ANOTHER WORLD
France - 1991
Image de « Another World »
Durée : 30 minutes
Nombre de pistes : 18
Distributeur : The Digital Lounge
Bande originale : note
Jaquette de « Another World »
portoflio
site officiel
LE PITCH
A la suite d'une expérience qui tourne mal, le chercheur Lester Chaykin se voit propulser sur une terre étrangère. Il devra alors faire face à une faune et une espèce hostiles afin de rester en vie.
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Viser les étoiles

Sorti en 1991, Another World est un des autres grands jeux d'une année décidemment étonnante. Petit de par les moyens techniques qu'il eut lors de sa conception fastidieuse, Eric Chahi combla ce manque par une passion, un acharnement et une ambition hors normes durant les deux années pendant lesquelles il confectionna son bébé presque jalousement, dans sa chambre chez ses parents. Une réussite qu'il doit en grande partie à sa collaboration remarquable avec Jean-François Freitas, concepteur des effets sonores, et de l'étonnante bande-son du jeu que les addicts vont enfin pouvoir redécouvrir grâce à sa ressortie en vinyle collector, inaugurant le lancement fin Novembre de la boutique en ligne officielle du jeu...

Dès le départ, Eric Chahi voulait créer avec Another World aka Outer World au Japon aka Out Of This World aux Etats Unis (non, pas la vieille sitcom interprétée par Doug McClure ...) un jeu sans précèdent. Présomptueux ? Non, bien au contraire, excessivement ambitieux serait même un terme plus adapté. A une époque où une grande part de la production est basée avant tout sur le scoring, Chahi entreprend de casser presque tous les standards en cours. Grand fan de Métal Hurlant et du Den de Richard Corben, l'idée de base du programmeur en herbe en reprend certains traits, à savoir l'histoire d'un homme lambda se retrouvant propulsé sur une planète lointaine à l'environnement hostile. Un pitch qui n'est pas sans rappeler un certain John Carter également... Au travers de son idée, Chahi entend proposer une expérience vidéo ludique sensorielle, intuitive (aucune explication ni indication n'est donné au joueur) et cinématographique jamais vue. La narration est entièrement basée sur l'image et non sur du texte, tout ce que le joueur doit comprendre est dans l'image ou plutôt dans sa tête, dans son imaginaire, au travers de phases de jeu de plateforme en alternance avec des animations cinématiques (système qu'il réappliquera pour Heart Of Darkness). Il aura également recours à la rotoscopie pour des mouvements plus réalistes de son héros (il se filmera lui-même comme référence), une idée qui lui vient grâce à l'excellent Prince Of Persia premier du nom, sorti en 1989. Un processus long de deux ans, mais pas nécessairement complet, l'un des seuls éléments que Chahi ne maîtrise pas étant la musique. Dès lors, il se rappelle d'un de ses camarades de classe, l'un des rares que Chahi acceptera de laisser approcher de sa création ; Jean-François Freitas.

 

"partir du flou..."


Bien qu'il proposa la composition de la bande son à son camarade, dans un premier temps, uniquement pour remplir la place restante de la programmation, Chahi a malgré tout déjà en tête une certaine idée de ce qu'il recherche au niveau sonore, sans savoir cependant comment le traduire. En ses propres termes « partir du flou pour préciser les choses graduellement ». En ce sens, Freitas va servir de décodeur et même plus puisque celui-ci dépassera les espérances de Chahi en s'occupant non seulement de la création sonore globale du jeu, mais aussi de sa partition. Un objectif qu'il s'était fixé dès le départ, servir le jeu, et tacher d'être au minimum aussi bon que le jeu lui-même. La BO repose principalement autour de deux motifs, deux tonalités du jeu, soit ambiants et progressifs, soit jouant sur la notion de suspense voire d'action. Il se dégage des notes et des textures minimalistes de Freitas un sentiment permanent de froid, de solitude, de mystère et de danger quasi palpable en parfaite symbiose avec les environnements très sobres, dégraissés, et la photo du jeu, majoritairement baignée dans des tons bleu gris. Il y a certes plus accueillant. Un travail accru sur l'ambiance fait de nappes flottantes, de sons résonnant au lointain, d'échos, contrecarrés par les éléments rythmiques de la BO, bien plus tranchées, dont un pattern de caisse de claire dont Chahi eut l'idée en écoutant la partition mythique de Retour vers le futur (Alan Silvestri) donnant une impression de danger inéluctable, impossible à éviter, toujours en marche dont le son sur certaines pistes devient de plus en plus tonitruant. Des titres comme Captive, Another World ou encore Escape (thème d'action du jeu) appuient parfaitement cette notion d'inexorabilité. Une approche qui n'est pas sans rappeler le travail de John Carpenter (assisté de Alan Howarth) pour les installations d'ambiance en quelques notes à peine, et leur crescendo instaurant un malaise, une tension de manière tout aussi instantanée, mais également Brad Fiedel (Terminator 2) ou encore Tangerine Dream. Les deux compères apportent un soin méticuleux à leur travail afin d'immerger le plus possible les joueurs, quitte à les déstabiliser. Les titres Fluid Movement et Confined Space incluant par exemple des battements de cœur, ou des bruits de respirations haletantes quelque peu crispants. De rares bouffées d'air se font cependant remarquer, et offrent quelques instants de répit à l'auditeur dont les oreilles baignent depuis le début du jeu dans un univers sonore et visuel hostile (Tension, Flight) avant de se conclure sur un très fun et exclusif The End, dans sa version Amiga dont on préférera le charme rétro à la version Windows 2004 étrangement plus kitsch, également présente sur le vinyle.

 

Blue Edition


La bande-son exemplaire de Freitas n'avait jusqu'ici eu les honneurs d'une sortie physique que dans le cadre d'une édition collector, inclus en pack avec le jeu et l'excellent livre édité chez Pix N' Love. De ce fait, la ressortie orchestrée par The Digital Lounge et Black Screen Records est une véritable aubaine pour tous ceux voulant se replonger dans l'univers et l'ambiance à nulle autre pareil créés de main de maître par Eric Chahi et Jean-François Freitas. Tout d'abord sorti pendant l'été sur le label Black Screen records, en édition Orange et Black (toutes 2 désormais sold out) et en CDs, c'est désormais chez Digital Lounge, qui lance le site officiel Another World (dont le contenu va s'étoffer au fur-et-à-mesure), que vous devez vous précipiter pour obtenir cette fois-ci une très belle blue edition du vinyle (avec un code pour une version dématérialisée) du score culte d'Another World, augmentée de 4 morceaux supplémentaires comparée à la version collector de 2004, dont des versions Amiga et Windows des End Titles et Intro exclusives à cette réédition.
Un engouement fort mérité pour une BO indispensable.

Henri Delecroix


















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1. Another World
2. Captive
3. Escape
4. Brief Respite
5. Confined Space
6. Prudence
7. Tension
8. Cold Echo
9. Citadel

10. Uncertain Flight
11. Fluid Movement
12. Oppression
13. Flight
14. Intro (Amiga)
15. The End (Amiga)
16. Intro (Windows 2004)
17. The End (Windows 2004)

 
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