RED STATE
Etats-Unis - 2011
Image de « Red State »
Genre : Thriller
Réalisateur : Kevin Smith
Musique : Aucun
Durée : 88 minutes
Distributeur : inconnu
Film : note
Jaquette de « Red State »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Trois lycéens découvrent sur un forum une femme mûre acceptant de coucher avec eux en groupe. Se rendant chez elle, ils sont kidnappés par des extrémistes religieux, menés par le terrifiant pasteur Abin Cooper.
Partagez sur :
In God we trust

Quand un réalisateur reconnu ose sortir de son univers habituel, cela donne bien souvent un résultat explosif. S'investissant corps et biens, pour son dixième long-métrage dans un « petit » film indépendant aux allures de pamphlet sous acide, Kevin Smith est de ceux-là. Forcément inatendu, son Red State devient dès lors le film de tous les défis.

 

Lorsqu'il réalise, en 2006, son chef-d'œuvre Clerks II, Kevin Smith met fin à l'univers fictif View Askew, créé dès son premier film, le culte Clerks. La boucle étant désormais bouclée, le voilà donc libre de partir vers de nouveaux horizons. Entamée il y a sept ans avec le sympathique, mais mineur, Père et fille, la reconversion narrative et stylistique de Kevin Smith aura donné naissance à deux autres films d'inégale valeur : le très mauvais buddy-movie Top Cops et l'excellente comédie romantique Zack et Miri font un porno. Deux tentatives de cinéma ne laissant finalement rien augurer de la réussite culottée du Red State qui nous intéresse ici.

 

god bless america

 

Jusqu'au-boutiste, Red State l'est assurément. Annoncé par son réalisateur comme un film d'horreur extrême, le long-métrage se situe en fait à la croisée des genres, débutant comme une teen-comedy, virant rapidement au survival pour se terminer en thriller subversif. Dialoguiste hors pair, Kevin Smith se permet ici d'introduire ses personnages en quelques plans bien sentis, le rythme étrange et saccadé de son intrigue ne permettant pas de grandes digressions. Et c'est bien là le talent de Smith, qui nous fait passer du rire gras au malaise, jusqu'à ce que le véritable propos du film se dévoile peu à peu. Le déjanté Dogma l'avait laissé entendre, Red State le confirme avec une agressivité salutaire : catholique convaincu, Kevin Smith n'en reste pas moins extrêmement méfiant envers la religion, et plus particulièrement ceux qui en utilisent les préceptes pour mieux les détourner. Présenté via un long monologue tétanisant de haine et religiosité déviante, le pasteur Abin Cooper (excellent Michael Parks) est une caricature évidente de tous ces fanatiques utilisant la Bible comme une arme, tel le tristement célèbre Fred Phelps (dont les manifestations anti-gay sont ici reproduites). A ses côtés, une cohorte de marginaux faibles d'esprit et de raison, pour qui les paroles de ce fou de Dieu font figure d'évangile.

 

g-men vs. God's army

 

A peine a-t-on le temps de se familiariser avec ces dangereux apotres de l'intolérance meurtrière, et d'en oublier les trois « protagonistes » supposés, que Kevin Smith s'attaque à une autre entité, selon lui toute aussi dangereuse et incompétente : les forces d'action gouvernementales. En recréant, à une échelle certes moindre, l'assaut de la secte de Waco, et le carnage qui en résulta, Smith pointe du doigt l'incapacité du gouvernement et des forces de l'ordre à faire face à ce genre d'individus. S'écoulant en une longue et meurtrière fusillade, cette dernière partie n'épargne personne, pas même les personnages les plus innocents (voire la fin expéditive de l'un des trois « héros »), en une succession d'actes idiots et irresponsables, qui iront crescendo jusqu'à un dénouement en forme de pied de nez sarcastique et ô combien subversif.

 

Osant quelques idées de mise en scène inédites dans son cinéma (si l'on excepte la scène de danse de Clerks II, Smith n'a jamais vraiment brillé par ses choix formels), préférant se jeter dans la bataille avec une hargne toute jubilatoire, le créateur de Jay et Silent Bob se joue de tout politiquement correct, et apporte un nouveau souffle à une carrière qui en avaient finalement bien besoin. Pas le meilleur film de son auteur, donc, mais la preuve que le trublion du New Jersey n'a pas finit de nous surprendre. Et ça, ça fait bien plaisir !

Frédéric Wullschleger


 





Partagez sur :

 

Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009