HELLRAISER
Royaume-Uni - 1987
Image de « Hellraiser »
Musique : Christopher Young
Durée : 42 minutes
Nombre de pistes : 14
Distributeur : Death Waltz Records
Bande originale : note
Jaquette de « Hellraiser »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Durant un voyage, Frank Cotton entre en possession d'une boîte maléfique qui le transporte dans un monde imaginaire mais arrivé sur place, des monstrueuses créatures le dévorent. Quelques années plus tard, son frère Larry et son épouse Julia emménagent dans la maison de Frank, sans se douter que l'esprit de ce dernier y rôde encore. Alors qu'une goutte de sang accidentelle tombe sur le sol, le monstre se réveille, et part en quête de chair fraîche.
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"such sights to show you"

Bien que ressortie au fil des ans, notamment chez Silva Screen, Lakeshore ou BSX en CD, il aura fallu aux addicts de vinyle, ou plutôt de cuir dans le cas présent (veuillez pardonner ce vil calembour...) attendre que Pinhead souffle ses 30 bougies pour voir ressurgir coup sur coup chez Lakeshore Records et Death Waltz Records (en vinyle donc) la fantastique bande originale de Hellraiser, composée par Christopher Young. Happy nightmare !!!

1987, une des dernières grandes années d'une décennie marquant au fer généralement rouge sang l'histoire du cinéma (et de la musique de films) de par ses élans aussi généreux que surprenants dans le genre du fantastique et de l'horreur (et pas que...). Une année riche de par ses Evil Dead 2, Prince Of Darkness, Predator, Bad Taste, Innerspace, Serpent And The Rainbow, The Witches Of Eastwick, entre autres, que le modeste Hellraiser va venir éblouir de par ses ténèbres, suscitant autant le rejet et le dégoût que l'adulation la plus totale. Une réussite due en grande partie à la partition subtile de Christopher Young. Connu jusqu'ici pour son travail sur Freddy 2, Def-Con 4 et Invaders From Mars, c'est bien avec Hellraiser qu'il va entrer dans la cour des grands. Tout d'abord proposé au groupe Coil dont Clive Barker est un proche, avant d'être remercié par la production, faute d'une direction satisfaisante (selon les versions, trop flippante et expérimentale pour les uns, trop kitsch et inexploitable pour les autres), le poste est alors proposé à Young, non sans créer par la même occasion une réorientation significative du projet, notamment au niveau du montage. Fasciné par son travail atonal sur Freddy 2, directement hérité de Penderecki et Ligeti, Barker suggère au compositeur, de justement de ne pas traiter le métrage par l'atonal et de l'envisager non pas comme un film d'horreur « classique », mais avant tout comme une histoire d'amour tordue et morbide. Enfin, il lui suggère aussi d'avoir recours à un orchestre symphonique complet, là où Young envisageait au départ un petit ensemble orchestral minimaliste, une grande partie de l'action se déroulant quasi à huis-clos.

 

Hellbound Heart


Bien qu'un peu désarçonné au départ, Young acquiesce. De ces judicieuses suggestions va découler l'une des plus grandes réussites du film, le décalage entre l'horreur parfois grotesque des images, et la valse macabre, gothique et envoutante orchestrée par Young. Là où le score de Coil mettait l'accent sur le malsain, la décadence et le sordide, Young choisit la voie du mystère, de la fascination, du morbide presque aussi séduisante que la promesse d'une étreinte à la sensualité dérangeante. Le pouvoir de fascination qu'exerce encore la musique aujourd'hui vient justement du fait qu'elle ne va jamais exactement là où on l'attend. Force est d'admettre que le métrage de Barker évolue à partir d'un équilibre qu'un mauvais choix musical (peut-être bien le tout atonal) basé sur la surenchère horrifique aurait fait basculer dans le mauvais goût et le grotesque sordide certain. Avec le recul, c'est ce qui aurait pu être le cas avec le score rejeté de Coil. La partition de Young ne repose quasiment jamais (si ce n'est à quelques exceptions près) sur l'horreur basique, simpliste, ne tapant jamais dans l'effet facile afin d'effrayer de manière trop frontale. L'emphase étant au final surtout mise sur la création d'un univers, d'une aura emprunte de mystère, d'envoutement, avec un orchestre tout en retenu n'explosant que de rares fois en des envolées d'une ampleur démoniaque, presque mythologique. Le thème en lui-même introduit d'ailleurs une notion de mal d'un autre âge, d'un autre temps provoquant autant la crainte et l'effroi que la majesté et l'admiration. Sentiment renforcée notamment par la déstructuration ponctuelle de la musique, avec l'utilisation d'échos, de notes suspendues, d'ambiances progressives et latentes, de notes de piano désarticulé et des fameux sons de cloches qui sont devenus un des éléments indissociables de la bande son, et ce dans le but de faire basculer la réalité on ne plus efficacement vers la dimension torturée des cénobites. Un univers étrange, sombre fait de stupre, de masochisme extrême traité avec esthétisme et décadence, une sorte de beauté maladive notamment lors de la « résurrection de Franck » que Young accompagne d'une valse diabolique incroyable.

 

"you opened it, we came"


Envoutante comme un sortilège, un baiser, une étreinte qui nous attire inexorablement malgré le danger et l'horreur qu'elle nous inspire intérieurement, la valse gothique Boschienne (selon ses termes) conçue par Young a laissé une trace indélébile dans sa carrière (et sur le cinéma d'horreur) pour le meilleur et pour le pire, le cantonnant illico dans la catégorie des compositeurs horrifiques, une pratique bien trop courante à Hollywood. Une carrière pourtant jalonnée de franches réussites : les explosifs Hellraiser 2: Hellbound, The Fly II, le flippant Nightmare on Elm Street 2, les extraordinaires et pourtant méconnus Haunted Summer et Flower In The Attic (qui réemprunte au passage les fameuses cloches) mais qui ne permettront jamais vraiment à Young d'avoir la reconnaissance qui lui est due. Il a cependant connu un regain d'intérêt il y a quelques années grâce à Sam Raimi, avec son travail sur Spiderman 2 et 3 et l'électrochoc Drag Me To Hell où Young réitère l'exploit de Hellraiser, mais en version tzigane, et clairement ça réveille.

Hellraiser, une œuvre matricielle célébrée cette fin d'année 2017 par Death Waltz Records (et distribué par Mondo) dans une édition splendide 7 vinyles singles, dans un boîtier Hell Box de toute beauté (démoniaque), ou dans une mouture LP plus «classique», et bénéficiant du savoir-faire de Matt Ryan Tobin pour les visuels. Les deux versions contenant les remasters opérés directement à partir des bobines de Christopher Young himself. Un engouement qui n'a jamais été feint, à tel point que plusieurs artistes de renom se seront inspirés du score de Young, de Dimmu Borgir à Entombed, en passant par le Prince Of Darkness himself Ozzy Osbourne avec le titre Hellraiser, repris quelques années plus tard pour le troisième opus de la saga par Lemmy. Si ça c'est pas la classe ...

Henri Delecroix












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10. The Rat Slice Quartet
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