HALLOWEEN
Etats-Unis - 2018
Image de « Halloween »
Durée : 44 minutes
Nombre de pistes : 21
Distributeur : Sacred Bones Records
Bande originale : note
Jaquette de « Halloween »
portoflio
site officiel
LE PITCH
40 ans après la nuit où elle faillit perdre la vie, Laurie Strode se prépare toujours au retour de son bourreau, Michael Myers, pour un ultime affrontement.
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Trick or treat ?

Après onze opus incluant un chef d'œuvre séminal absolu, une suite opportuniste, un one-shot mal aimé à redécouvrir d'urgence, encore des suites, une suite tardive officielle et sa propre suite, une réinvention et sa suite aussi (vous suivez ?), voici venu le temps du retour d'un des boogeymen les plus emblématiques du 7ème art, cette fois dans le remake reboot de la suite de l'original (compliqué tout ça...). Avec cependant un avantage de taille ; le retour de la toujours sublime scream queen Jamie Lee Curtis, et surtout de son créateur, non pas à la caméra, mais derrière les claviers. Welcome back to Haddonfield Big John! (Attention, pour ceux n'ayant pas encore vu le film, certains titres du CD ici cités spoilent copieusement ...).

1978, devant composer avec un budget famélique, le jeune John Carpenter doté d'un talent hors-norme et d'une maitrise diabolique du cadre est sur le point de révolutionner le genre horrifique, de mettre en place les jalons matriciels du slasher, et surtout de lancer sa carrière de réalisateur, notamment grâce à sa faculté à savoir instaurer une ambiance montant crescendo vers une angoisse qui vous glace jusqu'au sang. Cependant, lors de la première projection de travail, le bébé du réalisateur se fait descendre en flèches. Il manque quelque chose de primordial, la musique. Dès lors, Carpenter s'enfermera pendant trois jours complets pour mettre au point les quelques thèmes d'une bande son qui deviendra l'une des plus emblématiques et minimalistes du 7ème art, et surtout qui deviendra un des éléments clés et indissociables de son cinéma, puisque la musique et l'image se sublimeront inexorablement, l'un ne pouvant désormais quasiment plus exister sans l'autre. En 40 ans, la création de Big John enfantera d'un sacré paquet de rejetons pas toujours désirables où raisonneront agréablement ses mélodies obsédantes (Halloween 2, H20), parfois juste efficacement, et parfois de manière totalement désincarnée. La raison ? On s'empresserait presque de dire tout simplement à cause de l'absence de notre moustachu préféré derrière les synthés. A partir de ce constat, que penser de l'annonce courant 2017 du retour de Carpenter à la saga l'ayant rendu célèbre ? Qui plus est juste en tant que consultant et compositeur ? Malheureusement, depuis les retrouvailles on ne peut plus tièdes et timides avec les deux volets de ses Lost Themes, et son embarrassant Anthology 1974-1998, difficile désormais de ne pas éprouver un sentiment mêlé d'enthousiasme vif et de beaucoup d'appréhension. Dans la mesure où lors d'une précédente chronique, nous pointions le fait que la musique de Carpenter ne brillait probablement jamais autant que lorsqu'elle accompagnait des images, on ne pouvait au final qu'être plutôt confiant face à cette annonce malgré tout.

 

the shape returns


C'est ainsi que John Carpenter réendosse pour la troisième fois seulement de sa carrière le rôle exclusif de compositeur après Halloween 2, Halloween 3: Le Sang du sorcier, et le jeu vidéo Sentinel Returns (on peut citer également le thème de la série ZOO), désormais inlassablement entouré de son fils Cody et son filleul Daniel Davies. Après, il est certain que quitte à être dans le revival on aurait préféré le voir accompagné d'Alan Howarth, mais bon. S'étant tenu à l'écart des aventures rocambolesques et sanguinaires de son boogeyman monolithique pendant près de 37 ans, comment dès lors aborder cet opus ? Et bien tout simplement en reprenant là oû il s'était arrêté, et surtout en se réappropriant enfin sa musique, afin de la développer à sa guise et d'étoffer son travail thématique en le réinventant, le modifiant, et l'enrichissant de quelques nouvelles idées bienvenues. La plus importante d'entre elles, outre le célèbre thème repensé, plus ample et plus direct, c'est bel-et-bien sa nouvelle mouture du Laurie's Theme qui marque. Dans sa version 78, le thème représentait l'inconscience et l'anxiété de Jamie Lee Curtis face à ce tueur implacable. Ici, 40 ans se sont écoulés. Dès lors, la mélancolie mais aussi l'endurcissement du personnage ont pris le pas. Laurie a vieillie, et a passé sa vie à attendre, et à se préparer au retour de Michael Myers pour en finir avec lui.
Le reste de la partition ira d'ailleurs dans le même sens, allant parfois lorgner du côté du travail de Tyler Bates pour les Halloween de Rob Zombie, lors des séquences de meurtre (Michael Kills, Michael Kills Again) aux sonorités bien plus dur et limite indus. Ce ne sera d'ailleurs pas les seuls « clins d'œil » puisque The Shape Hunts Allyson évoquera volontiers Goblin (rien d'étonnant, Big John ayant copieusement écouté la BO de Suspiria lors de l'écriture du premier film), quand Laurie Sees The Shape ou encore Prison Montage renverront directement au travail sonore de ... Alan Howarth. Les anciens thèmes ne sont pas en reste puisque régulièrement convoqués dans des versions plus sèches et agressives que jamais, le cinéaste allant jusqu'à proposer un axe totalement inédit de son thème principal mêlant accords majeurs et mineurs sur The Shape Burns en guise de Salvation dans un mood très Mike Oldfield. Que du bon, et pourtant...

 

"cut it out!"


Le score n'en est pas pour autant prodigieux, car autour des quelques pistes citées gravitent un certain nombre de morceaux pas nécessairement dénués d'intérêt, mais au mieux quelconques, au pire assez dispensables. On sent qu'indépendamment du plaisir manifeste pour Carpenter de revisiter sa copie de 1978, il n'a également pas grand-chose à dire ou à retranscrire de cette nouvelle version (bah oui, les images ne sont pas de lui), le métrage peinant à ressusciter la peur intrinsèque de son modèle que Gordon Green et McBride s'étaient pourtant vantés d'avoir réussi à réintégrer (présence de Carpenter à l'appui mise en avant jusqu'à plus soif). On se retrouve donc avec un mix de Carpenter pur jus, et des effets faciles actuels à base de sound design indus et sons tonitruants marquant le besoin de faire peur au public non plus en instaurant la peur de manière graduelle, mais plutôt en jouant aux montagnes russes et assénant à répétition des jump scares désormais éculés. Un comble quand on sait à quel point Carpenter a été l'un des maitres étalons de la peur, la vraie peur, latente, montante et tétanisante du cinéma moderne. En un sens, le score retranscrit parfaitement la différence de finesse d'approche et l'écart artistique flagrant et symptomatique séparant le métrage de 78 et cette mouture 2018. En prenant cet élément en compte, Carpenter aura en définitif fait de son mieux en fonction du support filmique qui lui aura été livré, et composant une partition cohérente, qui aura peu d'impact sur discographie impeccable certes, mais qui se laissera écouter sans déplaisir, faisant de ci et là parfois revivre légèrement les ambiances si reconnaissables de son auteur de génie. Rien que pour ça ...

Henri Delecroix












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1. Intro
2. Halloween Theme
3. Laurie's Theme
4. Prison Montage
5. Michael Kills
6. Michael Kills Again
7. The Shape Returns
8. The Bogeyman
9. The Shape Kills
10. Laurie Sees the Shape
11. Wrought Iron Fence

12. The Shape Hunts Allyson
13. Allyson Discovered
14. Say Something
15. Ray's Goodbye
16. The Shape is Monumental
17. The Shape and Laurie Fight
18. The Grind
19. Trap the Shape
20. The Shape Burns
21. Halloween Triumphant

 
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