MAD MAX FURY ROAD - DELUXE VERSION
Australie /Etats-Unis - 2015
Image de « Mad Max Fury Road - Deluxe Version »
Musique : Junkie XL
Durée : 125 minutes
Nombre de pistes : 26
Distributeur : Sony Classical
Bande originale : note
Jaquette de « Mad Max Fury Road - Deluxe Version »
portoflio
LE PITCH
Le monde tel qu’on le connait a disparu pour laisser place à un enfer apocalyptique. Tel un fantôme, Max erre sur cette terre désertique, entre les survivants d’une civilisation déchue et les charognards en quête de pouvoir. Parmi eux, Furiosa, pilote de camion, censée rapporter le précieux pétrole jusqu’au tyran Immortan Joe. Décidant de se rebeller afin de protéger un groupe de jeunes filles, Furiosa prend la fuite.
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Witnesses

Après 30 années d'absence, le "Road Warrior" reprend enfin la route du désert australien vue par le génial et trop sous-estimé (en tout cas par une part de la critique) George Miller. Un long chemin de croix pour le réalisateur, celui-ci travaillant sur ce Fury Road depuis maintenant près de 20 ans. A l'arrivée, un film dantesque, éblouissant, orgasmique, comme venu d'un autre monde, à peu près à l'opposé de tout ce qui peut se faire depuis bien 2 décades. Un film fou, profond, probablement cathartique à plus d'un titre pour son géniteur. Un évènement (miracle ?) qu'il fallait mettre en musique avec toute la rage possible, et qui se devait de surtout se montrer à la hauteur de l'orgie sensorielle accouchée par Miller.

Connu surtout sous le nom de Junkie XL, c'est le néerlandais Tom Holkenborg qui remporte le morceau (succédant ainsi à Brian May, et Maurice Jarre), après s'être fait remarquer pour ses collaborations avec Hans Zimmer, notamment sur Man Of Steel, The Dark Knight Rises, et ses compositions pour 300 : Rise Of An Empire, Divergente ou Night Run (bien qu'il compose pour le cinéma depuis 1998). Ici, un seul mot d'ordre, être le plus bestial, rageur, et primal possible. La bande son se devait donc d'être à proprement parlé le pouls du film, celle-ci lui étant liée quasi physiquement (jouée live par les protagonistes eux-mêmes : les percussionnistes, le guitariste et sa fameuse guitare lance-flammes...), et lui donnant par là même, une dimension encore plus organique. Le bébé de Miller faisant déjà preuve d'un jusqu'au-boutisme extrême sur tous les fronts possibles, Holkenborg s'en est donc donné à cœur-joie, et tout y est : percussions tonitruantes, cuivres lourds et grondants, samples electros, ostinati de cordes, guitares saturées, le tout dans des plages avoisinants souvent les 5 à 8 minutes (voire plus). On n'est pas là pour faire dans la dentelle, Holkenborg a été à l'école Zimmer, et ça s'entend. D'ailleurs, l'un des seuls bémols que l'on pourrait exprimer serait que le point est au final tellement mis sur l'action, et sur l'alchimie complète aux images, qu'il est fort compliqué (du moins au départ) de soit fredonner une plage du cd, soit à écouter avec autant de plaisir la partition sans les images qu'elle est censée magnifier. A ce propos, il faut admettre que la partition pourrait vite devenir indigeste, ou tout du moins très dure à écouter d'un trait (125 minutes au total, soit la durée du film), si heureusement Holkenborg n'y avait pas ajouté quelques respirations à base de plages ambiantes (« Water », « Into The Canyon », « Return To Nowhere », ne laissant cependant retomber à aucun moment la tension), et quelques fulgurances qui dénotent de la plage d'action sound design basique, désormais récurrente dès qu'il s'agit d'action sur grand écran. Ainsi, «Storm Is Coming », « Brothers In Arms » ou encore « Chapter Doof » intègrent des motifs plus mélodiques au sein de la furie ambiante, et offrent des moments de grâce inattendues (l'instantanément culte séquence de la tornade de sable, l'évasion du canyon, et tant d'autres...). Il serait cependant hâtif de dire que le score est dénué d'une construction thématique.

 

Char héroïque


Pour être plus précis, il se dégage ici un thème véritable, et plusieurs motifs thématiques. Ainsi, Furiosa a bel-et-bien droit à son thème, celui-ci parcourant la bande-son d'un bout à l'autre, comme l'un des seuls repères mélodiques du film, traduisant à lui seul cette recherche désespérée de rédemption de « l'Imperator ». Le thème fait preuve d'une douceur, cependant accablée par les mouvements des cordes, joués en mineur, lui conférant par là même une couleur plus dramatique qu'optimiste (une douceur qui tranche radicalement, à l'écran, avec l'aura rageuse et Rugueuse de Furiosa). Il est intéressant de noter que ce thème, au final, n'appartient pas exclusivement à Furiosa, mais est un thème commun pour elle, et Max, renforçant ainsi l'idée que les deux protagonistes sont au final le miroir de l'un et l'autre, s'offrant de la sorte une parfaite complémentarité (« Mary Jo Bassa », « My Name Is Max »). On pourra également dégager 4 autres motifs récurrents : un pour Immortan (sorte de montée de cuivres presque « péplumesque » : « Immortan's Citadel », « Spikey Cars », « The Bog »...), le motif d'action principal en ostinato descendant joué par des cordes produisant, à n'en point douter, leur petit effet, tendu à souhait (« Escape », « Brothers In Arms », « Chapter Doof »...), un motif plus dramatique renvoyant à celui de Furiosa/Max(« We Are Not Thing », repris de manière plus massive au début de « Let Them Up »), et enfin, un pour les « War Boys », ou plus précisément un motif accompagnant leur sacrifice afin d'atteindre le Walhalla (mouvement que l'on pourrait croire sorti tout droit des compositions made in Media Ventures courant des 90's... « Storm Is Coming », « Immortan », « Walhalla Awaits »...). On pourrait également préciser que la construction (partiellement) thématique du score est bien plus présente sur la version Deluxe (ici chroniquée), que sur la version simple sortie en CD, bien plus compacte (On passe de 17 pistes à 26 pour la Deluxe, récupérant quasi 40 minutes d'écoute au passage. C'est clair, il y a de quoi manger ...), et mettant l'accent quasi exclusivement sur l'action. Pour le coup, c'est sûr, ça envoie.

C'est donc du très lourd, mais au moins, le statut principal d'accompagnement de la musique est clairement assumé par Holkenborg. Et on ne lui en voudra certainement pas, celle-ci (et une fois n'est pas coutume pour ce type de BO), marchant excessivement bien à l'écran, et est en parfaite adéquation avec le film. On se surprendrait même à penser qu'on n'aurait pas pu imaginer un autre accompagnement sonore, car il faut admettre que la bande-son qu'aurait pu, potentiellement, créée Brian May (compositeur des premier et deuxième volets) n'aurait, à coup sûr, pas du tout fonctionnée ici, plongeant le film dans une nostalgie retro décalée, lui enlevant par là-même une grande part de sa crédibilité - l'un des buts de Miller n'étant pas clairement de jouer un peu sur cette nostalgie, tout en lui mettant un grand coup de pied dans le derrière afin de renouveler et, réinventer cet univers qu'il a créé il y a maintenant 30 ans ? -.

 

My Name is Max


Sous ses aspects peut-être un tantinet simpliste sur le point de vue thématique, le score renferme donc bien des « finesses » insoupçonnées. De manière à appuyer encore plus cette symbiose avec les images, au même titre que le basculement psychologique progressif des protagonistes eux-mêmes, les différents motifs thématiques sont ajoutés au fur-et-à-mesure, donnant enfin un contre point émotionnel et mélodique à la rage continue. En gros, le concept : ajouter régulièrement, par petite touche, de l'espoir et de l'humanité à la musique, accompagnant ainsi la quête (et accession) de rédemption des protagonistes, las d'un espoir et d'une humanité perdues depuis longtemps (« My Name Is Max » et « Let Them Up » appuient très bien cette idée). Une progression vécue, émotionnellement, par le spectateur lui-même, finissant par enfin éprouver de l'empathie pour des personnages, au premier abord, particulièrement désabusés, voire détestables. On ressort tout de même lessivé de l'écoute de ce Fury Road. Certes, le score ne marquera pas une date dans l'histoire de la musique de films (là où le film de Miller, lui, l'a fait assurément...), mais on en gardera à l'esprit l'indéniable effet que celle-ci procure accompagnée des images du film. On peut alors reconnaître un certain talent à Holkenborg, possédant une patte beaucoup plus affirmée (et surtout plus assumée) dans le scoring façon sound design, et possède donc une signature grandement plus excitante qu'un Jablonsky (je sais, je me répète, allez, mis-à-part peut-être Gears Of War 2 et 3), Djawadi (tout du moins, une grande partie du temps)) et consorts, ceux-ci se bornant inlassablement à écrire des thèmes 1000 fois entendus, et balançant des morceaux d'actions « composés » à la truelle, sans aucune personnalité véritable, (en étant persuadé d'avoir composé un grand score...).

Ici, on a beau nager en plein sound design, il faut admettre que cela ne ressemble à rien de déjà entendu (à priori). En tout cas, on est désormais d'autant plus curieux de voir ce qu'Holkenborg nous réserve avec Batman VS Superman : Dawn Of Justice qui, à n'en point douter, dépotera violemment. Rendez-vous est pris...

Henri Delecroix




















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1. Survive (01:41)
2. Escape (03:29)
3. Immortan's Citadel (08:59)
4. Blood Bag (03:40)
5. Buzzards Arrive (01:27)
6. Spikey Cars (04:09)
7. Storm Is Coming (06:17)
8. We Are Not Things (01:43)
9. Water (06:26)
10. The Rig (06:32)
11. Into the Canyon (02:50)
12. Brothers In Arms (05:53)
13. The Chase (03:17)

14. Moving On (01:57)
15. The Bog (12:33)
16. Redemption (01:46)
17. Many Mothers (08:59)
18. The Return To Nowhere (05:18)
19. Claw Trucks (05:44)
20. Immortan (11:11)
21. Chapter Doof (06:50)
22. Walhalla Awaits (02:41)
23. My Name Is Max (02:24)
24. Let Them Up (02:37)
25. Mary Jo Bassa (02:27)
26. Coda (04:44)

 
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