LA PLANèTE DES SINGES
Planet of the Apes - Etats-Unis - 1968
Image de « La Planète des singes »
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 51 minutes
Nombre de pistes : 17
Distributeur : Mondo
Bande originale : note
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LE PITCH
Débarqués sur une planète inconnue, suite à un crash lors d’une mission spatiale, les capitaine et lieutenants Taylor, Landon et Dodge sont bientôt prisonniers d’un monde où l’espèce dominante semblerait être des singes organisés en société et dotés d’une intelligence supérieure, où l’homme est réduit en esclavage …
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Aut simius, Aut Nihil !!

Après nous avoir enchanté avec des rééditions telles que Aliens, les 3 Back To The Future, Cannibal Holocaust, ou encore Dead Ringers, le toujours plus ambitieux label Mondo nous revient avec le score mythique de Planet Of The Apes (le seul, le vrai, l'unique) de Franklin J. Schaffner et composé par l'immense et regretté Jerry Goldsmith, pour une édition on ne peut plus luxueuse. L'occasion de se replonger dans cet exigeant et incroyable score.

Au sein d'une production plutôt soft en terme de Science-Fiction, où l'on notera tout de même Countdown de Robert Altman, Barbarella de Roger Vadim, Project X de William Castle, Rocket To The Moon de Don sharp ou encore Quatermass And The Pit de Roy Ward Baker (soit dans l'ensemble de la SF encore très « sage »), l'année 1968 se verra tout de même chamboulée par deux poids lourds dont on ressent encore aujourd'hui l'importance majeure dans l'histoire du cinéma (en général), importance due à leur intelligence et leur avant-gardisme. D'un côté, l'ambitieux et splendide 2001, A Space Odyssey de Stanley Kubrick. De l'autre, le cultissime et traumatisant Planet Of The Apes de Franklin J.Schaffner. Deux chefs d'œuvre ayant marqués les esprits notamment de par leur ambition à vouloir dépasser le simple statut de divertissement spectaculaire, en y implantant une portée philosophique, chose particulièrement surprenante à l'époque pour ce genre, du moins sur le plan cinématographique. Là, où Kubrick impressionnait dans son discours intellectuel (rien de péjoratif), de par sa maitrise du cadre, son sens de la contemplation, le tout aidé par les effets renversants créés par Douglas Trumbull, Schaffner, lui, optera pour une mise en scène nerveuse, un humour parfois glaçant placé dans un métrage au fond hautement sociologique et critique, dont l'adaptation du célèbre roman de Pierre Boulle fut assurée par le génie Rod Serling (La Quatrième Dimension). Ajoutons les prestations solides de Charlton Heston, Roddy McDowall et Kim Hunter, et les maquillages révolutionnaires de John Chambers (Embryo, Halloween 2, Phantom Of The Paradise ....), et on ne peut que se retrouver soufflé par un métrage brillant en tout point. Mais le film gagna également ses galons de film culte, et de manière indétrônable grâce au score complexe, inattendu et incroyablement ambitieux de Jerry Goldsmith ...

 

the Forbidden Zone


Deuxième film d'une collaboration qui en comportera sept, à savoir Patton, Papillon, The Boys From Brazil, Lionheart et The Stripper, la partition pour Planet Of The Apes offrit à Goldsmith une opportunité de maturité inattendue, et de grandir sur le point de vue artistique. Il considéra longtemps d'ailleurs qu'une grande partie de ses chefs d'œuvre, et travaux favoris venaient de ses compositions effectuées pour/avec Franklin J. Schaffner, qu'il considérait plus que comme un simple collaborateur, mais réellement comme un ami. Cette collaboration était d'autant plus exceptionnelle que très souvent, et en particulier sur Planet Of The Apes, Goldsmith eut un confort de travail illimité. Jamais Schaffner n'est intervenu à l'encontre du maestro. A tel point que mis-à-part quelques entretiens téléphoniques afin de s'informer de l'avancement du travail, le réalisateur n'a jamais tenu à entendre quoi que ce soit avant les séances d'enregistrement, et n'a imposé aucun temptrack ni idée à Goldsmith. Une entente rare qu'il regrettera longtemps, déplorant le fait que de nos jours, une grande part des réalisateurs l'engageant lui imposaient un timing millimétré, basé sur un temptrack, dont il était souvent très difficile de s'éloigner.

«Ce fût une époque bénie, les compositeurs étaient encore libre de leur inspiration, on pouvait faire ce que l'on voulait, je ne sais pas si nous pourrions encore faire de même de nos jours. Je revois le film pour la première fois depuis au moins 20 ans, et je suis impressionné de voir ce qu'on était capable de faire lorsque l'on avait un bon metteur en scène, de bons cadrages, de bons acteurs... On n'est pas aspiré par la technologie, et par la surenchère d'action. Aujourd'hui les effets spéciaux passent avant tout. Les effets sonores et la musique sont trop forts et omniprésents. On se sent agressé. Je ne veux pas dénigrer le cinéma actuel, mais après avoir vu un des derniers films d'action de l'été, j'ai vraiment pensé que c'était une insulte envers mes oreilles et mon intellect. Et le public a l'air de s'en contenter ... » déclarait-il lors de l'enregistrement du commentaire audio magistral, nostalgique et étonnement critique envers le cinéma d'aujourd'hui pour l'édition collector sortie en dvd en 2004 (Jerry Goldsmith est décédé en Juillet de la même année). Un commentaire audio également particulièrement touchant, presque une déclaration d'amour émue envers son ami disparu, Franklin J. Schaffner, qui fût un réel vecteur d'élévation de ses capacités et qualités de compositeur, et dont il ne retrouvera que peu d'équivalent sur le point de vue collaboratif par la suite, si ce n'est avec Paul Verhoeven et surtout Joe Dante, dont il fût le compositeur attitré sur quasiment l'intégralité de sa carrière.

Il y eut d'abord de longues discussions entre Goldsmith et Schaffner pour trouver l'angle musical le plus approprié, notamment sur l'instrumentation, la tonalité, le maître-mot étant que la musique soit la plus symbiotique possible au film. Celle-ci ne devait jamais se montrer trop envahissante, trop démonstrative, en soulignant abusivement l'action, mais devait laisser une part de compréhension libre au spectateur en ne lui livrant qu'un minimum d'information à l'avance (ou en tout cas de manière trop évidente). Voire, en faisant le pari de la « transparence » (donc de savoir s'effacer au profit de la lisibilité des dialogues et bruitages), soit de totalement disparaitre de manière à laisser toute leur force évocatrice aux images, déjà lourdes de sens (par exemple, quasi tout le dernier acte du film, et surtout la fameuse scène finale, uniquement portée par le son des va-et-vient de la mer). En gros, selon les termes de Goldsmith : « Ne pas souligner l'évidence ». A une période où l'électronique s'invitait doucement mais sûrement dans le panorama musical du scoring, il fût balayé très rapidement la possibilité de son recours. Ici, l'orchestral règne en maître, mais pas nécessairement de manière conventionnelle. En effet, l'écriture dite sérielle ou dodécaphonique (principe de construction se fondant sur une succession préétablie de sons, donc non basé sur l'harmonie diatonique habituelle) déjà utilisée sur Freud (John Huston,1962), et l'atonalité héritée directement de Stravinsky, Bartók, ou encore Ligeti (qui définitivement auront influencés quasi tous les composteurs phares des 70's aux 90's, de Williams à Horner en passant par Corigliano ou bien entendu Goldsmith), voire l'écriture pointilliste vont être de mises pour mettre en musique la triple complexité amenée par le scénario, à savoir l'aspect primitif, l'aspect fiction, et l'aspect SF, le tout englobé autour d'un récit allégorique et sociologique fort, justifiant parfaitement l'expérimentation la plus totale. Ici, de l'écriture sérielle, au placement de la musique dans le film, à l'utilisation inhabituelle des instruments, tantôt « classiques » tantôt atypiques, tout va concourir à créer une ambiance faisant la part belle à un sentiment constant de mystère, de découverte mais de danger permanent (la musique ne s'apaise pratiquement jamais), explosant ponctuellement dans des pointes de bellicisme quasi cacophoniques puissantes.

 

"Take your stinking paws of me you damn Dirty ape!"


Goldsmith ayant ses bureaux directement à la Twenty Century Fox en ce temps, celui-ci fera des allers-retours permanents entre son piano (et oui, pas de MAO à l'époque ...) et la salle où se trouve l'orchestre afin de tester de nouvelles phrases musicales, de nouvelles sonorités. Une démarche d'autant plus encouragée par la présence dans son orchestre d'un percussionniste de la maison, ancien artisan de chez Disney, se baladant avec toutes sortes d'objets plus exubérants les uns que les autres, produisant donc les sonorités recherchées par le maestro. Ainsi de manière éparse seront utilisés : une corne animale associée dès l'apparition du titre en début de bobine à la menace des dits-singes. Une corne qui résonnera tout au long du film de manière plus ou moins tonitruante et sauvage, allant jusqu'à imiter le son d'une alarme lors de leur première apparition dans le tétanisant The Hunt, tutti rageur de l'orchestre à l'appui. Rien que ce son rend compte du caractère implacable de la menace et de la domination simiesques (et non pas primates, là étant tout l'anachronisme du film). Les percussions métalliques dans The Searchers étaient obtenues grâce à... des cul-de-poules en inox, utilisés dans toute bonne cuisine. Mais également des Flûtes à coulisses basses (sorte de longs tubes produisant un son bas et primitif), une harpe jouée dans les fréquences les plus basses (New Identity, dont le motif en 4 notes de l'intro fût samplé par énormément de groupes d'Indus dans les 90's), cuivres employés avec des sourdines placées à l'envers, clarinettes formant à peine les notes, piano joué quasiment uniquement en staccato, instruments indigènes, démultiplicateurs de sons apposés aux fugues de cordes enregistrées séparément des autres instruments, tambour à fente dont l'enregistrement fût rendu complexe de par le niveau très bas des fréquences de l'instrument... Une cinquantaine de musiciens au total, certainement pas les 90-100 musiciens que l'on a plus coutume d'entendre de nos jours, et pourtant quelle richesse de couleur instrumentale, et le tout, enregistré en seulement 4 jours!

Certes la bande son rejette toute idée de lyrisme dans le sens classique et romantique où on l'entend, mais le but étant de créer une sensation d'impossibilité pour le spectateur de trouver un repère, ou un apaisement, à l'instar du capitaine Taylor, joué par Heston. Même la séquence ironiquement appelée Love Scene par Goldsmith, mettant en scène l'introduction de Nova (Linda Harrison) dans la cage de Taylor n'a au final rien de glamour, et laisse transparaitre le désarroi d'un Taylor désemparé, humilié mais toujours sur le qui-vive. Goldsmith, contrairement aux apparences, aborde sa partition avec beaucoup plus de subtilité qu'il n'y parait. Déjà, sur son principe de base ; une musique presque abstraite, organique et sauvage, représentant la nature primitive à priori connu des singes, mais avec une écriture thématique d'une complexité encore peut égalée à l'heure actuelle dans la musique de films symbolisant, elle, l'autre aspect des singes dans le récit, devenus l'espèce dominante en terme d'intelligence par rapport aux hommes, destinés à être réduits en esclavage, ou à l'état de rats de laboratoire. En somme, une musique au tempérament et aux sonorités bestiales, primaires, mais au traitement hautement complexe et réfléchi. Le score au premier abord ne présente pas de thème clairement identifiable, mais plusieurs motifs complexes sont bel-et-bien présents tout au long de la partition, totalement intégrés et jumelés à la musique, jamais interprétés 2 fois de suite par le même instrument. Du grand génie.

Il est indéniable qu'une grande part de la réussite et de la cohérence du film tiennent à l'audace et au génie de la composition de Goldsmith. Nul doute que l'utilisation de l'électronique aurait diminuée le propos, à savoir le retour à une forme de primitivité causée par les erreurs technologiques passées des hommes, redonnant place à une société simiesque en guise d'espèce dominante, prête à répéter potentiellement les mêmes erreurs. Donc le recours à l'orchestre afin de donner cet aspect organique fût on ne peut plus judicieux. Une musique brillante ayant fait date durablement, dont le brio a indéniablement inspiré énormément de compositeurs, et de groupes dont U.N.K.L.E., Monk & Canatella Band, They Might Be Giants ou encore Devin Townsend Band, et dont la ressortie miraculeuse en vinyle chez l'excellent éditeur Mondo ne fait que confirmée l'inépuisable culte dont jouissent encore la bande son et le film quasiment 50 ans après leur conception.

Une édition Deluxe en 2 maxi 45 tours, bicolores (marron et noir), reprenant l'intégrale des titres de l'édition Deluxe sortie en CD chez Varese Sarabande en 1997 (exceptée la suite tirée de Escape From The Planet Of The Apes, également de Goldsmith). Cerise sur le gâteau, le tout bénéficiant de superbes visuels de Matthew Woodson, évidemment en édition ultra limitée. Il fallait au moins ça ...

Henri Delecroix






















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1. Twentieth Century Fox Fanfare
2. Main Title
3. Crash Landing
4. The Searchers
5. The Search Continues
6. The Clothes Snatchers
7. The Hunt
8. A New Mate
9. The Revelation

10. No Escape
11. The Trial
12. New Identity
13. A Bid for Freedom
14. The Forbidden Zone
15. The Intruders
16. The Cave
17. The Revelation, Part 2

 
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