DARKMAN
Etats-Unis - 1990
Image de « Darkman »
Musique : Danny Elfman
Durée : 40 minutes
Nombre de pistes : 13
Distributeur : Waxwork Records
Bande originale : note
Jaquette de « Darkman »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Peyton Westlake, scientifique brillant et prometteur, est laissé pour mort après une violente agression. Grièvement brûlé et défiguré, celui-ci entreprend de se venger de ses bourreaux en s’aidant du projet révolutionnaire sur lequel il travaillait, un concept de peau synthétique.
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"Tout le monde veut voir le phénomène de foire"

Considéré comme étant devenu une des œuvres majeures et surtout hautement référentielles pour toutes les œuvres futures du genre super héroïque (dont un certain Spider-Man), Darkman marque un tournant dans la carrière de Sam Raimi, toujours pas totalement sorti de l'aura progressivement envahissante des deux premiers segments de sa saga culte, Evil Dead. Darkman, un métrage frénétique qui doit autant son succès à la maitrise et aux expérimentations toujours plus hallucinées de son réalisateur que de la partition fiévreuse de Danny Elfman, célébrée ici par Waxwork Records, avec une ressortie Deluxe évènement fin Octobre dernier.

Cherchant à s'extraire en amont de l'étiquetage qui s'accole doucement mais sûrement sur lui, Sam Raimi tente un grand écart (du moins en apparence) du genre auquel on l'assimile jusqu'à présent. Fan de comic books depuis le plus jeune âge, il jette son dévolu tout d'abord sur The Shadow et Batman dont la dualité des deux personnages le fascinent. Malheureusement, les films étant déjà en préparation, Raimi repart bredouille mais pas défaitiste pour autant. Il écrit alors un premier jet contenant déjà quasi tous les germes du futur Darkman, histoire d'un super antihéros réclamant vengeance, portée par une romance tragique. En d'autres termes, les deux facettes d'un Dr Jekyll et Mr Hyde moderne, d'un côté la bête, le freak furieux, dont la rage explose sans prévenir de manière destructrice (l'effrayante séquence de la fête foraine), de l'autre Peyton Westlake, un homme meurtri autant dans sa chair que dans son âme, traumatisé, effondré d'avoir été séparé de l'amour de sa vie par des mafieux aussi dangereux que répugnants. Une aubaine sur le plan musical pour Danny Elfman, un des trois piliers musicaux de la carrière de Sam Raimi avec Joseph LoDuca et Christopher Young, Darkman marquant la première de six collaborations étalées sur plus de vingt ans entre les deux hommes.

 

"i'm everyone, and no one..."


Danny Elfman venant de tomber de sa chaise suite au visionnage de Evil Dead II demanda à son agent de le faire travailler à tout prix sur le prochain film de Sam Raimi, quel que soit le projet. Rendez-vous est donc pris, le bonhomme prend dès lors l'avion et débarque sur le tournage de Darkman et s'approche enfin de Raimi. Celui-ci ne l'ayant absolument pas reconnu, lui fait enfiler un ciré, lui colle dans les mains des seaux d'eau afin d'arroser Liam Nesson pour une scène où le pauvre bougre se fait éclabousser par une voiture passante, dans une séquence fort pluvieuse. Un premier contact plutôt mouillé mais qui amuse encore fortement le compositeur. 1990 était une année on ne peut plus charnière pour Danny Elfman, et on ne peut plus faste : le ténébreux Nightbreed, le grandiloquent Dick Tracy, Darkman et le fabuleux Edward Scissorhands. Quatre œuvres qui cimenteront pour le pire et pour le meilleur le style (ainsi que pour le public), la patte tant décriée par certains du rouquin, à savoir ce mélange sans commune mesure de sonorités morbides, mélancoliques, romantiques, lyriques, rageuses, parfois foutraques mais également gracieuses et élégiaques. Un ensemble que l'on retrouve quasi en intégralité pour ce Darkman dont le sens du romantique dramatique et du gothique baroque emporte tout sur son passage. Elfman va adopter une méthode consistant à accentuer et épouser totalement la dualité de Peyton plutôt que de livrer un score uniquement dirigé vers l'action brut, se focalisant donc prioritairement sur les changements psychologiques brusques de son personnage, tel un orage imprévisible, antihéros sombre et mélancolique dont le combat intérieur laisse éclater des tonnerres de démence et de fureur. Un score présentant une certaine emphase dans la tragédie, basée surtout sur le ressenti, sur la spontanéité, un procédé d'ailleurs déjà mis à l'œuvre avec Nightbreed, et surtout sur les deux Spider-Man de Raimi. Elfman déclarait pendant la promo : « Sam Raimi à un sens du visuel formidable qui se prête parfaitement à la musique. Il n'y avait donc aucune raison de se restreindre sur ce projet », et de fait il va s'y donner à cœur joie. Effectivement, le maestro va avoir recours à un panel de figures qui deviendront sa marque de fabrique : chœurs d'enfants presque démoniaques, bassons et cuivres funèbres, piano principalement rythmique joué dans les graves, caisse claire presque martiale, staccato furieux de trompettes, harpe mystérieuse, cors vrombissants, flûtes vibrantes et stridentes, mouvements de cordes tournoyants, orgue « freak » (que l'on peut voir comme un clin d'œil à Phantom Of The Opera, une des références du film)... Un arsenal sauvage n'écrasant pourtant jamais les rares moments de délicatesse noire délivrés par un love thème tragique, véritable leitmotiv de la BO, contrepoint au thème ténébreux du Darkman, sorte de Belle et La Bête musical dans la construction thématique du score.

 

"everywhere - nowhere. Call me... Darkman"


Ce qui frappe encore à l'heure actuelle à propos de la partition monstrueuse de Danny Elfman, c'est que cette dualité presque schizophrène, cette aptitude à passer de la rage, à la poésie la plus pure nimbée d'un fond de macabre gothique est bel et bien la patte de son auteur et non des atours dont celui-ci se pare uniquement chez Burton, un reproche qui lui fut fait maintes et maintes fois, dans laquelle il se piégea certes pendant un moment mais qui n'empêcha pas de marquer durablement les esprits (encore aujourd'hui). Une des preuves les plus frappantes fut le travail exécuté avec brio par Shirley Walker sur la série sympathiquement kitsch Flash, dont Elfman composa le thème la même année, le travail sur les arrangements et les orchestrations rappelant furieusement Darkman et Batman. Walker ayant été une collaboratrice régulière de Elfman en tant qu'orchestratrice et conductrice (notamment ici) expliquant surement cela.

Un score hypnotisant, ténébreux, rageur enfin remis en avant par sa ressortie miraculeuse chez Waxwork Records dans une édition magnifique pressée sur un vinyle ocre bouillonnant aux volutes ensanglantées, au son remasterisé, et bénéficiant des illustrations splendides très « comic book » signées Francesco Francavilla (Batman: Sombre Reflet, Zorro, Hawkeye...) dont certaines vignettes rendent hommages à certains visuels que le grand John Alvin réalisa pour le film à l'époque. Le seul bémol que l'on pourra émettre est la toujours relativement courte durée du score (40 minutes sur 75 à peu près au total). Mais bon, un détail qui ne doit pas freiner dans l'obtention de cette pépite essentielle dans le parcours de Elfman, et qui accompagnera la sortie tant attendue dans une édition à tomber du Darkman premier du nom et de ses deux suites, accompagnés de pléthore de bonus chez L'Atelier D'Images. Essentiel, on vous dit.

Henri Delecroix














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1. Main Title
2. Woe, The Darkman, Woe
3. Rebuilding / Failure
4. Love Theme
5. Julie Transforms
6. Rage / Peppy Science
7. Creating Pauley

8. Double Durante
9. The Plot Unfolds (Dancing Freak)
10. Carnival From Hell
11. Julie Discovers Darkman
12. High Steel
13. Finale / End Credits

 
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