MILLENIUM - LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES
The Girl with the Dragon Tattoo - Etats-Unis - 2012
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Genre : Thriller
Réalisateur : David Fincher
Durée : 140 minutes
Distributeur : Sony Pictures
Date de sortie : 18 janvier 2012
Film : note
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LE PITCH
Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui.
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La Raison et la Force

Pour la première fois de sa carrière, David Fincher marche en terrain balisé, et se risque à une latitude de créativité dangereusement réduite. Seconde adaptation du roman de Stieg Larsson, pour ne pas dire remake du film de Niels Arden Oplev, ce Millenium millésime 2012 pouvait-il faire honneur à la carrière avant-gardiste du réalisateur de SE7EN ? Nous en sommes les premiers surpris, mais la réponse est oui.

 

C'est peu dire que les thèmes contenus dans la trilogie de Larsson, du fanatisme à l'isolement des puissants en passant par les sociétés secrètes, la vérité cachée derrière les apparences, la tromperie des images et les parias de la civilisation moderne, apparaissent comme un condensé de l'oeuvre de Fincher. Rencontre d'un réalisateur avec son sujet, Millenium - Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes l'amène naturellement à déployer, avec le jusqu'au-boutisme qui le caractérise, son sens incomparable du détail, le (long) développement de l'intrigue se nourrissant de découvertes subtiles, d'échanges de regards ambigus, mais aussi d'une exploitation étonnante d'un double décor opposant volontairement la neige à perte de vue du monde des riches à l'urbanisme rampant des masses bourgeoises et / ou populaires. Deux mondes s'affrontent dans Millenium, deux personnages aussi, dont les trajectoires dramatiques finalement complémentaires répondent avec une évidence étonnante aux deux facettes les plus illustres de la personnalité du réalisateur.

 

Le beau et la bête

 

L'entrecroisement des (més)aventures de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Sallander renvoie ainsi à l'affirmation progressive de Fincher dans le paysage cinématographique moderne, la quête journalistique du premier illustrant la précision obsessive de son style narratif, tandis que l'agressivité de la seconde et sa révolte contre l'ordre établi cristallise la subversion exacerbée de son oeuvre, depuis l'ambiguité morale de SE7EN (John Doe n'avait-il pas raison ?) jusqu'à l'acte de terrorisme culturel que représentait Fight Club. Tentant perpétuellement grâce son regard de cinéaste d'équilibrer des notions aussi antinomiques que la Force et la Raison, Fincher jubile vraisemblablement à porter à l'écran le brûlot de Larsson, dénonçant au gré d'une enquête slalomant entre fausses pistes et non-dits la culpabilité d'une nation respectée de tous (vive IKEA !) dans l'extermination d'une population jugée inférieure (à noter la présence au scénario de Steven Zaillan, auteur de La Liste de Schindler). Sorte de poupée russe horrifique dont le lent déroulement (soit dit en passant beaucoup plus visuel, donc beaucoup moins bavard que dans la version nordique) pourrait faire passer - pas complètement à tort - l'intrigue pour celle d'une comédie dramatique, Millenium a de quoi caresser dans le sens du poil l'amateur de beau cinéma, et ce dès un générique d'ouverture parmi les plus beaux jamais projetés sur grand écran. Dommage dès lors que les défauts du livre, en particulier un dénouement prévisible à dix kilomètres, ressortent comme jamais ici, son statut de remake allégeant le film du petit plus de personnalité qui l'aurait imposé parmi les chefs-d'oeuvre de Fincher. Les adaptations cinématographiques suédoises des tomes 2 et 3 de la trilogie étant calamiteuses, il reste une chance pour que Fincher imprime une bonne fois pour toutes sa signature sur l'univers de Millenium.

Alexandre Poncet



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