutes, celle-ci se passant aisément des images pour exister, même si une petite redondance finit par apparaître lors des phases d'actions, mais cela reste du pinaillage face à la qualité de ce Lords Of Shadow, finalement sorti de nulle part en son temps (autant le jeu que sa bande son). Au final, on serait même tenté de se dire à l'écoute de l'album (toute proportion gardée bien entendu) que l'une des issues possibles pour le symphonisme dans le scoring actuel se trouve peut-être désormais dans le jeu vidéo. Ne faisons pas de généralité, mais de là à l'affirmer, il n'y a qu'un pas...

Henri Delecroix




















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1. Intro
2. Besieged Village
3. The Warg
4. Hunting Path
5. The Dead Bog
6. The Swamp Troll
7. The Ice Titan
8. Labyrinth Entrance
9. Waterfalls Of Agharta
10. Agharta
11. Cornell

12. Maze Gardens
13. Castle Hall
14. The Evil Butcher
15. Laura's Mercy
16. Carmilla
17. The God Mask
18. Belmont's Theme
19. Final Confrontation
20. The End
21. Love Lost / The Final Battle
22. Ascension

 
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